La doublure

L'ouvrage:
Evie a vingt-trois ans. Voilà cinq ans qu'elle est la petite amie de Jean. Au lieu de s'engager, celui-ci la quitte. Elle décide alors de postuler pour être hôtesse sur un bateau de croisière: quelque chose qui rapporterait beaucoup et lui ferait prendre un bol d'air. C'est en cherchant du travail qu'elle rencontre Pierre Manan. Celui-ci lui propose d'être la doublure de sa femme, Clara, une jeune peintre. Evie devrait accomplir toutes les obligations mondaines dons Clara refuse de s'encombrer.

Critique:
Je n'ai lu que deux romans de Mélissa da Costa, et je commençais à la cataloguer comme celle qui dit toujours qu'il faut prendre le bons côtés de la vie, quels que soient les coups durs que nous subissons. Elle a raison, mais je commençais à être embêtée qu'elle semble toujours arriver à cette conclusion, malgré des situations très délicates. Avec «La doublure», j'ai l'impression qu'elle m'a montré une autre facette de son écriture. Elle aborde des thèmes très délicats, comme la manipulation, l'addiction... Je ne l'imaginais pas écrire un tel roman. En outre, je peux dire qu'elle s'en sort très bien. Elle dépeint avec justesse les états d'âme de son héroïne, ainsi que le caractère de Pierre et Clara. Au cas où elle tomberait sur des lecteurs tatillons, elle prend le temps d'expliquer pourquoi Evie est une proie facile. La jeune fille est sous le coup d'une rupture après cinq ans de relation, sa mère n'a su que la brimer dans son enfance, elle ne voit d'ailleurs plus ses parents... J'aurais fait partie des lecteurs qui auraient pointé l'incohérence si Evie avait semblé mieux armée pour affronter la vie. Bien sûr, je ne cessais de pester après elle en lui disant en pensée que dans telle situation, elle devrait réagir autrement, mais j'admettais qu'elle se soit laissée prendre, car entre son caractère, son vécu, et ce qu'ont fait les Manan pour la subjuguer, elle ne pouvait pas résister, malgré les petites étrangetés qu'elle décelait.

La jeune narratrice entraîne le lecteur dans sa longue descente aux enfers. L'autrice ne fait pas dans la dentelle, déployant de nombreux éléments malsains, tous propres à précipiter l'héroïne dans un gouffre sans fond. Elle maîtrise parfaitement son intrigue et ses personnages. Ce que chacun est capable de faire est assez effrayant.

Pendant les derniers chapitres, j'ai espéré une fin où l'héroïne réagirait comme celle de «How to grow an addict», de J. A. Wright. Mélissa da Costa n'a pas fait cela, mais sa fin est en adéquation avec le caractère d'Evie, tout comme ce qui arrive avant est en harmonie avec le caractère de Clara et Pierre. Donc, cette fin m'a déçue, mais la faute n'en revient pas à la romancière. D'ailleurs, une fin comme je l'aurais souhaitée n'était pas forcément cohérente avec ce que nous savons d'Evie.

Ce roman m'a donné envie de lire les deux livres de Mélissa da Costa qui attendent dans ma pile à lire: «Je revenais des autres» et «Les douleurs fantômes». En effet, maintenant que «La doublure» l'a débarrassée, à mes yeux, de sa casquette d'autrice semi-«feel good», je veux approfondir.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.

J'ai été ravie de retrouver Anne-Elvire de Montjou, qui a également enregistré «Les lendemains», et dont j'aime beaucoup le jeu. Ici, un mauvais lecteur serait tombé dans l'emphase, étant donné ce que vit notre narratrice. Anne-Elvire de Montjou a su montrer les sentiments de l'héroïne sans exagération.

Pour information, ce roman est sorti hier aux éditions Audiolib. Ne connaissant pas du tout la comédienne qui l'a enregistré d'une part, et appréciant beaucoup la lecture d'Anne-Elvire de montjou d'autre part, j'ai décidé de lire la version de la BSR.

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