La fille de la pierre

L'ouvrage:
1870.
Sylvine Ménétrier vit heureuse, à la Sauvagine, entourée de ses parents, de son frère, et de ses soeurs. Pierre, son père, carrier et vigneron, fait des envieux: sa famille est unie, sa ferme (qu'un riche anobli tente d'acheter) est prospère, il est républicain, refuse que l'église l'assujettisse...

Critique:
Je me souviens de mon enthousiasme après la lecture de «Les tigres de Tasmanie». Je le suis moins, aujourd'hui, mais je pense que c'est parce que j'ai lu beaucoup de romans de toutes sortes depuis. J'ai trouvé, par exemple, que Sylvine était trop parfaite: belle, intrépide, intègre, ne tendant pas l'autre joue, mais se montrant généreuse avec ceux qui le méritent... À dix ans, elle comprend tout très vite, raisonne très bien... D'autre part, certaines ficelles sont un peu grosses: elle réussit tout ce qu'elle entreprend, même lorsque c'est périlleux. Certains événements arrivent comme à point nommé.
Certaines idées arrivent un peu tard: Sylvine se dit qu'elle aurait dû agir de telle manière, alors que j'y avais pensé depuis un bon moment. Je pense surtout à ce qui se passe lorsque les quatre grands-parents sons sollicités. À ce point du récit, une autre solution, très simple, aurait été envisageable. L'auteur ne l'a pas évoquée parce que cela aurait enlevé quelques péripéties à son roman. En outre, il fallait bien plonger la famille encore plus dans le malheur et la disgrâce afin que Sylvine, tel un super héros, sauve tout le monde. Là où le tout est un peu gros, c'est qu'à la place de l'enfant, acculée, désespérée, j'aurais pensé à cette solution. Il aurait fallu que l'auteur trouvât une excuse plus plausible au fait qu'elle ne fut envisagée que plus tard.

C'est un peu le même schéma concernant une chose très importante que Sylvine ne parvient pas à découvrir. Une idée finit par venir à l'un des personnages, mais pourquoi ne l'a-t-il pas eue plus tôt? Pourquoi Sylvine elle-même ne l'envisagea-t-elle pas? Et même si on oubliait cette idée quelque peu grandiloquente, pourquoi notre héroïne ne se résout-elle pas au travail de fourmi, auquel elle pense, mais qu'elle rejette, trouvant la tâche trop ardue?
Que le romancier fasse attendre son lecteur avant la résolution de cette chose importante, ce n'est pas horrible en soi, c'est le fait que ses ficelle soient si grosses que je déplore.

Cependant, Bernard Simonay a su créer un roman plein d'aventures, de rebondissements, et de personnages attachants. Pierre et Juliette en font partie. Ils bousculent les clichés, ont les idées larges, l'esprit critique. Ils ne sont pas parfaits puisque Pierre s'emporte facilement, et que Juliette est une petite chose fragile. Cela leur donne davantage d'épaisseur.
Si on trouve des «méchants» un très méchants, d'autres personnages sortent des codes assignés par leur position. Par exemple, le curé est véritablement tolérant. Il ne rejette pas quelqu'un qui ne va pas à l'église, et ne l'entoure pas d'une fausse amitié, car il ne tente pas de l'enrôler. Il ne se place jamais en juge.
Lucile, victime sacrifiée par ceux qui ne surent pas l'aimer (l'un parce que sa vie était morne, l'autre par pur égoïsme), est également intéressante. Elle s'est, en quelque sorte, élevée seule.
Si Edmond suscitera l'agacement, on aura aussi pitié de lui. Je l'ai quelque peu méprisé, mais qu'aurais-je fait à sa place?

Outre l'absence de temps mort, j'ai aimé que Bernard Simonay immerge son lecteur dans cette France de la fin du dix-neuvième siècle: ses paysages, ses auteurs, ses coutumes... Il fait cela à merveille. J'ai appris, par exemple, d'où venait la coutume du sapin de Noël.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Ellisalde pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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