La nanny

L'ouvrage:
Après la mort de son mari, Jo n'a d'autres solutions que de retourner vivre chez sa mère, Virginia (son père est décédé) dans la propriété de Lake Hall. Elle craint l'influence de Virginia sur sa fille, Ruby, dix ans. Jo et sa mère ne se sont jamais entendues, leur cohabitation risque donc d'être délicate.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai apprécié le fait qu'au départ, certains éléments pouvaient être considérés de deux manières différentes. L'autrice s'arrange pour que le lecteur se pose des questions, mais ne marine pas trop longtemps. Les parties narrées du point de vue de Linda sont assez édifiantes pour qu'on sache rapidement qui croire. L'autrice a bien joué, car cet aspect ne traîne pas trop, et sa «divulgation» (si j'ose le tourner ainsi) ne gâche en rien la lecture. En outre, cela permet que Gilly Macmillan n'insère pas trop de passages où le lecteur verrait comment un personnage s'y est pris pour en manipuler un autre. Le lecteur sait rapidement comment et pourquoi la chose a été possible, et il lui suffit d'un exemple pour comprendre que cela a été une affaire de tous les instants. Même en ayant vu les ressors utilisés par un personnage, même en comprenant parfaitement pourquoi ils ont si bien fonctionné, une partie de moi souhaitait que cela n'ait pas été aussi simple, qu'un personnage parvienne à se faire comprendre... Pourtant, il est évident que Gilly Macmillan n'a rien exagéré, que ce qu'elle décrit est tout à fait possible. Cela fait froid dans le dos. J'aimerais en dire davantage, mais je ne veux pas que ceux qui liraient ma chronique sans avoir lu le livre sachent directement qui il faut blâmer.

Malgré une psychologie des personnages finement expliquée, il me semble que la romancière flirte avec l'incohérence quant aux événements. Je ne suis pas experte, mais il me semble difficile qu'une personne ne sente pas le pouls de quelqu'un qui est toujours vivant. Certes, dans le cas des personnages de «La nanny», on peut alléguer que celui qui a cherché le pouls était, à ce moment-là, extrêmement nerveux, mais la nervosité peut-elle être à ce point déstabilisante?... D'autant que le personnage aurait préféré qu'il y ait un pouls... Je pense aussi qu'il aurait peut-être pu y avoir des moyens d'arrêter un personnage lorsqu'il a commencé à en faire chanter un autre.

Comme je pinaille, je trouve qu'il aurait été très intéressant que le personnage détestable ait quelques côtés aimables, mais je sais que cela aurait été très difficile pour l'autrice de faire cela, d'autant qu'une pénible comme moi aurait pu, par la suite, l'accuser d'incohérence.

L'un des thèmes est très bien abordé, et m'a mise autant mal à l'aise que dans «Ma meilleure ennemie», de Paula Daly. Cela a d'ailleurs fait que lorsqu'un personnage se demande pourquoi un autre ne veut pas lui dire le fond de sa pensée concernant un sujet, j'ai pensé: «Elle ne veut pas te le dire parce que tel autre protagoniste lui a fait croire que si elle le faisait, il y aurait des conséquences néfastes, comme l'a fait unetelle dans «Ma meilleure ennemie». Je me rends d'ailleurs compte, en écrivant cela, que dans «La nanny», on ne sait jamais pourquoi Untelle refuse de donner ses motifs à l'autre personnage. J'imagine que l'autrice aurait pu expliquer cela, à la fin, en donnant le genre d'informations auquel j'ai pensé.

Au début, le lecteur se demande ce qui est réellement arrivé en 1987. Là encore, Gilly Macmillan a posé finement ses pions. Elle ne nous laisse pas attendre indéfiniment. Les choses sont dévoilées par petites touches, et avoir rapidement quelques éléments fait qu'on n'a pas l'impression de faire du sur place.

Je trouve dommage qu'à l'instar de certains mots, le mot anglophone «nanny» remplace, en français, le mot «nounou». Non seulement le titre français n'a eu droit qu'à la traduction de l'article défini, mais le mot «nanny» est employé à la place de «nounou» dans le roman. :-(

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie.

Valérie Muzzi lit les chapitres narrés par Jo ainsi que ceux du point de vue de Linda. Gudule Zuyten lit ceux racontés par Virginia. Olivier Prémel interprète ceux du point de vue de l'inspecteur de police.

Je sais que Valérie Muzzi a enregistré d'autres romans, mais c'est le premier où je l'entends. J'ai beaucoup apprécié son jeu naturel. Outre jouer sans cabotinage émotions et sentiments, elle parvient à modifier sa voix pour le rôle de Ruby sans affectation. Une chose m'a rendue très perplexe. Je suis absolument persuadée d'avoir déjà lu un ou plusieurs romans enregistrés par elle. Sa voix me dit quelque chose. J'ai déjà eu une impression de «déjà entendu» concernant Camille Lamache, et n'ai jamais élucidé le mystère, mais je pense que j'avais dû l'entendre dans une ou plusieurs séries. Ici, cela me perturbe davantage, car je suis sûre d'avoir entendu Valérie Muzzi dans des romans... La seule explication serait qu'elle ait enregistré sous un autre nom. Or, si certains comédiens américains font cela, je n'ai jamais vu le cas en France. Je vais donc triturer mon cerveau pour essayer de faire correspondre la voix de Valérie Muzzi à celle à laquelle elle me fait penser. À suivre... En tout cas, je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir.

Si je ne me trompe pas, c'est le premier livre dans lequel on peut entendre Gudule Zuyten. Au départ, cela m'a un peu fait hésiter à tenter ce roman, car je ne pouvais entendre aucun extrait de la voix et du jeu de cette comédienne. J'ai eu de la chance, car je n'ai pas été déçue. Gudule Zuyten joue également très bien. Elle n'avait pas forcément la partie facile, car Virginia étant guindée, la comédienne aurait pu souhaiter retranscrire cela dans son intonation. Il est heureux qu'elle n'en ait rien fait, principalement parce que dans les chapitres narrés par Virginia, le lecteur est dans la tête de celle-ci, et j'imagine que lorsqu'une personne pense, même si elle est guindée, elle ne va pas prendre un ton mondain dans sa tête. Cela aurait été un gros défaut d'interprétation, à mon avis.

Ce n'est pas la première fois que j'entends Olivier Prémel. J'apprécie également sa voix et son jeu. Ici, il n'avait pas un très grand rôle, mais je pense que je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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