L'homme qui voulait vivre sa vie

Voir le synopsis et la critique du roman.

Après que mon mari m'a enregistré ce roman, l'éditeur Les mots en soie l'a sorti en audio. Il est interprété par Marie-Françoise Coelho et Laurent Manzoni. J'ai eu l'occasion d'entendre cette version, et j'ai remarqué quelque chose que je n'aurais peut-être pas vu si je n'avais pas lu le roman avant. J'aurais, tout au plus, trouvé cela un peu bizarre de la part de l'auteur, mais...
Il se trouve que l'éditeur a choisi d'adapter le texte. En effet, le roman est lu à deux voix. Si la comédienne lit les répliques féminines, le texte original a été changé afin qu'elle dise certaines paroles comme si le personnage féminin qui parle était la narratrice. Tout le livre est écrit du point de vue de Ben, le narrateur. Or, quand Ben dit (par exemple): «Elle m'a dit: «Tu t'en occupes.», et elle a roulé sur le côté en plaquant l'oreiller sur sa tête.», l'éditeur l'a transformé. La lectrice dit: «Tu t'en occupes.» Mais le comédien ne reprend pas la parole. C'est la comédienne qui dit (changeant le texte original): «Et j'ai roulé sur le côté en plaquant l'oreiller sur ma tête.»

J'ai été choquée qu'un éditeur change ainsi un texte écrit pour sa version audio, et ne le mentionne pas. En effet, l'éditeur ne précise nulle part qu'il s'agit d'une adaptation, indiquant, au contraire, «Texte intégral». Je ne comprends pas bien le but de l'éditeur audio. Pourquoi se donner tant de mal pour transformer ce qui est déjà écrit? Pourquoi n'avoir pas tout simplement fait lire ce roman par un comédien seul? Et s'il tenait tant à cette adaptation, pourquoi ne pas le préciser afin que l'auditeur achète cette version en sachant à quoi s'en tenir? Personnellement, je vois cela comme une espèce de trahison vis-à-vis d'une personne qui ne lit qu'en audio, et qui, en entendant cette version, ne bénéficiera pas de l'oeuvre fidèlement retranscrite. Je trouve un peu fort qu'il faille commencer à s'inquiéter des versions audio sorties dans le commerce, et ne pouvoir compter que sur les bibliothèques pour lesquelles enregistrent des lecteurs bénévoles, afin d'être sûr d'avoir le texte intégral et original. Je sais que tous les éditeurs audio ne font pas cela (lorsqu'ils adaptent ou abrègent un texte, ils le précisent), mais j'aurai toujours un doute, maintenant... Et j'aurai des réticences à lire d'autres ouvrages édités par Les mots en soie.

Voici maintenant un exemple qui illustre mes arguments:
À un moment, Ben évoque son atelier de photographe pour le lecteur. Et au détour des méandres de sa pensée, il dit que sa femme (qui, à ce moment-là, n'est pas présente dans la scène, et ne donne jamais directement son point de vue en tant que narratrice), dit souvent qu'elle n'aime pas ceci ou cela. Dans le texte original, il est écrit:

«Beth ne peut pas supporter ces clichés hyper réalistes.
«C'est trop, c'est de l'épate bourgeois, prétend-elle.»
Elle n'adore pas non plus les portraits de famille naturalistes:
«Tu nous fais ressembler à des péquenauds des Apalaches.»
Les paysages, par contre, obtiennent son approbation. Elle me dit toujours que je sais parfaitement saisir le côté le plus glauque de la pastorale Nouvelle Angleterre.»

Dans la version audio de Les mots en soie, il est dit:

(Laurent Manzoni): «Beth ne peut pas supporter ces clichés hyper réalistes.
(Marie-Françoise Coelho): «C'est trop, c'est de l'épate bourgeois.»
Je n'adore pas non plus les portraits de famille naturalistes.
«Tu nous fais ressembler à des péquenauds des Apalaches.»
Les paysages, par contre, obtiennent mon approbation, et je lui dis toujours qu'il sait parfaitement saisir le côté le plus glauque de la pastorale Nouvelle Angleterre.»