L'Heure trouble

L'ouvrage:
Voilà plus de vingt ans que Jens Davidsson, six ans, a disparu, alors qu'il était chez ses grands-parents, sur l'île d'Öland. Certains pensent qu'il est allé sur la plage, et s'est noyé. Mais on n'a jamais retrouvé son corps. D'autres pensent que c'est peut-être Nils Kant (qui a plusieurs meurtres à son actif) qui l'a tué. Mais Nils Kant est mort...
C'est alors que Gerlof Davidsson, le grand-père de l'enfant, reçoit une enveloppe contenant une sandale qui pourrait bien être celle de Jens.

Critique:
J'ai retrouvé, avec plaisir, des choses qui m'avaient plu dans les deux autres livres de Johan Theorin. Il y a d'abord le décor et l'ambiance qui en émane. De plus, l'auteur situant (pour l'instant) tous ses romans sur l'île d'Öland, non seulement on croirait y être, mais à force de le lire, on a l'impression d'y habiter un peu.

J'ai également aimé retrouver Gerlof (même si en fait, ce roman est sa première aventure), que j'avais apprécié dans «Le sang des pierres» et «L'écho des morts». C'est un personnage sympathique. Il a su traverser les épreuves sans s'aigrir, et surtout, il ne ressemble pas aux vieilles personnes cancanières de certains romans, qui élucident tous les mystères, se montrant plus fortes que la police, et donc, absolument pas crédibles.

J'ai également aimé retrouver le côté très humain des personnages de Theorin. Outre Gerlof et sa famille, les autres, qu'on compatisse à ce qui leur arrive ou qu'on les déteste (certains seront à la fois blâmés et plaints), ont une psychologie bien analysée. Ils sont réalistes.

L'intrigue m'a un peu moins plu que celles des deux autres romans, principalement parce que le lecteur a très vite certaines données en main. Il ne sait pas tout, et fait des découvertes au long de sa lecture, mais il est des points qu'il sait dès le départ. Cela a engendré quelques lenteurs à mon goût. Je pense que s'il n'y avait pas eu le prologue, ayant moins d'indices, j'aurais trouvé certaines choses moins lourdes. Cependant, le prologue a un bon côté, car à cause de lui, le lecteur se demandera comment telle chose était possible. À mesure de sa lecture, il oscillera entre les différentes théories échafaudées, et ne saura pas vraiment sur laquelle se fixer, jusqu'à la fin. Cette ambiguïté a été voulue par l'auteur, et c'est en cela que le prologue est utile.

En général, je n'aime pas trop les retours en arrière. Ici, ils étaient bien placés. Il y en a bien un ou deux qui ont engendré quelques longueurs, mais ils aident le lecteur à mieux comprendre les choses.

Johan Theorin a utilisé une ficelle qu'il a pervertie, ce que je trouve très bien. En effet, à cause d'une situation, il a fait en sorte qu'une hypothèse ne puisse absolument pas être émise, alors que ce fait est la clé d'une partie de l'énigme. J'ai trouvé cela finement joué. Surtout que lorsqu'on connaît le fait en question, on le trouve parfaitement logique.

Au tout début, Julia m'a agacée. Pourtant, elle ne fait qu'exprimer une incommensurable douleur. Et comment l'en blâmer? Elle a perdu son fils, ne croit pas la théorie admise par la majorité, ne se sent pas soutenue par sa famille... Il est vrai que si Gerlof la soutient à sa manière, ce n'est pas le cas de Léna. J'ai eu d'ailleurs du mal à comprendre Léna qui m'a paru assez froide, tout au long du roman. Elle veut que sa soeur passe à autre chose, et il est compréhensible qu'elle souhaite que Julia aille mieux. Mais lorsqu'il s'agit de la perte d'un enfant, il n'est pas simple de passer à autre chose, et Léna ne veut pas le comprendre.

Là encore, l'auteur agrémente son roman d'un soupçon de fantastique: Julia et d'autres se demandent si la maison des Kant de serait pas hantée par le fantôme de Vera. Cela m'a plu, car la théorie va bien avec cette maison lugubre. La scène où Julia s'y rend est très bien écrite, car la peur monte lentement, et le lecteur finit par croire qu'il y a vraiment un fantôme.
Il y a aussi l'histoire du lutin suicidaire... J'avoue qu'elle m'a fait rire.
Bref, Johan Theorin parvient très bien à insérer un peu de fantastique sans que cela soit hors de propos. Cela n'est pas donné à tout le monde.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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