L'effet Larsen

L'ouvrage:
Nola Verdier a trente ans. Aujourd'hui, il est temps pour elle d'exhumer le passé, de parler de cet été 1998, l'été de ses dix-huit ans, l'été où, après son père, elle a failli perdre sa mère, celle-ci ne se remettant pas de la mort absurde de son mari.

Critique:
Voilà un livre qui raconte la vie dans tout son réalisme, toute son injustice, toute sa beauté. Ce roman, c'est la vie.
Delphine Bertholon raconte l'histoire de cette famille brisée avec justesse, sans tomber dans le pathos. Dans un style fluide, elle analyse sans complaisance la souffrance imposée par les événements. En effet, quoi de plus stupide, de plus injuste que la façon dont Jacques Verdier est mort? Quoi de plus naturel que le refus de Mira et Nola d'accepter cela, d'accepter que ce qui faisait leur bonheur n'est plus. L'auteur rappelle ainsi qu'il suffit d'une seconde pour que tout bascule inexorablement.
Elle nous montre aussi la lente remontée de ces deux femmes. Elle fait passer son lecteur par les sentiments éprouvés par ses héroïnes qui ne s'imaginent pas recommencer, et s'en sentent même un peu coupables, surtout Nola. Et pourtant, la vie reprend toujours le dessus. Comme le dit Jonas: on ne peut pas vivre comme ça, ce n'est pas possible. Il faut bien continuer. Jonas, lui aussi, a sa manière de vivre son deuil, de le rendre plus supportable.
Le lecteur sera d'autant plus touché que ce qui arrive ici peut arriver n'importe quand à n'importe qui.

Bien sûr, une fois tout cela posé, le lecteur se demande où veut en venir l'auteur. Tout est bien analysé, mais que peut-il se passer, maintenant? Que va-t-elle nous raconter? Ne va-t-elle pas s'enliser? Certainement pas! Delphine Bertholon mène son histoire de main de maître. Il n'y a aucune longueur. À la fin, l'auteur tarde à apprendre la vérité à son lecteur, et pour cela, raconte d'autre choses. Bien sûr, c'est fait à dessein. Mais pendant qu'elle nous fait attendre, la romancière parvient à ne pas faire de remplissage: elle nous raconte des choses qui nous importe. Et quand Nola finit par sauter le pas, et retarde encore sa révélation en décrivant son état de nerfs, là encore, l'auteur est excusée parce que ce qu'elle décrit est vrai.

Le thème de l'audition et des organes permettant d'entendre est exploré. Certaines réflexions de Nola, sa fascination pour les oreilles, la façon dont sa mère somatise, tout cela m'a interpellée, m'a fait me poser des questions auxquelles je n'aurais pas pensé avant.
En outre, les oreilles revêtent une importance particulière, car c'est le silence qui a anéanti Mira, et c'est la parole partagée et écoutée qui la délivrera.

La façon dont les deux personnages font face au deuil est différente. Le lecteur comprend l'espèce de culpabilité irraisonnée de Mira. On se culpabilise souvent quand ce genre de choses arrive. Plus tard, toute la complexité des sentiments de Mira est encore mieux comprise...
Quant à Nola, elle est attachante et sympathique, mais je n'ai pas grand-chose à dire sur elle, car elle sait analyser ses sentiments, ses actes, ses envies. Tout est écrit dans le roman. Nola essaie de s'en sortir entre sa douleur, ses nouvelles responsabilités, l'impression que sa mère s'éteint lentement...

Si l'histoire, les thèmes, et les sentiments sont bien analysés, c'est dans un style qui ne pourra laisser le lecteur indifférent, un style dont la qualité est indéniable. Tour à tour poétique, dépouillé, mêlant subtilement le vocabulaire recherché aux expressions familières, usant d'images pertinentes et fascinantes. En plus d'être bien pensé, c'est un livre bien écrit.
Pour son style, pour sa justesse, pour le talent de son auteur, ce livre est à lire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Jean-Claude Lattès

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