L'homme qui savait la langue des serpents

L'ouvrage:
Estonie.
Leemet est né au village. Son père voulait vivre avec son temps, labourer, manger du pain... Mais peu après la naissance de son fils, il est mort. Sa femme, qui détestait vivre au village, est retournée habiter dans la forêt, emmenant ses deux enfants. Leemet raconte sa jeunesse, sa famille, ses amis, et comment il en vient à se poser des questions quant aux croyances de ceux qui préfèrent vivre au village.

Critique:
Lorsque j'ai décidé de lire ce roman, j'ai provoqué l'étonnement d'une amie grande lectrice. Elle n'était pas du tout tentée par ce livre, et était persuadée qu'il ne me plairait pas. Je trouvais qu'il pouvait être étrange, mais mon instinct me disait de l'essayer. Je suis ravie de l'avoir écouté. Ce roman m'a beaucoup plu. Il m´est assez difficile d'écrire une chronique le concernant, car il fait partie de ces livres auxquels, à mon avis, je ne saurai pas rendre hommage.

Andrus Kivirähk manie l'humour à merveille. Il s'en sert souvent pour montrer qu'il ne faut pas s'enchaîner à un dogme religieux ou à des superstitions. Le narrateur commence par être fasciné par le village et ceux qu'on y rencontre (il y a d'ailleurs des passages très cocasses concernant le pain), puis il réfléchit, et ne comprend pas pourquoi il devrait avoir foi en Dieu (il en a assez de devoir croire à des génies de la forêt, et pour lui, Dieu n'est qu'un génie supplémentaire), être baptisé, changer de prénom... L'auteur se moque ici de la religion lorsqu'elle devient fanatisme. Il se gausse également d'Ülgas (le vieux «sage») qui ne jure que par les génies, et se targue de savoir guérir n'importe quoi. Outre les discussions que Leemet a avec des croyants fanatiques, il y a certaines scènes qui font qu'on ne peut que railler les participants. Par exemple, Johannes étant persuadé de pouvoir sauver sa vache mourante grâce à des remèdes que lui ont appris les étrangers (personnes à qui il pense tout devoir), ou de jeunes villageois se disputant parce que chacun est sûr de reconnaître... l'origine du crottin qu'ils trouvent lors de leurs pérégrinations... À travers tous ces exemples, l'auteur dit que ce qui compte, c'est surtout d'agir en son âme et conscience, et avec bon sens. On peut croire en Dieu ou aux génies, mais pourquoi y obliger les autres?

Les rares habitants de la forêt se replient quelque peu sur leurs traditions, mais le narrateur montre que certaines sont utiles. Par exemple, il est content d'avoir appris la langue des serpents, de pouvoir communiquer avec la plupart des animaux par ce biais. Là encore, c'est son bon sens qui parle. Bien sûr, en réalité, on ne peut pas opposer la modernité au fait de connaître la langue des serpents, puisque l'homme n'a jamais pu communiquer avec les serpents et les autres animaux. Cependant, l'auteur montre que les chrétiens qui vilipendent les serpents n'auraient qu'à les laisser tranquilles afin de ne pas être mordus. Le narrateur méprise les chasseurs qui se mettent à plusieurs pour terrasser un seul animal (élan, chevreuil, etc). Je n'ai pas la possibilité (comme Leemet) de pousser un animal à se sacrifier pour pouvoir manger, mais je méprise également le genre de chasseurs dont il parle.

D'autres scènes cocasses sont engendrées entre autres par le curieux élevage pratiqué par les anthropopithèques. La dernière scène où cet élevage est présent commence par être étonnante, puis à la fois heureuse (pour le narrateur), et triste (pour l'élevage). Le roman est un peu à cette image: au début, et pendant une grande partie, on rit, on est étonné de la manière dont ces gens vivent. Ensuite, viennent des moments plus durs... À partir de là, j'ai eu peur que le livre me plaise moins, mais cela n'a pas été le cas. Il a pris un autre tournant, et si j'en ai été attristée, j'ai continué de suivre Leemet avec grand intérêt. Je me demandais (comme souvent quand un roman me plaît) comment je réagirais à sa place. Je préférerais ne pas être confrontée à ce qu'il vit, et donc ne jamais connaître la réponse à cette question. Toujours est-il que cette interrogation m'a aidée à ne pas en tenir rigueur à Leemet lorsqu'il dérape...

La postface du traducteur explique certaines choses. Cela m'a intéressée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.

Il m'a plu de retrouver ce comédien dont j'aime beaucoup le jeu toujours naturel et adéquat. Ici, il n'a pas démérité. Je suppose qu'il s'est renseigné quant à la manière de prononcer les noms propres. Je ne sais pas comment il s'est débrouillé, mais ses prononciations (forcément avec une inflexion particulière et inhabituelle pour moi) ne m'ont absolument pas gênée. Je crois que c'est un tour de force de sa part, car généralement, dès qu'il y a un accent autre que celui de la langue principale dans un livre audio, cela me déplaît.

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