L'oiseau crocodile

L'ouvrage:
Ève et sa fille (Liza) vivent dans la dépendance de Shrove, le manoir des Tobias. Un matin, Ève réveille Liza et lui dit qu'il est temps pour elle de partir. Désemparée, mais sachant qu'il n'y a pas d'autres solutions, Liza s'en va. Elle rejoint son petit ami, Sean, à qui elle raconte pourquoi elle a dû s'enfuir. Le début de cette histoire remonte à douze ans plus tôt, alors que Liza avait quatre ans.

Critique:
Ce roman m'a plu, pourtant, il contenait des ingrédients propres à m'agacer. D'abord, il y a l'alternance entre le passé et le présent. En général, je trouve cela ennuyeux, artificiel... souvent, cela engendre des répétitions, et les deux parties de l'histoire sont inégales... Pour moi, Ruth Rendell a évité tous ces écueils dans «L'oiseau crocodile». Le plus important n'est pas tellement les meurtres. Si on rassemble habilement les éléments, on en a la clé presque dès le début. Ce qui compte, c'est la psychologie d'Ève et de Liza. Le récit est lent, mais cela n'est absolument pas gênant, car chaque page enrichit l'image que le lecteur a des deux femmes. L'une ne peut sortir d'une idée fixe, idée renforcée par une chose qu'elle a vécue; l'autre découvre que la vie n'est pas contenue dans le manoir de Shrove. Liza fascine à cause de la manière dont elle a été élevée. Sa façon de s'adapter au monde qui l'entoure dans le présent est parfois déconcertante. Par exemple, cela ne la dérange pas d'aller prendre frauduleusement un bain dans un hôtel. Elle a besoin d'être propre, et pour elle, cela passe avant tout.
À travers Liza, l'auteur soulève certaines questions. Est-on préconditionné par son éducation? Peut-on se libérer d'un carcan qui pousserait à ne reproduire que ce qu'on connaît? Elle y répond concernant Liza, mais elle montre aussi que tout dépend du caractère de la personne. En effet, la question pourrait aussi se poser pour Ève. On me rétorquera qu'elle a dû faire face à quelque chose de plus traumatisant que Liza. Certes, mais il semble que plus le temps passe, plus elle s'enfonce. Si on la comprend au début, son évolution est assez inquiétante.

Les situations décrites dans ce roman pourraient susciter des débats passionnants...

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Amesse pour la Ligue Braille.

Je pense que ce lecteur n'enregistre plus de livres. J'ai bien aimé son interprétation. Il fait ce qu'il faut. J'ai trouvé dommage qu'il tente de faire le «r» anglophone pour certains noms propres. On voit bien que cela ne lui est pas naturel.

Acheter « L'oiseau crocodile » sur Amazon