La femme du Ve

L'ouvrage:
Harry Ricks s'envole pour Paris. Il doit s'éloigner de sa ville de l'Ohio. Dans l'université où il était professeur, il est devenu un paria. Il a provoqué un scandale. Il part pour qu'on l'oublie un peu, et aussi, pour concrétiser enfin son rêve français. Il souhaite devenir écrivain, et vivre à Paris.

Le rêve français commence bien mal. Harry attrape la grippe, et se retrouve cloué au lit, à la merci d'un réceptionniste d'hôtel peu scrupuleux qui profite de son désarroi pour lui extorquer des sommes faramineuses. Heureusement, il rencontre Adnan, un employé turc. Adnan est généreux: il décide d'aider Harry à s'en sortir. Adnan va même lui trouver un logement, certes exigu et dépouillé, mais au loyer modeste.
Harry finira également par trouver un travail...

Critique:
Le livre comporte 21 chapitres. Jusqu'au chapitre 18, j'ai été totalement captivée, prise dans les filets tendus par l'auteur. L'histoire et les personnages m'ont tout de suite plu. Par ailleurs, le lecteur découvre ou redécouvre la ville de Paris: ses quartiers, sa population hétéroclite, les pièces sordides louées à des immigrés clandestins qui se battent pour s'en sortir, comme Adnan, ou qui ne connaissent que l'alcool et les provocations, comme Omar; les personnes qui ne pensent qu'aux mondanités, ne voient que les apparences, et ne jurent que par l'artifice. Je n'ai remarqué que ce contraste entre les populations, mais n'étant pas parisiennes, j'ai dû manquer d'autres éléments résumant très bien la ville.

Malheureusement, tout retombe dès le chapitre 19, surtout pour le lecteur qui, comme moi, s'est attaché à l'intrigue. Cela m'a rappelé à quel point une mauvaise fin pouvait gâcher un livre, si bon soit-il.
Ici, la construction m'a rappelé celle de "Cul de sac": le personnage est confronté à une énigme, il semble être le seul contre tous, à se débattre avec les incongruités qu'il découvre. En outre, le décor est bien planté, les personnages et les événements tiennent le lecteur en haleine. Et la solution arrive. Contrairement à "Cul de sac", elle est vraiment trop facile. Je n'ai rien contre le fantastique (j'aimerais d'ailleurs pouvoir en lire plus), mais il me semble qu'ici, dans ce décor si réel, il n'a pas sa place. J'ai été très déçue par cette solution. Il m'a semblé que l'auteur ne savait pas quoi faire pour rendre son livre impressionnant, et qu'il s'est engouffré dans le fantastique, le prenant comme une porte de sortie. Eh bien, avec moi, ça n'a pas pris du tout! De plus, cette ficelle est très grosse. Enfin, plusieurs questions se posent: pourquoi Margit est-elle ici? Pourquoi a-t-elle choisi Harry? Pourquoi exige-t-elle ces trois heures, alors qu'elle pourrait trouver d'autres hommes? Elles donne de partielles réponses, mais cela ne me convainc pas.

Outre cette fin qui, pour moi, a détruit le reste du roman, quelques petites critiques:
L'extrême générosité d'Adnan envers cet inconnu est invraisemblable. Il risque sa vie sans hésiter pour ce poids mort qu'il connaît à peine.
Il y a certains clichés énervants. Par exemple, les américains ne supportent pas qu'on fume devant eux ou dans les lieux publics, et les français fument partout et devant tous sans se soucier de déranger. Bizarre, je connais pas mal de français, dont moi, qui sont incommodés par le fait qu'on fume devant eux. Bien sûr, aux Etats-Unis, fumer dans la rue ne se fait pas, mais ce n'est pas pour ça que tous les américains désapprouve cela. De plus, étant dans un autre pays, il faut bien s'attendre à des règles différentes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Marc Delhausse pour les éditions Audiolib. C'est le premier livre édité par Audiolib que j'entends, donc je m'attarderai sur certains éléments propres à l'édition audio.
Jean-Marc Delhausse, le comédien qui a enregistré le roman, a une voix agréable. Parfois, il en joue peut-être légèrement, et en fait ressortir le côté un peu sensuel. Son interprétation est bonne: il ne surjoue pas, il ne se casse pas la voix et n'en fait pas trop lorsque des femmes parlent, et lit de manière naturelle. En outre, il ne force pas sur les accents étrangers. Ouf! J'espère qu'il travaillera à nouveau pour Audiolib.
Au montage, on a ajouté un élément de réalisme: lorsqu'un personnage coupe la parole à un autre, la fin de la réplique coupée et le début de l'autre se croisent, comme dans une véritable conversation.

Quant à ce qui ne m'a pas plu: il y a trop de musique. Mais ça, je peux le reprocher à presque tous les éditeurs audio. Je rêve de livres sans fioritures musicales, comme en proposent les éditions Thélème. Attention, par fioritures musicales, je ne fais pas allusion au fait de diffuser une musique au moment où ladite musique passe dans le livre, comme le font, depuis quelques temps, les éditions VDB. Je trouve d'ailleurs cela très bien. Je parle des petits passages musicaux en début et en fin d'ouvrage, entre les chapitres, etc. Tous ces passages m'agacent. Bien sûr, certains morceaux m'ont parfois plu (la musique servant à illustrer deux ou trois Michael Connelly, et certains morceaux utilisés par les éditions VDB), mais d'une manière générale, ils n'apportent rien, ils retardent juste le bonheur de l'écoute du livre.

Enfin, j'ai trouvé dommage qu'on passe d'une oreille à l'autre selon que l'un ou l'autre personnage parle. Je comprends que l'idée est de faciliter la lecture, et de marquer le changement de personnage, mais je préfère que la voix soit toujours au même niveau. Je l'ai d'ailleurs signalé par mail aux éditions Audiolib, et ils m'ont répondu qu'ils ne le faisaient pas systématiquement, et allaient sûrement cesser.

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