L'ouvrage:
Un jour, la fièvre s'est abattue sur le monde, et a décimé une grande partie de la population. Les survivants ont tenté de recréer un peu de civilisation. Nous suivons Willem Storm et son fils, Nico. Willem fonde la communauté d'Amanzi, et fait de son mieux pour en faire un havre de paix, d'entraide, et d'abondance.

Critique:
Après avoir fini «En vrille», je me suis trouvée désemparée de ne plus avoir de romans policiers de Deon Meyer à découvrir. Je souhaitais lire «L'année du lion», mais le fait qu'on n'y retrouve ni Benny, ni Lemmer, ni Mat Joubert m'empêchait de sauter le pas. En plus, c'est un récit post-apocalyptique, et malheureusement, beaucoup d'écrivains ont galvaudé le genre. J'ai fini par m'imposer cette lecture, et heureusement que je l'ai fait. Ce roman m'a tout de suite happée, je ne me suis pas ennuyée, et... je l'ai trouvé trop court (je rappelle qu'il dure 19h27).

Dès le départ, Nico, le narrateur, nous apprend quelque chose qui n'arrive que vers la fin du livre. Tout au long du récit, il revient sur ce fait, car c'est ce qui a déclenché son besoin d'écrire tout ce qui lui est arrivé après la fièvre. En général, quand un élément clé est dévoilé bien avant qu'il ne se passe, je fustige l'auteur. Ici, je préfère qu'il en ait été ainsi, car l'élément révélé est de ceux dont le lecteur souhaite qu'il ne se produise pas. Sachant qu'il aura lieu, il a le temps de se préparer psychologiquement. Cela n'a pas atténué mon envie que cet événement ne se produise pas, mais au moins, il ne m'est pas tombé dessus par surprise.

À travers les actes et les réactions de ses personnages, à travers ce que certains (surtout Domingo) disent à Nico, l'auteur analyse les façons de penser de l'homme. Deux «courants» (si j'ose dire) s'opposent: ce que croit Willem et ce que pense Domingo. Je suis moins tranchée qu'eux. Je pense que beaucoup d'hommes sont comme l'imagine Domingo, mais que certains (il aurait fallu que seuls ceux-là survivent) sont comme le souhaite Willem. Willem lui-même est ainsi, donc d'autres le sont. Bien sûr, la majorité des hommes est telle que l'imagine Domingo, c'est ce qui a rendu possible toutes les atrocités dont l'homme est coupable. Les événements racontés ici montrent bien que ces deux «courants» de pensée rivaliseraient si quelque chose comme la fièvre venait à anéantir 90% de la population. Tout ce qui est décrit est très réaliste. Domingo a beau penser pis que pendre de ses semblables, il tente de préserver ceux qui auraient une chance de sauver (moralement) l'humanité. Je pense que j'aurais ce genre d'attitude.

Parmi ceux qui s'illustrent, il y a le pasteur. Je n'ai pas du tout aimé ce personnage. Je m'en méfiais avant qu'il commence à faire son numéro. Il utilisait la religion pour endoctriner des gens qui, par sa faute, ne voyaient pas que Willem faisait toujours au mieux dans l'intérêt de tous.

Le roman varie les points de vue grâce aux discussions que Nico a avec d'autres, et au projet de l'histoire de la colonie qui fait que Willem (et plus tard Sophia) recueilleront les pensées de plusieurs habitants d'Amanzi. Il est intéressant d'avoir le sentiment des personnages principaux sur ce qui arrive. Une chose m'a même fait rire: le fait que Willem demande à certains de donner la chose du monde d'avant qui leur manque le moins. Je suis bien d'accord avec ce qu'ont répondu les interrogés: tout ce qu'ils ont dit ne me manquerait pas du tout.

Le fait que Sophia recueille certains récits est également une indication sur la manière dont va se terminer le roman. Là encore, je suis reconnaissante à l'auteur de l'avoir fait savoir bien avant qu'une autre éventualité ne se présente. En effet, cette possibilité me répugnait, et grâce au fait que Sophia soit la transcriptrice de certains récits et pensées d'habitants d'Amanzi, j'ai rapidement su qu'elle ne se concrétiserait pas. J'aurais même voulu que Nico rejette totalement le personnage qui est à l'origine de cela, personnage que j'appellerai X. D'ailleurs, il y a une minuscule incohérence quant à ce dont X est responsable. On peut l'expliquer par la bêtise humaine qui a sûrement fait que certains, sûrs d'eux et sans scrupules, ont effrayé quelqu'un avant de lui exposer la raison de leur venue, ce qui tendrait à prouver que ces hommes et X (qui leur a demandé d'agir) n'ont pas appris l'humilité et le respect de l'autre. En outre, il y aurait eu un moyen de faire les choses sans casse: au lieu d'une opération de démonstration de puissance, X aurait pu tout simplement contacter par radio l'autre personnage. Donc, ce que j'appelle une incohérence est plutôt une façon irréfléchie d'agir de la part de X et de ses sbires. Vous aurez sûrement compris que je n'aime pas du tout X, et que je ne lui trouve aucune excuse quant à ce qu'elle fait après la fièvre. Pour ce qui est de son attitude avant, je ne sais pas quoi penser. Qu'aurais-je fait à sa place? On me dira que je pourrais également me demander ce que j'aurais fait après au lieu de faire pleuvoir mes reproches sur X. Je ne sais pas ce que j'aurais fait, mais en tout cas, à l'inverse de X, je n'aurais pas fait quelque chose qui aurait mis une personne que je prétends aimer en danger! J'aurais voulu que X souffre beaucoup après son méfait.

Au long de ses mémoires, Nico fait une sorte d'examen de conscience. L'auteur analyse très bien les sentiments et les émotions du narrateur. Cela fait que j'ai à la fois blâmé et plaint ce dernier.

Avant de taper cette chronique, j'ai regardé les avis des lecteurs sur Audible.fr. Certains sont d'accord avec moi: on est très vite immergé dans l'histoire, tout est réaliste, et surtout, il faudrait une suite. Une personne a dit qu'il y avait trop de récits inutiles de batailles. En général, j'adhère à ce point de vue, mais ici, ces récits ne m'ont pas dérangée. Je ne les ai pas trouvés si longs. Pour moi, ils s'insèrent très bien dans l'intrigue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid.

Comme d'habitude, la lecture du comédien est fluide et naturelle. Il n'est ni trop sobre ni cabotin. Il rend parfaitement les émotions des personnages. Parmi les avis des lecteurs sur Audible.fr, certains considèrent, comme moi, qu'Éric Herson-Macarel est un grand comédien. D'autres déplorent qu'il ne varie pas sa voix en fonction des personnages. Moi qui ai une horreur absolue de cela (sauf dans de très rares cas) je le remercie plutôt de ne jamais faire cela: pour moi, c'est du cabotinage, et c'est affreux.
Personne n'étant parfait, et mon esprit pinailleur n'étant jamais hors service, j'ai remarqué qu'Éric Herson-Macarel ne prononçait pas bien le prénom Lizzie. Il dit (comme beaucoup) Lidzie, alors qu'on doit le prononcer sans faire entendre de «d». Heureusement pour mon esprit pinailleur et râleur, ce prénom n'apparaît que deux ou trois fois dans le livre.