La classe de neige

L'ouvrage:
Nicolas va en classe de neige. Il n'a pas vraiment envie, mais sa maîtresse a insisté. Son père l'y amène, et s'en va. quelques minutes après, on se rend compte que le garçonnet a oublié son sac dans la voiture de son père. Il va falloir se débrouiller pour qu'il ait des affaires.

Critique:
Dès le départ, l'auteur installe une atmosphère lourde, étouffante. L'oppression du lecteur ira croissant, à mesure qu'un étau impalpable, mêlé de peur et de tension se resserre. Cela vient de plusieurs choses. En effet, outre une intrigue implacable, Emmanuel Carrère sème le trouble de diverses manières.

Au début, le lecteur sera mal à l'aise, lorsqu'un camarade (Hodkan) proposera de prêter un pyjama à Nicolas. C'est un geste amical et banal. Cependant, le romancier l'assortit d'explications qui déstabilisent le lecteur. Tout au long du roman, Hodkan sera une source de questionnement et d'angoisse. On le sait instable, et dès qu'il agit gentiment, on a peur que cela cache quelque chose de mal. C'est cristallisé dans la scène vespérale où il explique à Nicolas ce qu'il a fait lors de son escapade. Et là encore, le lecteur ne saura jamais vraiment quelles étaient les intentions d'Hodkan, et ce qu'il a réellement fait, par la suite, cette nuit-là.
C'est également Hodkan qui, avant d'être puni, posera les questions qui font mal, Ridiculisant les adultes en les forçant à admettre qu'ils disent n'importe quoi pour rassurer les enfants.

Le non-dit est une autre source de tension. Certaines choses sont dites à demi-mots, d'autres sont sous-entendues. Nicolas est le réceptacle de cette tension. Garçonnet frêle, à fleur de peau, s'inventant des histoires effrayantes, voyant toujours le pire, il respire le mal-être. Il n'est vraiment heureux que quand il est malade.
Il imagine souvent d'horribles choses, c'est pourquoi on n'a pas besoin de lui dire ce qui est découvert à la fin. Il le savait avant, au moment où Hodkan lui a parlé, ce qui veut dire qu'au fond de lui, il savait. Un lecteur pervers (comme moi) se demandera comment il se faisait qu'il savait. Fut-il victime? Cela expliquerait son perpétuel mal-être.
Le concernant, j'ai oscillé entre compassion et exaspération. On a envie de le protéger, mais ses attitudes pleurnichardes, et surtout ce qu'il fait, ensuite, pour se rendre intéressant sont pénibles. Bien sûr, cela le rend complexe, et donc plus épais...

L'évocation de la fête foraine devrait être quelque chose de positif: c'est un endroit où on se divertit, où on s'amuse. L'auteur prend un malin plaisir à pervertir cela, et fait de la foire une source d'angoisse permanente au long du roman. Une chose s'y est passée, et Nicolas l'a amplifiée, lui donnant des proportions incroyables, cauchemardant même à son propos.

Quelques personnages lumineux tranchent dans cette atmosphère glauque, voire sordide. Il s'agit d'abord de Patrick. Solaire, rassurant, rieur, il semble toujours avoir une solution pour tirer Nicolas d'un mauvais pas... sauf à la fin, bien sûr, mais personne n'en a.
Il y a également la jeune fille rencontrée au chapitre 30. Sa beauté et son sourire sont comme une promesse de renouveau, un espoir. Mais Nicolas ne peut bénéficier de la compagnie de ces personnages positifs très longtemps.

Le livre est structuré de manière linéaire, excepté le chapitre 26. Au début, j'ai pesté après l'auteur, pensant qu'il révélait quelque chose sur la fin en mettant ce chapitre ici. Cependant, il n'en est rien. Il n'utilise pas cette ficelle que je déteste, et que trop d'auteurs emploient, dévoilant certaines choses tout en faisant languir le lecteur. À la fin, on se ren compte que ce chapitre obscurcit plutôt le tout. En tout cas, il m'a donné envie d'en savoir plus. Peut-être n'ai-je pas assez lu entre les lignes.

Je sais que ce livre a eu un prix. Malgré cela (pour moi, un prix est rarement synonyme de qualité, et me fait plutôt fuir), j'ai eu envie de le lire. Je n'arrive pas à dire si je l'ai aimé ou pas. L'auteur raconte une histoire d'apparence banale, et la maîtrise parfaitement. Cependant, je suis restée distante quant aux personnages. L'intrigue est bien construite, mais les personnages ne sont pas attachants.
Mention spéciale à la maîtresse, toujours désignée par ces deux mots. C'est un concentré de mièvrerie, de bêtises, d'anti-pédagogie... Quelle ironie, étant donné son métier. ;-)

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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