L'orange de noël L'ouvrage:
Septembre 1913.
Cécile Brunie est nommée institutrice dans le petit village de Saint-Roch, en basse Corrèze. Elle va prendre en main l'école laïque. Cécile est très mal accueillie par la majorité des villageois, car le curé, l'abbé Brissaud, leur a seriné que la laïcité était diabolique, et que cette institutrice était l'incarnation du mal, un "diable en jupons". Cécile ne se laisse pas démonter. Malgré le découragement qui s'emparera souvent d'elle, elle restera à Saint-Roch, et essaiera de faire son travail de son mieux.

La première enfant qu'elle rencontre est Malvina Delpeuch. Elle est sauvage et solitaire. De ce fait, sa famille et le village la pensent simple d'esprit, et la laissent courir les bois et se cacher dans les arbres. Malvina s'attache aux pas de Cécile par curiosité. En lui parlant, Cécile acquiert la conviction que l'enfant n'est ni sotte ni folle. Elle décide de l'instruire.

Critique:
Ce livre évoque certains thèmes qui pourraient paraître rebattus, par exemple l'institutrice qui va mettre toutes les chances du côté d'un élève studieux. Ici, c'est un peu différent, car Malvina n'a pas spécialement envie d'apprendre, au début. Et même lorsqu'elle s'y met, elle rechigne parfois.

D'autre part, les personnages ne sont pas des clichés du genre. En général, les parents de l'élève studieux préfèrent qu'il les aide à la maison, et ne comprennent pas à quoi pourraient lui servir les études. Ici, il est vrai que le frère aîné (Pierre) et la mère de Malvina ne comprennent pas trop à quoi cela pourrait lui servir, mais c'est aussi parce qu'ils la pensent idiote. Sa mère est assez réticente, et se montre parfois injuste, mais c'est aussi parce qu'elle-même se tue au travail, ainsi que Pierre, et la soeur cadette de Malvina, Flavie.
A propos de Flavie, je trouve injuste que celle-ci n'ait pas eu une nouvelle chance de s'en sortir. Soit, elle a tenté le certificat et ne l'a pas eu. Elle n'a pas pu redoubler, car sa mère avait besoin qu'elle travaille. Mais Cécile, qui met tant de feu à aider Malvina, aurait dû s'intéresser également à Flavie, dont la soif de savoir est bridée. Cécile aime son métier, et veut que le plus de monde possible puisse être instruit. Dans ce cas, pourquoi n'aide-t-elle pas Flavie qui ne demande que ça? Pourquoi ne trouve-t-elle pas un moyen de la faire travailler? Elle ne voit que Malvina. Elle marque ostensiblement une préférence pour elle devant les autres élèves. Il est logique qu'une enseignante ait des préférences, mais elle se doit de ne pas les montrer, surtout à ce point.

L'histoire d'amour qui se dessine n'est pas téléphonée, pour une fois. On la sent un peu venir, mais pas tant que ça. Elle n'est pas trop mal amenée.

En outre, si l'abbé Brissaud est critiqué à cause de ce qu'il fait subir à Cécile, il n'y a pas d'amalgame avec la religion catholique. Cécile elle-même pratique certains rites religieux: elle va à la messe, par exemple. Elle tolère les enfants qui font la prière avant que la classe ne commence.

C'est donc un livre plein de sensibilité, qui prône la tolérance, et une merveilleuse histoire d'amitié. J'ai juste été déçue par quelque chose qui arrive vers la fin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes pour les éditions VDB.

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