L'interprète des maladies

L'ouvrage:
Ce recueil de nouvelles montre des gens dans leur quotidien. Ils sont souvent déchirés entre l'Inde et les États-Unis.

Synopsis des nouvelles:
«Un dérangement provisoire»:
Dans le quartier où vivent Shoba et Shukumar, l'électricité sera coupée tous les soirs pendant une heure pour cause de travaux. Le couple vit une période de marasme. Ce petit désagrément électrique va leur permettre de communiquer.

«Quand monsieur Pirzada venait dîner»:
Lilia raconte une période de sa vie où ses parents accueillaient, certains soirs, un homme. Au départ, ils l'ont invité par solidarité culturelle...

«L'interprète des maladies»:
Monsieur Kapasi est guide touristique. Ce jour-là, il conduit la famille Das. Il les observe...

«Un vrai durwan»:
Boori Ma est concierge dans un immeuble. Elle raconte souvent aux locataires des histoires de sa prétendue splendeur passée.

«Sexy»:
Miranda fréquente un homme marié.

«Madame Sen»:
Le soir, Elliott va chez madame Sen. Elle le garde jusqu'à ce que sa mère puisse venir le chercher. Elle lui parle de son pays.

«Cette maison bénie»:
Sanjiv et Twinkle sont mariés depuis peu. À mesure qu'ils découvrent leur maison, ils trouvent des statues à l'effigie de saints.

«Le traitement de Bibi Haldar»:
Bibi fait des crises. Personne ne trouve ce qu'elle a. De ce fait, personne ne veut l'épouser.

«Le troisième et dernier continent»:
Le héros est indien. Il va vivre aux États-Unis. Il raconte son acclimatation.

Critique:
Jhumpa Lahiri évoque des personnages déchirés entre deux cultures ou bien découvrant une autre culture que la leur, ou se languissant de leur pays, ou enfin, souffrant d'ostracisme. J'ai apprécié sa manière de parler de ces gens ordinaires à travers des thèmes quotidiens.

La première nouvelle m'a beaucoup plu, car l'auteur crée une ambiance étrange. Grâce à cette coupure d'électricité, un couple va parvenir à se parler. En peu de pages, l'auteur décrit leur situation. Si elle est malheureusement banale, elle devient unique ici.

Dans la deuxième nouvelle, j'ai apprécié de voir comment la réalité pouvait être vue de différentes façons. L'héroïne, Lilia, voit bien que ce qu'elle étudie en classe (l'histoire du pays dans lequel elle réside) ne représente qu'une partie de sa culture. Le reste, elle l'apprend à travers l'histoire du mystérieux monsieur Pirzada à qui elle associera toujours les confiseries.

On pourrait rapprocher la quatrième, la sixième, et la huitième nouvelle, car on y trouve des gens mal dans leur peau, qui ne s'adaptent pas, et sont quelque peu rejetés, surtout Bibi et Boori Ma. Ces personnages se débattent dans des problèmes qu'ils n'ont pas la force de résoudre. Madame Sen est victime de son refus de s'adapter. Bibi et Boori Ma sont plutôt victimes de leur entourage. C'est ici que l'auteur s'attache à montrer la bêtise de certains comportements.

J'ai d'abord apprécié le parallèle fait dans «Sexy». Miranda écoute sa collègue raconter les malheurs de sa cousine abandonnée par un mari infidèle, alors qu'elle-même est la maîtresse d'un homme marié. Miranda sait qu'elle est dans une situation délicate qui ne lui apportera que déconvenues, et elle peine à en sortir. Je l'ai parfois trouvée velléitaire.

Je n'ai pas rapproché la septième nouvelle de la première, bien que dans les deux, on voie un couple ayant quelque mal à communiquer. En effet, la ressemblance s'arrête là. Dans «Cette maison bénie», j'ai eu du mal à comprendre Twinkle. Elle représente le personnage déchiré entre deux cultures. Son mari est plus attaché qu'elle à la culture indienne. J'ai quand même eu du mal à comprendre pourquoi ces objets religieux revêtaient une telle importance aux yeux de la jeune femme. Peut-être parce que son mari et elle les découvrent dans leur maison. Peut-être pense-t-elle qu'ils sont comme un cadeau précieux. Elle est d'ailleurs un peu superstitieuse à ce sujet. Mais je n'ai pu m'empêcher de la trouver un peu artificielle.

La dernière nouvelle m'a plu car j'ai aimé cette complicité qui se tisse petit à petit entre le narrateur et sa logeuse. Malgré son caractère pas toujours facile, madame Croft sera la passerelle qui permettra au jeune homme, mais surtout à son épouse, de s'adapter à leur nouveau pays.

Il n'y a que la troisième nouvelle (celle dont le recueil porte le nom) que j'ai moins appréciée. J'ai trouvé que la façon dont elle tournait pouvait faire penser à un mauvais roman à l'eau de rose. Pourquoi l'irascible et inconséquente madame Das intéresse-t-elle tant monsieur Kapasi? Mieux on la connaît, moins on l'apprécie. En effet, je n'aime pas les gens qui s'engluent dans leurs problèmes, deviennent aigris, se plaignent, et ne font rien pour en sortir alors qu'ils le pourraient.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur qui a une voix très agréable: grave et claire. D'autre part, sa façon de lire me plaît beaucoup: il ne tombe ni dans le monotone ni dans le surjeu.

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