La fin du monde a du retard

L'ouvrage:
La clinique Saint Charles est un hôpital psychiatrique. L'un de ses résidents, Julius, est amnésique. Cependant, il sait qu'un complot est fomenté contre lui. Il sait également que la fin du monde est pour dans quelques jours. Il doit fuir et déjouer le complot!
Alice, autre patiente, est également amnésique. le jour de son mariage, la salle a explosé. Elle est la seule rescapée.
Lorsque les «comploteurs» assaillent la clinique, et s'en prennent à Alice, Julius lui propose de fuir avec lui.

Critique:
J. M. Erre s'essaie aujourd'hui à la parodie de romans policiers. Pour moi, c'est réussi! Tous les codes y sont: les gentils poursuivis (jusqu'à un certain point) par les méchants, les policiers, le mystérieux livre sacré qui est la clé de tout, le traître... Les codes sont pointés du doigt puis détournés pour la plus grande joie du lecteur. Par exemple, dans beaucoup de romans policiers, les deux personnages principaux, se côtoyant lors d'épreuves extrêmes, tombent amoureux, ou du moins, couchent ensemble. Notre Julius ne demande qu'à mettre cela en pratique. Il y parvient... dans une certaine mesure...
L'auteur utilise à dessein le code ô combien exploité par les auteurs de romans policiers: il retarde l'annonce du nom du coupable.

J'ai retrouvé, avec délectation, la verve, la truculence, l'humour si particulier de J. M. Erre. Et là, il y en a pour tous les goûts. Il y a d'abord le comique de situations. Pour ne donner que quelques exemples, le passage de Julius par une brève case SDF m'a amusée, et j'ai été prise de fou rire lors du combat rocambolesque et ridicule entre Julius et Tirésias. Quant au comique de langage, il constitue 99% du roman, comme d'habitude. J. M. Erre s'y entend pour décrire les choses les plus banales de manière amusante. Il n'oublie pas de surprendre son lecteur en émaillant ses propos de publicités pour une certaine marque de café dont il explique la raison. ;-) N'oublions pas de mentionner les affrontements de générations entre Gaboriau (qui trouve que c'était mieux avant, et dont le nom est celui d'un écrivain de romans policier du dix-neuvième siècle) et Matozzi. Tout cela d'une plume toujours vive, alerte, avec des phrases auxquelles on ne s'attend pas (comparaisons loufoques, zeugmas, etc).
Comme d'habitude avec J. M. Erre, on n'a pas le temps de s'ennuyer. On voudrait même que cela dure davantage. Je me suis parfois arrêtée pour savourer une phrase que je venais d'entendre.

D'autre part, le roman fourmille de références à la littérature et au cinéma. Étant, à l'instar de J. M. Erre, professeur de français, j'ai eu une pointe d'émotion en trouvant les mots «adjuvant» et «péripétie», au moins une morale tirée d'une fable de La Fontaine, Ulysse et d'autres mythes. Il serait amusant de relire le roman en essayant de repérer toutes les allusions littéraires et cinématographiques.

Je commence à connaître J. M. Erre, donc la fin du roman ne m'a pas déçue, comme cela aurait pu être le cas si je n'avais pas lu d'autres romans de lui. À y bien réfléchir, elle est originale, et à l'image du roman.

Comme d'habitude lorsqu'il s'agit d'ouvrages de J. M. Erre, ma chronique ne montre qu'un aperçu de ce roman hilarant et jubilatoire. À lire d'urgence!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel.


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