La mort en face

L'ouvrage:
Smoky est en vacances. Ce samedi-là, elle prend son courage à deux mains, et convie Callie et Elaina chez elle afin de vider la chambre d'Alexa, et d'enlever les vêtements de Matt de son armoire.
C'est alors qu'elle accomplit cet acte difficile, mais nécessaire, qu'Allan, l'un de ses équipiers, lui téléphone. Une famille a été assassinée. La seule personne qui reste dans la maison (la meurtrière ou une survivante épargnée?), est présentement en train de pointer un fusil vers sa tête. Elle se suicidera si elle ne peut pas parler à Smoky Barrett, et seulement à elle.

Critique:
Une fois encore, Cody McFadyen plonge son lecteur dans l'horreur absolue, la terreur à l'état pure. Il décrit des choses qui vont au-delà des mots, des actes qui sont au-dessus du pire. Et pourtant... tout ce qu'il dit est si réaliste! Malheureusement, ce qu'il nous conte sans complaisance est on ne peut plus vraisemblable. Il est évident que ce genre de choses existe. Lire Cody McFadyen, c'est ne plus pouvoir ignorer ces atrocités. Car même si on se doute que ces choses arrivent, l'auteur fait en sorte qu'on ne l'oublie pas, qu'on en soit marqué au fer rouge, et qu'on soit écoeuré jusqu'au plus profond de soi quant à la barbarie humaine.

Le mécanisme de la victime qui devient bourreau est malheureusement reconnu. D'ailleurs, après ce qu'a vécu le personnage, ici, comment ne pas devenir bourreau? Soit on s'écroule, soit on est mené par la vengeance, et on tient debout parce qu'on souhaite faire payer la ruine qu'est sa vie. C'est d'autant plus compliqué qu'on ne pourra éprouver que de très forts sentiments pour le bourreau qui fut victime. On souhaiterait avoir pu l'aider, alors qu'il était victime, on ne pourra qu'admirer sa force de caractère, etc. Mais on ne pourra lui accorder aucune circonstance atténuante ensuite. Surtout que, comme la plupart des vengeurs, il se venge sur les mauvaises personnes. Cela fait d'ailleurs perdre un peu de force au roman. J'imaginais qu'il aurait au moins ourdi un plan machiavélique pour faire payer ceux qui le méritaient. Bien sûr, certains ont vraiment payé, mais les autres... Il se trouve de bonnes raisons (qui montrent bien qu'il a basculé dans la démence), expliquant qu'il fait bien payer les bonnes personnes...
Bref, la psychologie du psychopathe est très bien étudiée.

Malgré cela, j'ai été un peu déçue par la façon dont les agents dressent son profil, au début. En effet, leurs dires ne m'ont pas apporté de grandes révélations. Tout ce qu'ils disaient était évident pour moi. Du coup, je me suis demandé si l'auteur n'utilisait pas des sabots un peu gros... ou si c'était moi qui commençais à très bien comprendre les psychopathes, ce qui ferait froid dans le dos.

Il y a d'autres lenteurs (le profilage en étant une, à mes yeux). D'abord, Sarah explique qu'elle a tout écrit, et veut qu'on lise son journal. Entre ce moment et celui où Smoky le commence, il se passe des choses qui ne sont pas assez palpitantes pour m'avoir vraiment détournée du journal. On voit bien que c'est du remplissage, de façon à retarder la lecture des faits.
Ensuite, il est un peu étrange que Sarah raconte tout en détails, et à la troisième personne du singulier. Elle s'explique longuement à ce sujet, et si ses raisons sont valables, j'ai trouvé que là aussi, c'était une manière de retarder les choses. Surtout qu'il y a une partie dont James dévoile les grandes lignes avant que Smoky ne la lise, ce qui fait que le lecteur sait déjà ce qui va se passer chez Ned et Désirée. Je trouve cela maladroit.

Il y a aussi une très grosse ficelle que je trouve d'ailleurs indigne d'un auteur comme Cody McFadyen. On se doute qu'un auteur sans vraies ressources l'utilisera, mais lui... C'est celle qui consiste à retarder la révélation d'une trouvaille par de très gros procédés. Smoky a deviné une pièce du puzzle, le dit à son équipe, mais pas au lecteur. Elle le dit à d'autres, et toujours pas au lecteur, etc. Concernant l'une des révélations, j'ai bien ri, parce que quand j'ai fini par la savoir, j'ai dit: «Ah, c'est ça! Ça fait plusieurs chapitres que je l'ai trouvé!»

À côté de cela, il y a un pan du récit sur lequel j'aurais aimé que Sarah s'attarde: ce qui arrive à Karen Watson. Elle l'explique, mais j'aurais aimé plus de détails.

Pour moi, c'est une bonne chose que le livre ne commence pas directement avec le meurtre. On prend le temps de voir les personnages principaux auxquels on s'est attaché dans le tome 1. Et puis, on les voit dans leur quotidien, un peu comme le calme avant la tempête.

Le lecteur obtient certaines révélations au long du roman. C'est-à-dire que l'auteur ne le fait pas attendre jusqu'à la fin pour lui donner la solution de l'énigme. Il y a plusieurs faits, plusieurs énigmes, plusieurs choses d'importance qu'on apprend pendant le roman. C'est bien, cela rend le tout moins linéaire.

L'auteur laisse entrevoir certaines notes d'espoir.
Les agents, voyant des horreurs au quotidien, parviennent à trouver des moments de répit en plaisantant ou en se réunissant autour d'un dîner.
En outre, il laisse entrevoir une possibilité de changement quant au mécanisme. Peut-être qu'une personne ne sombrera pas dans les eaux noires... D'ailleurs, les personnages de Cody McFadyen sont tous extrêmes. Ils ont vécu des choses extrêmes, et en deviennent soit très bons (Bonnie, Teresa), soit exceptionnellement mauvais.
Il y a aussi des personnages qui sont, en eux-mêmes, des bouffées d'optimisme. Ici, c'est Kirby Mitchell. Elle a compris qu'il fallait tirer le meilleur parti de la vie, alors, elle vit à cent à l'heure, est fraîche, alerte, caustique... et toujours à l'affût du danger.

J'aime beaucoup Bonnie. Elle fait partie de ces rayons d'espoir. Comme le dit Smoky, elle est très sage. Ce qu'elle a vécu, mais aussi l'amour qu'elle a reçu et reçoit encore, tout cela fait qu'elle sait se construire, sait où est l'essentiel, Elle sait rendre l'amour qu'elle reçoit, mais aussi rendre la haine. Pour moi, c'est une enfant très avisée.

Je ne me fais toujours pas à Elaina. Je ne l'aime pas. Je n'arrive pas à la trouver vraie. On dirait qu'elle n'est pas vraiment altruiste. Elle aide les gens par égoïsme ou pour en mettre plein la vue. Je sais que ma perception est fausse, mais je n'arrive pas à la voir autrement. Je la trouve à la fois inconsistante et exaspérante.

Attention! Passez aux informations sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre:
Là encore, l'auteur crée une incohérence. On ne sait pas comment «l'étranger» entre dans les maisons des gens. L'auteur n'effleure pas du tout cet aspect de la question. Je sais qu'une serrure, ça se crochette, mais il est gros que les personnes visées n'aient rien remarqué (surtout, rien entendu) avant qu'il ne soit trop tard. C'est d'autant plus gros lorsqu'il s'agit de Cathy Jones qui, après l'agression, a acheté une alarme dernier cri, alors que vu son métier, c'est avant qu'elle aurait dû le faire.

D'autre part, j'aime bien l'idée comme quoi il faut chercher ce qu'on ne voit pas. C'est comme ça qu'ils découvrent que Gibbs est «l'étranger». Seulement, pourquoi Gibbs aurait-il dû être dans le carnet d'adresses de Cabrera? Pourquoi aurait-il forcément dû être l'avocat de Cabrera? Je ne pense pas que Cabrera le cite comme étant son avocat. Le raisonnement est sûrement le suivant: il n'y a aucune adresse d'avocat, donc l'adresse de l'avocat de Cabrera n'y est pas; le seul avocat que nous avons croisé, dans notre affaire, c'est Gibbs, donc Gibbs est le coupable. Si c'est ça, c'est un peu gros.

Éditeur français: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
Si Joyce Bean a une voix agréable, j'ai détesté l'horrible modification qu'elle lui apporte pour faire les personnages masculins! On dirait un robot enroué. À chaque fois qu'elle faisait un homme, j'avais envie de lui dire de se racler la gorge, et de couper l'appareil qui rendait sa voix synthétique. Outre que c'est affreux, ça gâche le roman. Il y a des moments où je l'ai reposé, tant ces singeries m'agaçaient! Le pire, c'est que la lectrice pense sûrement bien faire. La lectrice qui a enregistré le tome 1 a fait cela bien mieux. Malheureusement, c'est Joyce Bean qui lit les tomes 3 et 4.

Acheter « La mort en face » sur Amazon