L'endroit le plus dangereux du monde

L'ouvrage:
À treize ans, Calista (dite Callie) Brodrick trouve une lettre d'amour dans son casier. Son auteur est Tristan Block, le garçon le moins populaire de l'école. Callie montre la missive à sa meilleure amie, Abigail, puis à Bryan, son petit ami. Elle ne sait pas qu'elle a déclenché quelque chose qui la poursuivra plusieurs années.

Critique:
Voilà un livre très dur, mais très juste. Après le premier chapitre, on retrouve les personnages quelques années plus tard, au lycée. Ils ne réfléchissent pas vraiment, font des fêtes orgiaques, se moquent les uns des autres sur les réseaux sociaux... Certains prennent des risques inconsidérés pour satisfaire leurs parents ou bien pour se sentir vivants. Leur égoïsme et leur nonchalance les rattraperont. Certains ne s'en remettront peut-être pas.

Lindsey Lee Johnson fait en sorte que les sentiments du lecteur ne soient pas tranchés quant à la plupart de ses personnages. Comment éprouver uniquement de la répugnance pour Callie, par exemple? Au moment même de ses actes répréhensibles, elle était prise entre deux feux, sentant bien qu'elle commettait une mauvaise action, mais souhaitant être approuvée par ses pairs. Comment blâmer totalement Dave qui cède à sa faiblesse, mais qui a l'impression qu'il ne sera jamais à la hauteur de ce qu'on attend de lui? Parmi ces étudiants, il en est pour qui je n'ai pas eu de compassion. Il y en a au moins deux à qui j'ai eu envie de dire de se remuer, et d'arrêter de se complaire dans la facilité.
D'un autre côté, certains sont plutôt sympathiques, comme Elizabeth qui supporte stoïquement d'être recherchée par les uns et dédaignée par les autres, tout cela pour de mauvaises raisons.

On sait que l'effet de groupe amplifié par celui des réseaux sociaux peut avoir des conséquences désastreuses, et faire ressortir le pire chez certains. C'est illustré de plusieurs manières dans ce roman. À mon avis, l'auteur n'exagère pas. C'est justement ce qui est effrayant.

Molly Nicoll, la jeune enseignante pleine d'idéaux, m'a agacée. Elle croit très vite tout savoir sur comment se comporter envers les élèves, et voit ses collègues comme des râleurs aigris. Si j'approuve Molly quant au fait de considérer les étudiants comme de véritables personnes, je trouve qu'elle s'y prend vraiment mal. Elle accepte toujours d'octroyer du temps supplémentaire pour rendre des devoirs qui étaient à faire à la maison, elle ne semble pas se formaliser des mots (pleins de mauvaise foi) que lui adressent certains parents, elle monte même la note d'une étudiante qui assure en pleurant qu'elle subit trop de pression quant à son travail scolaire! Elle se targue de comprendre ses étudiants, mais elle veut trop copiner avec eux. Elle aussi ne pourra comprendre les choses qu'après avoir été remise à sa place. Je sais bien qu'on appréhende mieux certains éléments lorsqu'on a vécu une situation, mais je trouve dommage que Molly se soit tout de suite vue comme la bonne fée, et ait regardé les autres enseignants de haut sans tenter de les comprendre. À ce sujet, la romancière est très forte. Il y a une scène où Molly expose sa façon de voir et se fait vertement rabrouer par ses collègues. À la lecture de ce passage, on a l'impression que Molly est humble, et que les autres sont donneurs de leçons. Or, lorsqu'on lit entre les lignes, on comprend que c'est le contraire.

J'ai apprécié la structure du livre. On navigue entre les points de vue des uns et des autres. J'ai aimé entendre parler de quelqu'un à travers les pensées d'Untel, puis d'être ensuite dans la tête de cette personne.

Éditeur français: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

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