La dame de Saïgon

L'ouvrage:1906. La famille Frémont a tout perdu en Normandie. Le fils aîné (Étienne) souhaitant être prêtre et missionnaire aux colonies, le père (Denis) décide que tout le monde ira en Cochinchine. Les membres de la famille ont différentes réactions. Blandine (la mère) est dévastée à l'idée de quitter son pays. Quant aux enfants (outre Étienne, il y a Adèle, Marianne, Sylvain, et Jérôme), chacun en prend son parti comme il le peut.

Critique:
À travers faits et personnages, Karine Lebert retrace l'histoire du Vietnam à partir de 1906. Ce roman m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, je connais mal l'histoire de ce pays avant la guerre qui l'opposa aux États-Unis. J'en connaissais les très grandes lignes. En outre, le comportement des personnages créés par Karine Lebert représente assez bien (j'imagine) les courants qu'il devait y avoir. Par exemple, Adèle se jette à corps perdu dans les mondanités, et se rend vite compte que si elle était restée en Normandie, elle n'aurait eu aucune chance d'être admise dans cette société. Sylvain travaille beaucoup. Blandine passe par différentes phases, et ne s'acclimate qu'au moment où elle s'y attend le moins... Presque tous les Frémont trouve la colonisation normale et ne voient pas quel mal il y a à maltraiter les peuples assujettis. On comprend vite que cette attitude était monnaie courante. On se dédouane parce que tout le monde fait comme ça, parce que les «colonisés» ne méritent pas qu'on les traite autrement, parce qu'on est tout content d'avoir du pouvoir sur quelqu'un... bref, pour tout un tas de mauvaises raisons qui deviennent de parfaites justifications (certains y croient réellement) aux yeux de ceux qui les brandissent.

Marianne, quant à elle, est tout de suite plus nuancée quant au pays et à la colonisation. Peut-être est-ce parce qu'elle est plus jeune, et qu'elle sait observer ses semblables. C'est un personnage intéressant, car elle est déchirée de diverses façons. Elle comprend l'iniquité et la cruauté de la colonisation, elle souhaite même la combattre, mais certains paramètres lui rendent les choses difficiles.

Étienne est également nuancé. Il ne souhaite pas brimer les annamites, mais il veut les convertir. Il fait très souvent preuve de mansuétude et de générosité, mais j'ai toujours été dérangée car je me demandais s'il agissait par devoir. Je l'ai apprécié, mais j'ai toujours eu une petite réserve.

Je n'évoque pas tous les personnages afin de ne pas trop en dire. On apprend vite à les connaître, et à mesure qu'on avance dans le roman, leurs réactions ne surprennent pas. On s'attache à eux (à certains plus qu'à d'autres). Il est surtout intéressant de les voir se débattre dans l'Histoire, et dépendre entièrement d'elle. J'ai aimé que l'auteur créent des caractères et des vécus différents, et qu'elle les fasse réagir selon l'histoire du pays. De ce fait, on pourra peut-être reprocher certaines petites facilités. Par exemple, on sait très vite de qui Marianne sera amoureuse. Pour moi, cela n'a pas été très grave, car cela devient évident bien avant la fin du roman.

Je n'ai qu'un petit reproche à faire: j'ai trouvé la fin un peu bâclée. Il me semble qu'avant de prendre une décision si radicale, l'héroïne aurait dû en discuter avec l'intéressé. Il reste la possibilité qu'il la rejoigne, mais Karine Lebert ne l'évoque pas. J'aurais aimé une fin moins incertaine.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lysiane Ledent pour la Ligue Braille.

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