La passerelle

L'ouvrage:
Tassie Keltjin, vingt ans, étudiante, trouve un travail de baby-sitter chez Edward et Sarah. Cela lui donne l'occasion d'observer le couple et leurs amis, représentants d'une certaine société.

Critique:
Ce roman m'a un peu surprise. Il est très lent. Au début, cela m'a un peu perturbée, mais quand j'ai compris que ce serait comme ça tout le temps, j'ai cessé de me demander pourquoi la narratrice s'arrêtait si souvent pour faire des remarques, et ai fait davantage attention aux fameuses remarques. Tassie pose un oeil à la fois amusé et étonné sur ce qui l'entoure. Elle semble plus avertie, plus mûre que certains. Elle n'est jamais ennuyeuse (j'avais commencé par le croire, à la lecture de ses espèces de digressions). Avisée, fine observatrice, la jeune fille livre ses pensées par rapport à ce qu'elle voit. Ses remarques sont souvent drôles. D'ailleurs, Lorrie Moore insère des situations cocasses, donnant lieu à d'étranges jeux de mots ou quiproquos. Par exemple, le frère de Tassie entend parfois un mot pour un autre, ou bien associe certains sons, et croit que tel mot veut dire ceci ou cela... Je me suis demandé comment certains jeux de mots avaient été traduits en français. Par exemple: «It's scold outside» ou «their knee grows»... il y en a beaucoup d'autres, dont certains que je n'ai sûrement pas compris.

L'année que nous raconte Tassie est loin d'être amusante, malgré les drôleries distillées par la narratrice et l'auteur. La situation d'Edward et Sarah place le racisme au coeur de certaines conversations. J'ai été aussi choquée que Tassie de certaines remarques. Pour ne donner qu'un exemple: celle de la femme qui voudrait que Mary-Emma soit l'amie de sa fille, parce que cette dernière n'a pas encore d'amis noirs.

Au long du roman, je n'ai pas réussi à apprécier Sarah et Edward. De petites choses s'accumulent à leur encontre, la plus évidente étant qu'ils ne semblent pas vraiment aimer Mary-Emma. Cela se confirme (si besoin était) au chapitre 5. Après ce qui s'y passe, j'ai pensé que Tassie ferait une certaine chose. Pourtant, j'ai vite dû reconnaître que cela n'aurait pas été réaliste. Lorrie Moore aurait sûrement su l'amener si elle l'avait voulu, mais cela aurait peut-être ôté un peu de vraisemblance à ce roman.

Si certains personnages donnent l'impression de ne pas évoluer, d'être égoïstes, de ne pas apprendre de leurs erreurs, Tassie n'est pas de ceux-là. Cette année avec ses joies, ses satisfactions, et ses blessures, lui enseignent la vie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman riche, abouti, et très bien pensé, mais j'en dévoilerais trop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions BBC Audiobooks America.
j'aime beaucoup Mia Barron dont le jeu est naturel et vivant. Si elle modifie un peu sa voix pour les personnages masculins, elle n'en fait pas trop.

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