L'oiseau de mauvais augure

Note: Pour ceux qui ne connaissent pas la série, je vous rappelle l'ordre dans lequel il vaut mieux la lire:
1: La princesse des glaces
2: Le prédicateur
3: Le tailleur de pierre

L'ouvrage:
La police est alertée pour une affaire à l'apparence banale: une femme a trouvé la mort dans un accident de voiture. Elle est la seule victime. Il s'avère qu'elle était ivre. Ses proches s'en montrent extrêmement surpris, étant donné qu'elle ne buvait pas d'alcool depuis très longtemps.
L'enquête sera mise en sommeil lorsque l'une des participantes de l'émission de télé réalité qui a lieu dans la ville, sera, à son tour, retrouvée assassinée.
Tout ça à six semaines du mariage de Patrik et d'Erica. Il va sans dire que le policier ne pourra pas se consacrer à de tendres préparatifs.

Critique:
Encore une fois, Camilla Läckberg explore des blessures d'enfance et leurs conséquences. Elle nous présente des personnages dont elle analyse très bien la psychologie. Que ce soit les participants à l'émission ou les autres protagonistes, tout ce qui est exposé est vraisemblable, et observé avec justesse. C'est ce qui démarque Camilla Läckberg d'autres auteurs de romans policiers: elle étudie les rapports sociaux et l'âme humaine avec pertinence.

Je commence à connaître la façon dont Camilla Läckberg construit ses romans, donc j'ai trouvé la plupart des éléments de l'énigme. Il y a un personnage que j'ai très vite soupçonné, et j'avais vu juste. Cependant, tout n'est pas aussi évident que dans «Le tailleur de pierre».
Les seules longueurs que je déplorerai sont celles que je reproche habituellement à l'auteur: un personnage trouve un élément, et il n'est révélé au lecteur que longtemps après. C'est très agaçant en plus d'être éculé.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
L'auteur soulève une question intéressante et complexe. Les deux enfants étaient malheureux avec leur mère, et heureux avec celle qui les avait enlevés. La femme a-t-elle agi en pensant à eux? Était-elle en mal d'enfants? Était-ce les deux? Malgré cet acte, peut-on la blâmer, puisqu'elle offrait une meilleure vie aux enfants? Mais était-ce si bon pour eux, puisqu'ils devaient se cacher de peur des conséquences si on apprenait qu'elle les avait enlevés? Si Sigrid avait vécu, les enfants n'auraient-ils pas été détruits quand même, n'ayant connu qu'elle et ce qu'elle leur offrait pendant de nombreuses années? Auraient-ils pu continuer longtemps ainsi? Encore une fois, rien n'est manichéen.

J'ai été ravie de retrouver les personnages rencontrés dans les autres tomes. Outre qu'on s'y attache, certains d'entre eux (Erica, Anna, Dan...), étaient synonymes de détente. L'auteur raconte avec bonne humeur comment les filles préparent le mariage, comment elles éconduisent Christina, comment elles s'occupent des enfants.
J'ai apprécié que Camilla läckberg prenne son temps, à la fin. Je ne voulais pas quitter ces personnages sympathiques sitôt l'affaire élucidée. Bien sûr, elle a fait cela pour placer une autre pièce du puzzle, mais elle en a profité pour raconter un autre moment de leur vie, ce qui m'a plu.
Certains diront que ce qui arrive à Anna est un peu gros, mais il m'a semblé que non. En outre, il y a une avancée dans l'histoire de la famille: les rapports entre les deux soeurs deviennent moins tendus à mesure qu'elles se redécouvrent, et Erica décide d'entreprendre certaines recherches qui en apprendront plus au lecteur sur sa famille dans les tomes suivants. À propos de cela, tout est préparé dans les tomes précédents. Je me demande donc si Camilla läckberg y pense depuis qu'elle a commencé la série ou si elle a décidé de trouver une logique à des faits exposés en début de série.

On prend également plaisir à retrouver les membres du commissariat. J'ai été agréablement surprise, car l'un des personnages (Gösta Flygare), se remet en question. Cela était un peu préparé par les autres tomes, et j'oscillais entre la sympathie et l'agacement à son égard. C'est la sympathie et la compassion qui l'emportent après la lecture de ce tome.
Les joutes verbales entre Patrik et Martin sont également un moment de détente.%%Et bien sûr, on retrouve l'incontournable Mellberg. Il est toujours amusant, confit dans sa bêtise, ses certitudes, et sa suffisance. Sa conférence de presse est un grand moment! Il va de soi que je savais ce qui allait lui arriver, à la fin du roman.

Je ne suis pas adepte de télé réalité, mais je ne me suis pas ennuyée pendant les passages dédiés à l'émission et à ses participants. J'ai l'intuition que l'auteur a bien cerné les comportements et les raisons qui poussent des gens à participer à ce genre d'émissions. Je ne veux pas dire qu'ils sont tous comme les participants du jeu qu'elle a inventé, mais il doit y en avoir plus qu'on ne le croit. Ces participants sont attendrissants, malgré, ou à cause de leurs révoltes maladroites, de leur aigreur, de leur façon d'appeler au secours. Seule, Tina ne trouve pas grâce à mes yeux.

J'ai aimé le personnage de Sophie: un peu révoltée, comme le veut son âge, mais également courageuse et clairvoyante, balayant l'hypocrisie et les tabous.

Remarques annexes:
J'ai trouvé sympathique de lire une séance de rédaction d'un rapport par deux policiers.
Je trouve dommage que l'auteur ait donné à plusieurs personnages des noms similaires ou approchants: la nouvelle recrue du commissariat et le père de Patrik ont des prénoms qui ressemblent à ceux d'autres personnages.
Je trouve dommage de ne pas rencontrer plus souvent des personnages qui ne boivent pas d'alcool tout simplement parce qu'ils n'aiment pas ça. Je ne l'ai trouvé qu'une fois, dans «Le cercle des loups», de Nicholas Evans.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 15 septembre.

C'est un vrai plaisir pour moi de retrouver Éric Herson-Macarel sur le tome 4 des aventures de Patrik et d'Erica. Il est toujours aussi naturel, sachant toujours aussi bien jouer sans une once de cabotinage. J'espère qu'il continuera la série.

En général, je soupire d'exaspération lorsqu'un livre audio est émaillé de musique. Ici, j'ai trouvé que c'était plutôt un point positif. En effet, il n'y avait pas trop de musique. Par ailleurs, elle était appropriée à l'atmosphère du livre. Enfin, elle annonçait, à chaque fois, une certaine partie de l'histoire que je retrouvais toujours en pensant: «Ah, là, je vais en apprendre plus, ou ça va confirmer ce que je pensais.»

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