L'anneau de Moebius

L'ouvrage:
Vic Marchal et sa femme, Céline, démarrent une vie nouvelle. Vic est policier, et vient d'être affecté dans la brigade criminelle. Ses collègues ne lui font pas bon accueil, car ils le pensent pistonné, le père de Vic étant policier.
La première enquête du jeune lieutenant est un meurtre. L'assassin a été d'une rare cruauté, laissant deviner un être torturé moralement. La victime, Annabelle Leroy, a eu les lèvres, la langue, et le bout des doigts tranchés. Plus tard, on découvrira l'étendue de son calvaire.

Stéphane Kismet fait des cauchemars où il se voit accomplir d'étranges choses: il erre dans son sous-sol, les mains pleines de sang, il roule à vive allure vers une maison dans l'intention de tuer son propriétaire, il entend un flash d'informations relatant la mort d'une enfant, et juste après, se débarrasse du mouchoir ensanglanté de ladite enfant... Il n'a qu'une certitude: il doit empêcher ces atrocités. Il doit tout faire pour que cela n'ait pas lieu. En effet, il est persuadé qu'il rêve de son futur.

Critique:
Dans une interview accordée aux éditions Audiolib (interview qui se trouve à la fin de la version audio du roman), Franck Thilliez explique qu'il a été, entre autres, poussé vers l'écriture de romans policiers à force de regarder des multitudes de films et de séries fantastico-policiers. Je m'y connais plus en séries qu'en films, mais j'avais pensé à «Médium», «Docteur House» (même si ces séries sont plus tardives), et «Sliders». Il ne les cite pas, donc je ne peux dire avec certitude qu'elles ont fait partie de son immersion dans ce bain d'images et de théories, mais à la lecture du roman, on ne peut s'empêcher de penser à des films ou à des séries. Stéphane évoque vraiment Allison Dubois: il essaie de faire en sorte de tout changer, et il échoue, tout comme Allison, notamment dans l'épisode où elle rêve que Marie, sa dernière fille est atteinte de leucémie. Tout comme Joe disant que s'il brûlait monsieur Snooky, tout changerait, Stéphane compte sur des détails comme les bouteilles de vin pour contrecarrer le destin. Ici, c'est beaucoup plus long, et plus inextricable, mais cela m'y a fait fortement penser.

Dans la même interview, Franck Thilliez explique que l'une de ses particularités est sûrement de faire des thrillers à l'américaine tout en les situant en France. Cela m'a fait rire, car je reprochais justement à je ne sais plus quel auteur français de ne pas situer ses romans en France. Je remercie donc ici Franck Thilliez d'avoir effectivement fait un vrai thriller digne d'auteurs américains (quoique seuls des noms d'auteurs français me viennent: Serge Brussolo (celui-ci situant certains de ses thrillers aux Etats-Unis), Jean-Christophe Grangé), et de les avoir situés en France.

Le décor est bien planté, et l'intrigue ne manquera pas de tenir le lecteur en haleine et de le surprendre. Il n'a pas le temps de souffler, l'auteur l'étourdit de rebondissements. Lorsque le lecteur pense tenir un morceau de vérité, l'auteur la réfute. Par exemple, à l'instar de Stéphane, le lecteur est sûr qu'il fallait prévenir Mélinda et lui faire peur...
Dans l'interview précédemment citée, Franck Thilliez explique qu'il a dû organiser ce roman très méticuleusement, et qu'il s'est efforcé de piéger le lecteur, tout en évitant les trop grosses fausses pistes, pistes que le lecteur aguerri traiterait par le mépris. Il a très bien réussi à me piéger. Je ne voyais pas comment les personnages allaient se sortir de là, je n'imaginais pas comment ils trouveraient l'assassin, et surtout, à la fin du chapitre 75, je croyais avoir deviné le nom de l'assassin.

Dans l'interview abondamment sus citée, l'auteur explique que ses fins ne sont pas toujours heureuses, qu'elles peuvent l'être, mais qu'il peut y avoir du bon et du mauvais. En général, je préfère les fins heureuses. Cependant, j'ai trouvé cette fin plus réaliste. Bien sûr, je regrette ce qui arrive à certains personnages, mais je ne regrette pas le reste. Je n'ai pas réussi à éprouver de la sympathie pour le personnage dont je ne regrette pas la mort. Si ce personnage avait réellement tout fait pour être compréhensif, les choses n'auraient pas tourné ainsi.

J'ai, néanmoins, deux petits reproches à faire. D'abord, pourquoi Stéphane soupçonne-t-il Hector du meurtre de Mélinda? Il se base sur un fait réel, mais qui ne justifie absolument rien. Pourquoi s'arrête-t-il sur ce soupçon que rien ne soutien, et défend-il mordicus cette théorie?
(Attention, je vais dévoiler des choses sur l'assassin, ne lisez pas la suite du paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.)
Si j'ai bien compris, l'assassin est difforme. Lorsque les personnages l'aperçoivent, c'est ce qu'ils retiennent. Dans ce cas, pourquoi cette difformité n'est-elle pas évoquée au moment où on le rencontre en tant que personnage «normal»? Bien sûr, le but est qu'on ne fasse pas le rapprochement, mais ducoup, cela fait une incohérence. L'auteur ne peut parlé des traits déformés et de la peau pendante de l'assassin, puis ne rien dire lorsqu'on le voit en tant que personnage. Ou alors, c'est expliqué, et j'ai manqué un épisode. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Allard pour les éditions Audiolib.
Philippe Allard (qui, par ailleurs est comédien de doublage), a une voix très agréable, et son interprétation du roman est juste, sans fioritures, sans excès. J'espère qu'il réenregistrera des livres.
D'autre part, interviewer l'auteur en fin d'ouvrage est une idée judicieuse. (Les éditions Lire dans le noir le font presque systématiquement. C'est toujours un plus.) D'abord, on découvre la voix de l'auteur. Ensuite, on le découvre un peu en tant que personne, et pas seulement auteur de tel livre. Enfin, il explique sa démarche d'écriture, et c'est toujours intéressant.

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