La muraille interdite

L'ouvrage:
Planète d'Almoha.
Les lézards avides de chair humaine ont décimé ceux avec qui Nath Weel-Moor vivait. Il veut fuir, et retourner à Solterra, la cité de sa naissance. C'est là que commencent ses aventures. Nath atteindra Solterra, mais l'accueil n'y sera pas celui auquel il s'attendait.

Critique:
Le livre 1 de cet ouvrage est le premier roman de Serge Brussolo. Il a été édité plusieurs fois, et a connu plusieurs versions: pour adultes, pour la jeunesse... Aujourd'hui, le romancier ressort la série en version pour adultes aux éditions Milady dans sa version originelle (apparemment, les premières versions avaient été amputées). Ce livre contient les deux premiers tomes de la série: «Les sentinelles d'Almoha» et «Le jardin secret». La suite est prévue pour novembre 2012.
C'est sûrement grâce à cette antériorité que j'ai énormément apprécié ce volume! J'y retrouve un Brussolo comme je le préfère. La première force de ce roman, c'est que l'auteur y aborde des thèmes vers lesquels je n'irais pas de moi-même (guerres de pouvoir, complots, piraterie...), et qui, ici, m'ont fascinée. C'est sûrement parce que ces thèmes sont assortis d'idées originales et de rebondissements toujours appropriés s'enchaînant rapidement. Par exemple, le bateau des pirates, c'est un nuage de gaz solidifié. N'oublions pas la pluie almohane qui est si calcaire qu'elle tombe sous forme de grêlons-cailloux. Ceci n'est qu'un échantillon des multiples idées captivantes dont fourmille ce roman.

L'intrigue est bien menée. Le plus important, c'est qu'on ne peut jamais prévoir où l'auteur va nous mener. Roman fantastique, roman à énigmes, roman d'aventures, l'écrivain mêle habilement ces trois genres. Au reste, il bouscule souvent les codes, et mélange les genres, ce qui me ravit, la plupart du temps.
Il n'y a aucun temps mort. On passe très vite d'une aventure à l'autre.
Une ficelle quelque peu classique est utilisée: à un moment, Nath fait plusieurs hypothèses sur la culpabilité ou l'innocence de telle ou telle personne. Cela ne m'a pas gênée car cela ne dure pas, et parce que les diverses possibilités envisagées sont crédibles.

L'auteur aborde des thèmes qu'il déclinera dans d'autres romans. Par exemple, la boue jaune almohane transforme ceux qui la touchent en statues de pierre. L'eau almohane de «L'oeil de la pieuvre» change ceux qui la touchent en poissons. Sans parler de la boue de «L'empire des abîmes»» qui rajeunit les imprudents qui la touchent. N'allez pas croire que je reproche cela à Brussolo. Pour moi, ce n'est pas redondant. C'est une autre force de l'auteur. Il peut reprendre certains thèmes et y apporter des variantes: le tout restera passionnant.
On trouve aussi le thème de la personne sous l'emprise d'une drogue quelconque qui trouble sa perception. Ce thème sera réexploité dans «L'oeil de la pieuvre», avec des variantes, car c'est l'apparence physique qui est changée et dans «Portrait du diable en chapeau melon».
On trouve d'autres idées que l'auteur exploitera différemment, mais je ne vais pas en faire un catalogue.
Bien sûr, on trouve aussi certains «noms fétiches» de Brussolo: Nath, Sigrid, Almoha, Bézélius... Il y a aussi Mastrazza qui, dans d'autres romans, deviendra Malestrazza.

Nath est un personnage typiquement brussolien. Heureusement, il n'a pas la mollesse de certains. Il est quelque peu marginal, réfléchit (même s'il se trompe parfois), ne cherche pas à catégoriser les gens selon leur appartenance à un peuple, même s'il sait que certaines caractéristiques sont inhérentes à tel ou tel peuple.
Je n'aime pas Sigrid. Je sais qu'elle n'est pas coupable de ce qui lui arrive, mais lorsqu'elle est «libre», elle fait les mauvais choix, à mon avis.
J'aime bien Neb Orn. On rencontre parfois ce genre de personnages chez Brussolo: le gentil plein de bon sens qui va aider le héros.
Vers la fin de «Les sentinelles d'Almoha», une foule effrayée se précipite vers des endroits qu'elle pense saufs. L'auteur décrit bien l'attitude de ces gens pressés, individualistes, ne prêtant pas attention à ce qui se passe derrière eux, tentant d'être les premiers à passer... C'est vraisemblable, et cela accentue le contraste avec Nath qui se démarque de la masse en n'étant pas un mouton.

Une scène m'a beaucoup fait rire. À Solterra, Nath commence par travailler avec Barnabas, le croque-mort. À un moment, il fait mal son travail, donc Barnabas l'invective, se dit bafoué et déshonoré, lui promet la mort... Cette scène est censée effrayer le lecteur, mais elle provoque également le rire à cause de la réaction disproportionnée de Barnabas qui est tourné en ridicule. C'est souvent le cas avec Brussolo: des scènes qu'il décrit sont à la fois étranges, effrayantes et loufoques.

Je trouve dommage qu'à la réunification, la présentation des chapitres n'ait pas été uniformisée. En effet, dans «Les sentinelles d'Almoha», ils sont numérotés et non-titrés, et dans «Le jardin secret», c'est l'inverse.
D'autre part, il est dommage de trouver de grosses coquilles: mots ou lettres manquants (Page 307, par exemple), ou lettres inutiles ajoutées en fin de mots... Il y a aussi un mot pour un autre page 365: «Nath lui emboîta le bas.»

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Milady dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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