La Maison d'à côté

Note: Ce livre est le tome 3 de la série mettant en scène la femme policier D.D. Warren.

L'ouvrage:
Jason et Sandra Jones sont mariés depuis cinq ans. Leur fille, Ree, a quatre ans. Ils se sont arrangés pour ne pas avoir besoin de la faire garder. Cela implique que Jason travaille alors que sa femme est à la maison. C'est ainsi qu'un mercredi soir, Sandra est seule avec sa fille. Lorsque Jason rentre, la jeune femme a disparu.

Critique:
Vous allez me dire que cette entrée en matière est des plus classiques: une femme disparaît, on va passer son temps à lire les interrogatoires des suspects, l'enquête sera linéaire... Sauf que nous avons affaire à Lisa Gardner. Si vous ne la connaissez pas, sachez que ses livres ne sont pas d'insipides petits polars qu'on oublie sitôt refermés. Les romans de Lisa Gardner (du moins, les deux que j'ai lus), sont sombres, exempts de manichéisme, et terriblement réalistes.
Ici, elle prend prétexte d'une enquête de voisinage pour aborder intelligemment certains thèmes, et poser diverses questions éthiques. Elle signe ici un très bon roman psychologique à suspense, explorant la souffrance, la perversité humaine sans complaisance à travers plusieurs personnages. Par exemple, un voisin des Jones (Aidan Brewster), est un délinquant sexuel fiché. Les soupçons se porteront sur lui. C'est là qu'on se dit que la limite est mince entre travail bien fait et chasse aux sorcières. Il est logique qu'on le suspecte, mais il est clair que les enquêteurs ne peuvent être objectifs.

D'autre part, la psychologie de Brewster est intéressante. On voit que l'auteur connaît son sujet, elle n'écrit pas à la légère. On sent que chaque information est pesée, qu'elle a fabriqué un personnage criant de vérité. À la fin, le lecteur ne le connaît pas vraiment... et ce qu'il sait lui laisse un sentiment de malaise. Je sais que certains pervers sont persuadés d'être amoureux de leurs victimes. Concernant Brewster, je n'ai pas réussi à définir ou était le vrai du faux. Mais je suis sûre d'une chose: comme le fait amèrement remarquer Jason, si Brewster avait été totalement sincère, il aurait agi autrement dans le passé.

Le lecteur assiste également à l'histoire de Sandra. J'avais deviné quelque chose quant à ce récit. Outre cela, c'est une autre analyse de déviances. C'est la même chose avec l'histoire de Jason.
Ces deux personnages sont remarquables, étant donné qu'ils essaient de s'en sortir, et de ne pas reproduire ce qu'ils ont vécu. Pourtant, là encore, la fin de l'histoire révèlera autre chose. Qu'aurions-nous fait à la place de Sandra? Que dire quant aux agissements de Jason? Sont-ils si répréhensibles, malgré leur illégalité? Que penser de ce qu'Ethan a décidé de faire? Se pose encore la question de la justice, et des limites de celle des hommes.

À propos de l'un des personnage, la romancière créé un lien entre «Say goodbye» (qui, à ma connaissance, n'est pas sorti en français), et «La maison d'à côté». En général, quand deux roman sont liés, on va conseiller de lire l'un des deux avant l'autre. Je serais bien en peine de le faire. En effet, si vous lisez «Say goodbye» d'abord, vous connaîtrez certaines réponses aux énigmes de «La maison d'à côté», mais si vous commencez par «La maison d'à côté», vous saurez comment se termine «Say goodbye». J'ai lu ce roman il y a deux ans, mais il m'a tellement choquée que dès que l'un des personnages de «La maison d'à côté» s'est mis à parler d'araignées, j'ai eu des sueurs froides, et j'ai su qui il était. Il y a peut-être d'autres liens d'un roman à un autre... aussi, j'ai décidé de lire tous les ouvrages de Lisa Gardner par ordre chronologique (même pas en suivant les séries, puisqu'ici, deux romans de deux séries sont liés).
Je n'ai pas été capable (moralement), de chroniquer «Say goodbye», il y a deux ans. Je le regrette un peu, aujourd'hui.

Si le livre sort des sentiers battus, l'auteur se permet quand même d'utiliser certaines ficelles un peu faciles. Par exemple, elle dévoile les vies et les sentiments de ses personnages peu à peu. Elle donne quelques os à ronger à son lecteur, afin qu'il attende fébrilement la suite. Je n'aime pas trop ce procédé, mais il fait partie du jeu. Si je m'en suis accommodée concernant la plupart des personnages, je me suis un peu ennuyée quand il s'agissait de celui qu'on rencontre dans «Say goodbye», puisque je savais déjà tout.

Remarques annexes
L'auteur évoque le monde de l'informatique. Contrairement à certains qui embrouillent le lecteur, ses explications sont claires. De plus, d'après mes connaissances, tout ce qu'elle dit est exact.
Elle raconte en détails l'interrogatoire de Ree. J'ai aimé m'instruire quant aux méthodes employées pour interroger de très jeunes enfants en tentant de ne pas les perturber.
Quand j'ai lu «Say goodbye», je me suis demandée comment traduire «burger man». Je pensais que ça pouvait être une autre façon de dire «croque-mitaine», bien que cela se dise «bogeyman». Ici, le traducteur a pris le parti de laisser «burger man».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
J'ai apprécié que la lectrice joue, mais ne surinterprète pas. J'ai été soulagée qu'elle ne singe pas une voix enfantine pour faire parler Ree. J'ai été un peu déçue qu'elle tente de prononcer certains noms à l'anglaise, mais elle ne le fait vraiment qu'au début du livre. Bien sûr, on ne peut pas la blâmer quant à la manière dont elle dit Ree. Je n'aurais pas été gênée qu'elle le prononce sans faire le «r» anglais, mais je pense que ça aurait pu gêner certains auditeurs à cause de la signification du mot en français. :-)

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