L'armée furieuse

L'ouvrage:
Valentine Vendermot est venue d'Ordebec (dans le Calvados) afin de parler au commissaire Adamsberg. Dans son petit village, un homme a disparu, et Lina (la fille de Valentine), a vu cet homme avec la cavalcade de l'armée furieuse. Grâce aux connaissances de Danglard, Adamsberg apprend que l'armée furieuse date d'avant les croisades...

Critique:
Voilà longtemps que je n'ai pas lu de romans de Fred Vargas. J'ai été ravie de retrouver son style vif, sa verve coutumière, ses personnages hauts en couleur, sa fantaisie, ses dialogues savoureux, ses intrigues hors du commun. Cela m'a rappelé à quel point elle m'avait manqué. J'ai d'abord aimé les petites étrangetés dont elle parsème ses romans, et qui, je pense, sous la plume d'un autre, tomberaient à plat, et paraîtraient même ridicules, voire très lourdes. Entre autres, nous découvrons un personnage qui peut parler en inversant les lettres (à l'instar d'Adamsberg, j'aime bien le mot «drannoc» pour dire leur fait aux... sdranoc).

Si nous avons une énigme classique, Fred Vargas a su (comme d'habitude) renouveler le genre sans pour autant créer de l'absurde, sans se moquer de son lecteur. Elle commence par montrer des personnages comme un peu fous, et pas seulement à cause de cette vision d'une armée d'un autre temps.
Elle disperse des indices dont certains sont loufoques, malgré la gravité de ce qui se passe à Ordebec. Je savais que certains étaient des indices, mais je n'arrivais pas à savoir où ils pouvaient mener.
La résolution de l'énigme est simple, mais je ne l'avais pas devinée. Il faut dire que je ne la cherchais pas vraiment, trop occupée que j'étais à me laisser porter par les personnages, leurs particularités, leur histoire. D'autre part, la solution est cohérente, et satisfera le lecteur.
Enfin, la romancière utilise un procédé qui, en général, est très pénible. Elle est obligée de retarder le réveil d'un personnage plongé dans le coma, car c'est ce personnage qui détient la réponse, et donc le nom de l'assassin. Généralement, les auteurs qui font cela s'y prennent mal, sachant uniquement créer des longueurs. Fred Vargas remplit intelligemment ses pages en extirpant un autre personnage de sa manche. (On doit le voir dans l'un des deux livres que je n'ai pas lus, mais il sera une diversion, même pour le lecteur qui le connaît.) De toute façon, on n'a, à aucun moment, l'impression d'attendre et de se traîner poussivement vers la solution.
Fred Vargas est l'un des rares auteurs que je connaisse à nous faire autant apprécier les digressions, et à faire en sorte qu'elles ne soient jamais du remplissage!

Étrangement, Adamsberg ne m'a pas agacée, comme dans d'autres romans. Ici, j'ai plutôt apprécié ses méthodes, son caractère rêveur, sa façon peu orthodoxe de se fier aveuglément à son intuition, et en l'occurrence son obstination à dire le Sanglier Bleu au lieu du Sanglier Courant...
J'ai également été heureuse de retrouver Danglard (qui, outre son érudition légendaire, révèlera une faille qui menacera de le perdre, en le montrant fragile au lecteur), et de découvrir les autres. Là encore, Fred Vargas n'a pas fini d'étonner son public, avec son commissariat rempli d'êtres excentriques ou atteints de manies incurables. Tout ce petit monde m'a été sympathique.

L'auteur accroît le réalisme de son roman en entremêlant des intrigues parallèles: l'histoire du pigeon, l'enquête sur les Clermont... Ces intrigues m'ont également plu. J'ai apprécié la façon dont les policiers ont enquêté chez les Clermont. Ce genre de scénario n'était pas vraiment facile à imaginer, car l'auteur aurait pu être prise en défaut au détour de complications engendrées par cette enquête faite comme en coulisses. Elle a su agencer son histoire sans failles.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Comme d'habitude, l'interprétation de Thierry Janssen m'a plu. Ici, j'ai trouvé qu'il tentait peut-être un peu trop de modifier sa voix pour bien différencier les personnages, mais comme il le fait bien, c'est passé.

Les éditions Thélème et les éditions Livraphone éditèrent les romans de Fred Vargas en audio. Thélème s'occupait des évangélistes, Livraphone se chargeait d'Adamsberg. (Seuls ses deux premiers romans (bien que paru en 1994, «Ceux qui vont mourir te saluent» a été écrit en 1987), ne furent pas publiés en audio.) Malheureusement, d'après ce que l'on m'a dit, après la sortie du film «Pars vite et reviens tard», Fred Vargas refusa toute adaptation de ses textes. Je suis ravie qu'elle ait apparemment changé d'avis. J'espère vivement que les éditions Audiolib (ou un autre éditeur de livres audio) sortiront «Dans les bois éternels» et «Un lieu incertain», qui sont les deux seuls romans où l'ont voit Adamsberg qui n'existent pas en audio (en dehors des bibliothèques sonores). Apparemment, Audiolib sort «Pars vite et reviens tard» en mars. Personnellement, je trouve cela un peu dommage, car les éditions Livraphone l'ont déjà édité en 2004, et qu'il existe deux Adamsberg qui n'ont pas été édités...
Je trouve également dommage que les romans où apparaît Adamsberg aient été lus par trois lecteurs différents. J'aurais aimé retrouver Jacques Frantz sur toute la série, ou du moins, qu'un accord soit passé pour qu'il enregistre les derniers, même s'il travaille pour les éditions Sixtrid, et que c'est Audiolib qui les sort.

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