L'île des oubliés

L'ouvrage:
2001.
Alexie Fielding vit une relation qui ne la satisfait pas. En outre, elle souhaite connaître la vérité quant à ses grands-parents. En effet, sa mère, Sophia, est très discrète quant à sa famille et son passé. Alexie se rend en Crête où Sophia vécut jusqu'à ses dix-huit ans. Elle y rencontre Fotini qui fut la meilleure amie de Maria, sa grand-tante, et qui lui racontera tous les secrets que Sophia a tus.

Critique:
J'ai adoré ce livre. J'ai juste un reproche à faire. La fin ne me satisfait pas vraiment... D'abord, certaines choses étaient prévisibles. En effet, des événements étant passés, la fin ne pouvait les changer. J'ai trouvé cela dommage, car cela ne laissait place à aucune surprise. D'ailleurs, si la structure avait été différente, le lecteur n'y aurait pas seulement gagné de ne pas «connaître» la fin dès le départ. Si le récit avait débuté en 1939, je pense qu'il aurait gagné en force. Les passages où on voit Alexie paraissent fades à côté du reste. C'est souvent le cas lorsqu'un roman s'étale sur plusieurs générations.

Ensuite, la conversation entre Alexie et Sophia m'a laissée dubitative. Je comprenais Sophia, mais je trouve regrettable qu'Alexie ait seulement su l'abreuver de paroles lénifiantes. C'est trop simple. Je suis d'accord quant au fait qu'on n'est pas responsable d'actes commis par des gens que l'on n'a pas (ou à peine) connus, fussent-ils de la même famille. Entre parenthèses, Sophia aurait pu se rendre compte de cela seule... Mais ensuite, Alexie ne fait qu'apaiser sa mère sur le reste. D'abord, ce n'était pas à elle d'expliquer la réaction de gens qu'elle n'a pas connus, cela aurait été à Fotini. Ensuite, il ne faut pas être diplômé en psychologie pour savoir que, comme elle le dit elle-même, l'attitude passée de Sophia a blessé des personnes. Ce n'est pas à sa fille de lui dire que ce n'est pas grave, car ça l'est. J'aurais préféré qu'elle lui dise quelque chose qui aurait paru plus vraisemblable, même si cela aurait été plus dur à supporter pour Sophia. Il aurait juste fallu qu'elle apprenne à vivre avec des erreurs impossibles à modifier.

À part cette fin décevante, ce roman est une très bonne saga qui ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur évite tous les topoi du genre. Ici, pas de mièvrerie, pas de personnages parfaits qui se sacrifient... On me dira que Maria se sacrifie, surtout à un moment, mais je ne le pense pas. D'ailleurs, l'auteur a fait en sorte que ce ne soit pas un long chemin de croix à la fin duquel on aurait vu une Maria heureuse de ses choix malgré une immense frustration. Victoria Hislop n'hésite pas à sortir des sentiers battus, de sorte que le lecteur est toujours dans l'expectative.
Concrètement, la romancière s'éloigne du convenu en montrant que quelque chose de très rude peut avoir des conséquences bénéfiques. L'un des personnages voit un couperet s'abattre sur lui... ce qui lui évite une chose qui, à mon sens, aurait été pire. Un autre personnage parvient à mener sa barque exactement comme il l'entend... cela ne le rendra pas heureux pour autant, car il sera toujours insatisfait.

Grâce à ce roman, j'en ai appris davantage sur la lèpre et la recherche pour soigner cette maladie. L'idée d'exiler les malades en les rassemblant dans une «colonie» dédiée à cela est assez odieuse, mais à l'époque, on ne savait pas comment soigner la lèpre, on avait peur de l'attraper par de simples contacts. Cette peur est compréhensible. C'est ce qui fait que j'ai compris l'attitude d'Alexandros, à un moment.

J'ai été fascinée par le pouvoir destructeur et toxique d'Anna. Elle souille et dévaste ce qu'elle touche. En effet, elle ne se contente pas d'être une banale égoïste peste. Elle l'est à un point que cela en est risible. Dépourvue de conscience, n'aimant qu'elle-même (je ne pense pas qu'elle aime vraiment celui qu'elle croit, elle est seulement fière de l'avoir «gagné» et qu'il lui apporte une distraction), elle ne paraîtra pas caricaturale au lecteur. D'abord, elle est tout à fait cohérente. J'aurais été très étonnée qu'elle se fît une raison, ou qu'elle compatît sincèrement (elle n'a même pas le tact de faire semblant) lorsque sa soeur est confrontée à une rude épreuve. Là encore, je trouve qu'Alexie l'a fort mal analysée, à la fin. Anna n'était pas faible, ce n'était en aucun cas une pauvre malheureuse.

Bien sûr, le lecteur préfèrera Maria, quoiqu'Anna ait un certain charisme. Certains pourront dire que Maria est trop gentille. J'ai compris son besoin de ne pas faire d'esclandres, et donc, de taire ses colères vis-à-vis de sa soeur. Parfois, elle semble un peu trop gentille, certes, mais elle n'est ni mièvre ni grandiloquente. Et puis, elle aussi commet des erreurs.

J'aime beaucoup Georgis et Hélénie qui tentent de ne pas se laisser abattre par les vicissitudes de l'existence. Georgis fait figure de sage, à mes yeux.

Éditeur: les Escales.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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