La Danse des paons L'ouvrage:
Rita Maraj a six ans. Elle vit seule avec son papa, Ronnie. Sa mère est morte. Elle recueille des animaux blessés qu'elle soigne, élève des insectes pour étudier leur comportement. Cela la fascine. Elle règne sur la petite bande d'enfants de Victoria Street. Son père est un peu laxiste, et Rita ne sait pas qu'il ne faut pas transformer la maison en champ de bataille.

Un jour, tout bascule. Ronnie lui présente Marilyn, sa "nouvelle maman". Marilyn n'acceptera pas le désordre, les animaux blessés, les insectes... Elle prendra vite Rita en grippe, au lieu d'essayer de la comprendre. Celle-ci s'enfermera dans un monde de rêves pour supporter cela. Heureusement, elle a des amis...

Critique:
C'est le deuxième roman de Sharon Maas. Si j'ai bien compris, elle en a écrit trois. Le premier est "Noces indiennes" que je vais bientôt lire. Quant au troisième, il ne doit pas encore être sorti en France, car je n'arrive pas à trouver le titre français.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et je le recommande pour plusieurs raisons. D'abord, cela fait plaisir de lire une saga qui n'est pas gnan gnan. J'avais peur que les thèmes de la fille et de la belle-mère, de la "méchante" demi-soeur soient mal exploités, que ce soit du genre Danielle Steel. Eh bien, ce n'est absolument pas le cas! Soit, certaines choses se retrouvent un peu partout, et sont quelque peu des poncifs, comme par exemple, Marilyn qui est méchante avec Rita, et même avec son mari. Mais Marilyn n'est pas si caricaturale que ça, en fait. D'abord, elle a raison pour certaines choses, comme le fait de tenir la maison propre, et de ne pas y faire entrer volontairement des insectes. Mais Rita faisait cela parce que son père ne lui a jamais rien interdit, donc, elle ne comprend pas que Marilyn le fasse.
Au fur et à mesure du livre, le personnage de Marilyn devient peut-être un peu caricatural, mais elle a quand même de l'épaisseur.

Rita est le personnage le plus intéressant. Elle s'élève presque seule. Elle est très sensible, et a des valeurs saines. Sa psychologie est très creusée. Elle vit des événements très graves. A cause d'une minute d'inattention, elle devra passer plusieurs années à se débattre avec elle-même. Ce combat et les sentiments de Rita sont très bien exposés.

Ensuite, Rita se retrouve précipitée dans quelque chose de terrible: la prostitution enfantine. La romancière nous fait d'autant plus ressentir l'horreur de cela en opérant un contraste saisissant entre les problèmes familiaux de Rita, et la prostitution enfantine. L'instant d'avant, on avait une jeune femme qui se débattait avec ses problèmes, et surtout une jeune fille, (Isabelle, la demi-soeur de Rita), qui était égoïste, superficielle, et écervelée, et soudain, Rita et le lecteur se retrouvent plongés dans l'enfer de Kamathipura, l'un des quartiers chauds de Bombay. Le fait que Sharon Maas joue sur ces deux tableaux donne plus de force au livre, et rend l'horreur de Kamathipura encore plus atroce. On est presque soulagé lorsqu'on découvre des "maisons" où les prostituées ne subissent aucun châtiment corporel, et où elles sont bien nourries. Montrer qu'il y a des différences entre la façon dont sont traitées les prostituées de Kamathipura et d'autres est aussi une force du roman.

D'une manière générale, les situations ne sont pas exposées de façon mélodramatique, comme on aurait pu s'y attendre avec les sujets traités. Tous les personnages, (sauf peut-être Ronnie, Marilyn, et Rani), sont fouillés, et leur psychologie est vraie, réaliste.

A la fin, j'aurais préféré que Rita essaie de sauver d'autres enfants de la prostitution, mais à elle seule, elle n'aurait pas pu. Cette fin n'aurait pas été réaliste. D'ailleurs, Rita le comprend elle-même, justement à cause de ce qu'elle vit en essayant de sauver une seule enfant. Mais elle ne baisse pas les bras, et va tenter de faire cesser cela par un autre moyen.
Autre chose dans la fin m'a rendue triste: l'un des personnages est condamné à plus ou moins brève échéance. Et c'est le personnage qui a le plus souffert...

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman... J'espère qu'avec le peu que j'ai dit, je vous ai donné envie de le lire. Il est très gros, mais il se dévore!

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

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