La ligne verte

L'ouvrage:
Fin des années 90. Paul Edgecombe vit maintenant dans une maison de retraite. Une histoire le hante. Elle est arrivée en 1932, alors qu'il était gardien-chef de la prison du couloir de la mort. Paul sait qu'il ne sera pas tranquille tant qu'il ne l'aura pas relatée par écrit.
Elle commence avec l'arrestation de John Caffey, accusé, puis condamné à la chaise électrique, pour avoir sauvagement assassiné deux fillettes.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Je prends toujours mes précautions quand un livre de Stephen King me tente, car certains, parmi ceux considérés comme ses meilleurs, ne m'ont pas plu. Ce que je n'aime pas chez Stephen King, c'est le spectaculaire gratuit et les personnages qui me semblent peu creusés. Il n'y a rien de cela dans «La ligne verte». Souvent, je trouve que le surnaturel de King dessert le livre. Ici, il s'y imbrique très bien. Sans ce surnaturel, l'histoire n'aurait pas pu exister, il en est le fil conducteur, et ne semble pas (comme dans d'autres), avoir été ajouté à la va-vite pour faire du spectaculaire ou pour mettre du surnaturel parce que c'est Stephen King, et qu'il est connu pour cela.
Bien sûr, il y a certains côtés très clichés dans ce surnaturel. Par exemple, à un moment, Paul sent clairement deux forces s'opposer: le bien et le mal. La tumeur de Mélinda la fait jurer comme un charretier et sécréter des humeurs pestilentielles, ce qui n'est pas sans rappeler «L'exorciste», et de toute façon, la représentation qu'on nous donne du diable.
Le personnage qui fait le bien peut paraître manichéen, mais il ne l'est pas tellement... À un moment, il fait ce que j'aurais moi-même fait, mais que tout le monde n'attribuerait pas forcément à quelqu'un qui ne fait que le bien.
Quant aux répercussions du surnaturel, par la suite, je ne les trouve pas grandiloquentes. Là encore, elles vont bien à l'histoire, aux personnages... et elles font aussi réfléchir le lecteur.

Les personnages sont confrontés à des dilemmes intéressants. De vrais cas de conscience. J'aime ce genre de romans où le lecteur est placé dans une situation difficile, où il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il ferait, à la place des protagonistes.
En outre, certaines choses auraient dû me paraître évidentes dès le départ. Pourtant, je me suis laissée porter par l'histoire, et je les ai devinées très peu de temps avant Paul. Pour moi, c'est le signe d'un bon roman. J'étais trop prise dans l'intrigue pour essayer de la démonter et de la décortiquer. Au début, j'ai moins aimé les passages où on voyait Paul à la maison de retraite, mais à mesure du récit, ils prennent leur place. Ils permettent aussi à l'auteur de résumer quelque peu les épisodes précédents sans que cela fasse trop gros. Il l'explique d'ailleurs, dans la postface.
Il me semble quand même que quelque chose reste en suspens dans ce pan de l'histoire. Comment Paul parvient-il à ne pas être ennuyé après le «départ» de son soutien. Peut-être dit-il que le personnage agresseur est parti, et ai-je manqué cette phrase...

On me dira que certains peuvent paraître caricaturaux. Les méchants sadiques, par exemple, ne se démarquent par rien d'autre. Soit, mais ils sont, malheureusement, criants de vérité. Je sais qu'il existe des gens comme ça, qui profitent de la moindre faiblesse ou qui anéantissent exprès ce qui est la raison d'être d'autres.
D'autre part, à travers Delacroix, l'auteur nous montre la personne derrière celui qui a commis un acte affreux. On n'oubliera pas pourquoi Delacroix a été condamné, mais comment ne pas le prendre quelque peu en pitié?... Là encore, Stephen King confronte intelligemment son lecteur à une certaine réalité. Il ne s'arrête pas avec Delacroix: Paul et son équipe discutent souvent avec les prisonniers qu'ils doivent surveiller, et lorsque cela est possible, ces bavardages sont détendus.

À l'instar de Paul, de Janice, et d'autres, j'aurais aimé que quelque chose puisse être fait pour l'un des personnages... Il n'est même pas sûr que celui-ci ait été absolument sincère lorsqu'il a dit à Paul qu'il voulait que les choses suivent leur cours... Il y avait peut-être une part de vrai, mais le but était sûrement que Paul et son équipe ne culpabilisent pas.

J'ai beaucoup aimé la souris! Outre ce qui lui arrive, c'est le «personnage» qui semble être là où il faut quand il faut. Cette souris qui choisit ses amis, qui aime les bonbons à la menthe, qui court après une bobine coloriée, qui a la pudeur de se cacher pour faire ses besoins... cette note d'espoir et d'optimisme ne pourra qu'émouvoir le lecteur.

Avec «La ligne verte», Stephen King a fait le pari du roman-feuilleton, et le lecteur, qui découvrait le roman alors qu'il sortait par épisodes, devait attendre la parution suivante. J'aurais absolument détesté cela! Moi, qui, le plus souvent possible, attends que tous les tomes d'une série soient sortis pour la commencer... ;-)

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Philippe Puymartin.

Jean-Philippe Puymartin est une voix de mon enfance et de mon adolescence. Sa voix était celle d'un personnage dans mon dessin animé préféré, puis j'ai pu l'entendre, au long des années, dans des séries ou films que je regardais. L'appréciant beaucoup en tant que comédien de doublage, j'ai sauté de joie en apprenant qu'il avait été choisi pour interpréter «La ligne verte». Mes attentes n'ont pas du tout été déçues. Son intonation est toujours adéquate, il ne prend pas un accent anglophone pour prononcer les noms propres (cela m'aurait déçue, car je trouve que ce n'est absolument pas naturel dans un texte en français), et il ne modifie pas sa voix à outrance pour les différents personnages. Il la modifie à bon escient pour le rôle de John Caffey. En effet, l'auteur décrit la voix de ce protagoniste, il fallait donc que le comédien fasse transparaître le type de voix de John. Jean-Philippe Puymartin s'en tire très bien. Pour moi, c'est ainsi que l'auteur imaginait la voix de Caffey. Le comédien prend bien soin de la marquer un peu pour coller à la description, et il ne tombe jamais dans la caricature, ce qui m'aurait également ennuyée, et ce qui, je le reconnais, n'a pas dû être simple à réaliser. Ayant eu raison à 100% de penser que ce comédien serait une excellente recrue pour le livre audio, je ne peux qu'espérer qu'il enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

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