La cigale du huitième jour

L'ouvrage:
Février 1985. Kiwako enlève un bébé de cinq mois.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Mitsuyo Kakuta fait ce qu'Helen Klein Ross n'a pas osé faire dans «What was mine»: peu à peu, le lecteur apprécie la responsable de l'enlèvement. Dans «What was mine» (qui traite du même thème), je n'ai jamais pu éprouver de la sympathie pour Lucy (la ravisseuse) ni lui trouver des excuses. Ici, les choses sont plus nuancées, ce qui rend le livre d'autant plus passionnant. Surtout que je n'ai pas tout de suite apprécié Kiwako, et que même après avoir refermé le livre, je la blâme tout en ayant de la compassion pour elle. Au long du roman, le lecteur glane des informations sur sa vie avant l'enlèvement, découvre son comportement envers l'enfant, et apprend ses réactions sur ce qui arrive plusieurs années après. Comme cela se fait en plusieurs temps, le lecteur passe par différentes phases concernant l'héroïne. Elle ne semble pas toujours très stable moralement, surtout au début. Cependant, on apprend à la connaître, à voir qu'elle aime réellement l'enfant, que la vie ne lui a pas fait de cadeaux... d'autres éléments ont fait qu'à mon avis, elle était une meilleure mère que les parents naturels du bébé. C'est dans cet état d'esprit que Mitsuyo Kakuta souhaite mettre son lecteur, afin qu'il se pose de dérangeantes questions, de celles que la morale condamne... Il m'est impossible d'avoir une opinion tranchée quant à Kiwako, et c'est ce qui, pour moi, fait la force du roman.

À travers l'existence clandestine de la jeune femme, l'auteur aborde divers thèmes. Par exemple, la communauté Angel Home a des allures de secte. J'ai été choquée que Kiwako veuille y entrer, mais comment ne pas comprendre ses raisons? Lorsqu'on connaît la communauté, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'enlèvement dont est coupable la jeune femme et la manière dont Angel Home retire leur liberté à ses membres. Cette association d'idées ne peut être qu'en faveur de Kiwako. Peut-être la romancière voulait-elle cela.

Lors de son errance, l'héroïne rencontre une étrange femme dont le comportement s'explique plus tard. À cette occasion, l'auteur parvient très bien à créer un climat angoissant avec de petits éléments.

J'ai été un peu déçue par la fin, mais Mitsuyo Kakuta ne pouvait pas faire autrement. J'aurais été la première à crier à l'invraisemblance si elle avait fait ce que je souhaitais. En fait, j'aurais voulu que le livre se prolonge afin que ce que j'attendais finisse par arriver de façon tout à fait réaliste.

Il y a tout un pan de l'histoire (et donc certains personnages) que je ne peux pas évoquer pour ne pas trop en dévoiler. C'est un peu frustrant. Dans cet ouvrage, il y a beaucoup de faits sur lesquels on peut débattre.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Paul Dupuis pour le GIAA

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