L'argent des autres

L'ouvrage:
Vincent Favoral est caissier dans une banque. Il fait mener une vie austère à sa femme et à ses enfants.
Un soir, alors que la famille est sur le point de dîner, le patron et ami de Vincent, le baron de Taller, vient demander un entretien immédiat avec lui. Après cela, Vincent annonce à sa famille qu'il a commis une grave faute, mais n'est pas le seul coupable. Sa famille et ses amis, présents, l'aident à fuir alors que la police vient l'arrêter.

Critique:
Voilà un roman contenant tous les ingrédients du roman-feuilleton, voire un peu larmoyant, de l'époque. Il me fait un peu penser à «Les deux orphelines».
Ici, on trouve moult digressions et longueurs: retours en arrière, personnages racontant leur histoire, stratégies élaborées pour arriver à ses fins, machinations machiavéliques, histoires d'amour passionnées dès le premier regard... C'est un roman policier, mais l'intrigue policière est agrémentée d'intrigues secondaires.
L'auteur nous fait croire que certains personnages sont détestables, puis nous racontent leur histoire, et nous découvrons qu'en fait, ils sont très bien. C'est le cas de mademoiselle Lucienne.
La façon dont Gilberte et Marius communiquent, au début, et comprennent que chacun s'adresse à l'autre est très grosse.
Les personnages sont manichéens: les «gentils» le sont extrêmement, et les «méchants» ne sont pas complexes: ils sont égoïstes, avides d'argent...
Comme par hasard, toutes les intrigues finissent par se croiser, les personnages se découvrent des liens de parenté, ou s'aperçoivent que tel personnage tient une place prépondérante dans leur histoire.

Le roman m'a plu, car il faut le recontextualiser pour l'apprécier. Écrit par un auteur du vingt-et-unième siècle, il m'aurait été désagréable. Ici, les «défauts» que j'ai cités m'ont plutôt fait sourire, car j'imaginais le lecteur de l'époque, suspendu à la plume d'Émile Gaboriau.
De plus, les ficelles sont si grosses (les digressions, le manichéisme, les intrigues qui se recoupent, etc), qu'on les voit venir, et qu'on se prend au jeu. Par exemple, j'ai essayé de deviner les liens entre tel et tel personnage.
En outre, cela fait plaisir, parfois, de se plonger dans un roman de ce genre.
Et puis, l'histoire est très bien écrite: pas d'erreurs de syntaxe, une langue châtiée, mots bien choisis, vocabulaire étendu... de ce point de vue, ce fut un régal!
Enfin, le lecteur, emporté par le style et l'intrigue, prend part à l'histoire, et espère bien que le bien triomphera. Et puis, même si les personnages sont manichéens, l'un d'eux force l'admiration. Il s'agit de Gilberte. Elle n'est pas une petite poupée en sucre, bêtasse et affectée, comme on l'exige de certaines filles de son époque. Elle est pugnace, tient tête à l'autorité paternelle, et a des valeurs morales.

Bref, un livre divertissant, qu'on lira avec plaisir et en souriant un peu en n'oubliant pas de le remettre dans son époque.

Éditeur: Alteredit.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.

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