L'ombre du vent

Note: Si j'ai bien compris, ce roman a été écrit avant «Le jeu de l'ange». Cependant, pour la chronologie des faits, et afin de ne pas apprendre quelque chose sur un personnage de «Le jeu de l'ange» avant l'heure, il vaut mieux lire «Le jeu de l'ange» avant «L'ombre du vent».

L'ouvrage:
Daniel Sempere a dix ans. Ce jour-là, son père l'emmène découvrir un merveilleux secret: le cimetière des livres oubliés. Daniel adoptera un livre: «L'ombre du vent», de Julián Carax. Cette lecture marquera sa vie à jamais. Outre découvrir d'autres livres du même auteur, Daniel se lancera à la recherche de ce dernier.

Critique:
Encore une fois, la magie de Carlos Ruiz Zafón a opéré sur moi. Ce roman est dit policier, mais il est bien plus que ça! Enquête, énigmes, amour (sous plusieurs formes), aventure, humour se côtoient dans cet ouvrage. Peut-être que ce qui le définirait le mieux, c'est roman initiatique. En effet, nous assistons à l'éveil à la vie de Daniel Sempere. Il connaîtra des aventures dignes de romans picaresques.
L'une des forces de ce roman est qu'il conte des choses qui paraissent impossibles tant elles sont rocambolesques, et qui, pourtant, pourraient arriver n'importe quand à n'importe qui.
Je reste fascinée par la façon qu'a l'auteur de nimber certains de ses personnages de flou, de mystère, et de leur donner un certain charisme qui fait qu'on se sent irrésistiblement attiré par eux.
Il va de soi que ce volumineux roman ne souffre d'aucune longueur, que l'auteur sait écrire, et qu'il est réconfortant, à l'heure où des romans médiocres sont prônés, de lire un bon livre qui vous happe, vous entraîne dans un tourbillon de sensations duquel vous aurez du mal à sortir. En outre, il est impossible de prévoir quel sera le prochain événement. Le lecteur tâtonne à l'instar de Daniel, et n'apprend les choses que lorsque l'auteur le décide. Bon, vous me direz qu'il y a une chose que j'aurais dû comprendre concernant Julián. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte, car l'auteur le pointe du doigt, et fait d'énormes appels du pied à son lecteur. C'est, je pense, ce qui fait son génie.

On pourrait reprocher à l'auteur ses intrigues en miroir. On pourrait dire que c'est trop facile, redondant, etc. Quant à moi, j'ai été captivée par ce subtile jeu de miroirs, par la façon dont les événements trouvent un écho sans que cela soit tiré par les cheveux, et sans que tout doive obligatoirement se répéter.
J'adresserai tout de même un petit reproche à l'auteur: il a utilisé une ficelle dans ses deux romans. Certes, elle est utilisée un peu différemment, mais j'ai été déçue de la retrouver ici.

Daniel n'est pas parfait, il n'a aucun charisme... c'est ce qui le rend attachant. On s'identifiera volontiers à lui plutôt qu'à Julián ou à Fermín. Combien d'entre nous n'ont-ils pas commis les erreurs de Daniel? Combien n'ont-ils pas été passionnés par un livre, une oeuvre, un personnage, au point de se perdre pour découvrir ce qui est arrivé?

Julián m'a parfois agacée, surtout parce que les sentiments qu'il faisait naître chez les autres étaient toujours extrêmes.
J'ai apprécié Fermín Romero de Torès, personnage loufoque et fantasque, qui, dans les pires situations, a la phrase qui fera rire. En outre, il gardera une part de mystère, puisqu'on ne saura jamais absolument tout de lui, même si on finit par apprendre certaines choses. Ce personnage est toujours source de détente, de rire, d'une pause dans un récit haletant. Vers la fin, il s'illustre encore en honorant de manière joyeusement tapageuse, une promesse que Daniel et le lecteur avait oubliée.

Il y aurait beaucoup d'autres personnages à évoquer, car tous, qu'on les apprécie ou non, sont riches et intéressants. Ne souhaitant pas faire un catalogue des protagonistes, je m'arrêterai là.
Je tiens juste à dire que je n'aime pas du tout Clara! Je ne lui trouve aucune circonstance atténuante.

Remarque annexe:
Je trouve dommage que certains croient encore que les aveugles touchent les visages des gens pour savoir à quoi ils ressemblent. Bien sûr, cela peut donner une indication: la douceur de la peau, présence ou non d'une barbe, etc, mais il me serait impossible de reconnaître quelqu'un, ou de pouvoir dire à quoi il ressemble rien qu'en touchant son visage. Le plus sûr moyen de reconnaître quelqu'un est sa voix.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Brouard pour les éditions la Croix des Landes.
J'avoue que j'aurais aimé retrouver Frédéric Meaux sur un autre roman de Carlos Ruiz Zafón, mais j'ai beaucoup aimé la lecture de Christian Brouard. J'ai particulièrement apprécié la façon dont il interprète Fermín: son jeu renforce l'idée que je me faisais du personnage. Le lecteur ne cabotine jamais, et sait donner du rythme et de la force au livre. Un tel texte ne doit pas être facile à rendre, et le comédien s'est montré à la hauteur.
Je ne lui adresserai qu'un minuscule reproche: il fait partie de ceux qui croient que Miguel, à l'espagnole, se prononce Migouel. J'avoue que cela m'a beaucoup agacée! ;-)

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