L'écorchée

L'ouvrage:
Une famille est massacrée. La police est prévenue par un enfant que le tueur a laissé en vie à dessein. Il s'avère que le meurtrier avait disparu depuis dix-sept ans. Bientôt, d'autres refont surface.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. L'auteur renoue avec Mila Vasquez, l'enquêtrice de «Le chuchoteur». On la retrouve tourmentée par son absence d'émotion. Son personnage est intéressant. Elle est un peu dans le cliché du policier torturé, mais en sort quand même puisque ses maux ne sont pas uniquement dus à son travail ou à une vie ratée.
D'autres personnages sont tourmentés de différentes façons. Certains se brisent, ne pouvant accepter les horreurs rencontrées dans leur métier.

Quant à l'intrigue, l'auteur a eu une bonne idée. Il l'a mise en scène en créant des événements marquants, propres à impressionner le lecteur. Ce qui en découle se tient, compte tenu de l'esprit retors de certains hommes qui pervertissent tout.
D'autre part, la façon dont travaillent Mila et ceux de son département est assez intéressante.

L'intrigue est bien menée, mais il y a des moments où l'auteur s'enlise un peu. Il commence son livre par des faits qui marqueront le lecteur et feront qu'il voudra aller plus loin. Même les premiers chapitres, qui n'ont rien à voir avec l'enquête principale, sont propres à tenir le lecteur en haleine. C'est à partir du chapitre 22 (il y en a 71) que certains passages sont un peu longs. Bien sûr, cela ne dure pas, et l'ensemble ne traîne pas trop. Des rebondissements relancent assez régulièrement l'action: par exemple, tout ce qui découle du signal émis par le téléphone portable de Diana. À ce moment-là, l'auteur s'y entend pour distiller une ambiance angoissante, renforcée par le fait qu'une partie de cet épisode se déroule dans un immeuble délabré dans le noir. Malheureusement, le tout est un peu terni par une petite invraisemblance: le fait que Mila ne reconnaisse pas la voix de celui qui s'adresse à elle. Il est vrai qu'elle est effrayée, mais cela ne doit pas anéantir sa perception.

Je trouve dommage que certaines ficelles aient été utilisées. Par exemple, au tout début du livre, puis à un autre moment, l'auteur fait allusion à certains éléments qu'on ne peut relier à rien, car ils arrivent bien plus tard dans le roman. Il achève d'embrouiller le lecteur en ne donnant pas l'identité de certaines personnes. Ce procédé est malhonnête, car Donato Carrisi crée un suspense artificiel par ce biais.
De plus, j'avais deviné certaines choses bien avant qu'il ne les révèle.

Je n'ai pas non plus aimé que le romancier en ait trop fait en voulant renforcer le spectaculaire. Je parle du fait que Mila soit confrontée à un personnage, comme s'il fallait absolument qu'il soit partout.
En outre, la toute fin implique quelque chose qui ne me plaît pas, en général, lorsque les auteurs le font. On pourrait dire que c'est logique, et ça l'est d'une certaine manière, mais cela présage un essoufflement de la part de l'auteur qui risque, à terme, de se répéter.

La théorie comme quoi le bien et le mal sont liés, et que parfois un mal est nécessaire pour un bien, paraît très simpliste, énoncée dans ce roman. On la comprend, mais ici, Mila semble la découvrir, puis la récite comme une leçon bien apprise.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé pour les éditions Audiolib.
Étant très sensible à la voix et à la diction soignée de Pierre Forest (qui a enregistré «Le chuchoteur») j'ai été très déçue qu'il n'ait pas enregistré «L'écorchée». Cependant, je dois reconnaître qu'Antoine Tomé a fait du bon travail. Il a même modifié quelque peu sa voix pour certains personnages sans tomber dans le surjeu.

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