La fille d'avant

L'ouvrage:
Jane Cavendish est maintenant l'heureuse locataire du One Folgate Street. Après quelque temps, elle apprend que la dernière personne qui y a habité plus de quinze jours s'appelait Emma Matthews, et qu'elle est morte dans cette maison, trois ans plus tôt. Les circonstances de ce décès étant obscures, Jane se demande si elle ne devrait pas tenter d'en apprendre davantage sur la jeune femme.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu.
Les chapitres alternent: maintenant (Jane) et avant (Emma). En bonne pinailleuse, j'ai craint des longueurs au début. L'auteur montre d'abord la découverte de la maison par les deux jeunes femmes, puis Jane marchant inconsciemment dans les pas d'Emma... Cela me plaisait, mais j'avais peur que cela s'enlise. C'est à ce moment que, par petites touches, JP Delaney modifie le scénario auquel je commençais à m'attendre. L'un des protagonistes montre d'autres facettes de sa personnalité, et s'éloigne de l'idée que je m'en faisais.
Ensuite, même si j'ai perçu certaines choses, je n'ai pas compris où j'allais jusqu'à ce que l'auteur le décide. Les différents indices glanés au cours du récit montrent des nuances. C'est une des forces de l'intrigue. Telle personne est inquiétante, ce n'est pas forcément pour cela qu'il faut lui mettre tous les malheurs de la création sur le dos. Certains ont des zones d'ombre, cela ne fait pas d'eux des meurtriers ou des malades. J'ai particulièrement aimé que l'auteur rappelle à son lecteur qu'il ne suffit pas que quelqu'un affirme quelque chose avec conviction pour que cela soit vrai. On le sait, mais certains romans (celui-là en fait partie) montrent qu'on peut toujours être manipulé si on ne fait pas preuve d'esprit critique. Là encore, lorsqu'on finit par pouvoir démêler le vrai du faux, tout est nuancé. La faute ne revient pas à un seul personnage, sauf dans un cas précis que vous découvrirez.

JP Delaney parvient à faire monter l'angoisse du lecteur concernant cette étrange maison que loue Jane. D'abord, il y a toutes ces règles édictées par Edward Monkford, le propriétaire. C'est surtout leur nombre qui est effrayant. Certaines d'entre elles ne sont pas farfelues, comme par exemple, le fait de devoir retirer ses chaussures dans la maison. Bien sûr, il est déplacé et dérangeant qu'un propriétaire exige cela de son locataire. Parmi les éléments perturbants, il y a également le questionnaire à remplir lorsqu'on postule à la location de cette habitation. Ci-dessous l'une des questions.
«Votre fille est en train de se noyer en mer. Alors que vous vous précipitez pour la sauver, vous découvrez qu'une dizaine d'autres enfants court le même danger un peu plus loin. Vous pouvez sauver votre fille immédiatement ou voler au secours de tout le groupe, ce qui peut prendre un certain temps. Que choisissez-vous?
Vous sauvez votre enfant.
Vous sauvez les dix autres enfants.»
Ensuite, des rumeurs macabres circulent autour de la construction de cette demeure. Enfin, parfois, elle semble s'animer et montrer à celle qui l'habite qu'elle la rejette...

J'ai apprécié que la psychologue ne soit pas pompeuse, sûre d'elle, etc. Elle paraît humaine, veut vraiment aider ses patients. Bien sûr, elle colle des façons de faire à des schémas qu'elle a appris à reconnaître et a déjà vus dans son métier, mais elle ne le fait pas de manière péremptoire, et examine réellement les données qu'elle a.

J'ai été surprise de découvrir que, dans la civilisation japonaise, tant de poissons se mangeaient alors qu'ils étaient encore vivants. Cela fait que j'apprécie moins cette civilisation.

J'ai aimé la manière dont Jane résout son différend avec l'hôpital. En cette occasion, elle se montre fine, intelligente, et pense au bien commun. Elle est un peu comme ça dans tout le roman.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais j'en dévoilerais trop si je le faisais. Je le recommande!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller.

Je connaissais déjà Ingrid Donnadieu que je suis toujours ravie de retrouver. Ici, elle n'a pas démérité. Elle parvient à modifier quelque peu sa voix sans que cela fasse affecté pour certains rôles. D'autre part, à un moment, Jane, terrorisée, appelle à l'aide. La comédienne a su doser la peur, ne s'est pas époumonée, mais n'a pas non plus crié tout bas (ce que je déteste et ce que fait souvent Emily Woo Zeller, comédienne américaine). Bref, l'interprétation d'Ingrid Donnadieu est, comme d'habitude, vivante, naturelle, et subtile.

Je ne connaissais pas du tout Floriane Muller. Globalement, son jeu m'a plu, mais je m'aperçois que je n'ai pas grand-chose à en dire.

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