Keeping Faith

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Mariah White surprend Colin, son mari, en flagrant délit d'adultère. Leur fille, Faith, a également vu la scène compromettante (une femme inconnue sortant de la salle de bains). Pendant plusieurs semaines, l'enfant ne parle plus. Et puis, elle commence à avoir une amie imaginaire. Cette amie, ce serait... Dieu.

Critique:
Il est intéressant de voir comment Jodi Picoult traite ce sujet délicat. En général, l'auteur laisse la place au doute, à la confrontation de points de vue. Ici, elle le fait aussi, mais le lecteur devra admettre que son héroïne a réellement eu des conversations avec Dieu, et a réellement fait des miracles. C'est le reproche que j'adresserai à ce livre. J'aurais préféré quelque chose où le doute ait sa place. En effet, pour un esprit rationnel comme le mien, il est assez difficile d'accepter une telle théorie. Connaissant Jodi picoult, j'imagine qu'elle s'est documentée avant d'écrire ce roman, et qu'elle a vraiment trouvé des événements de ce genre. Et puis, finalement, je préfère cela à ce que Malcolm Mets (l'avocat de Colin) avait cru trouver...
D'autre part, j'ai apprécié le fait que Dieu se soit adressé à une enfant qui n'avait jamais vraiment frayé avec la religion, quelle qu'elle soit.

L'auteur a bien su montrer ce qu'impliquait ce genre de choses. La pauvre Faith, qui essaie de trouver une place, et de se sortir du marasme émotionnel engendré par le divorce de ses parents, est assaillie par les journalistes et l'église. Et ils ont tous l'air de charognards. Aucun ne se préoccupe de Faith, chacun veut l'exploiter, l'étudier comme un rat de laboratoire. À ce sujet, je sais que Mariah a tenté de faire au mieux, mais à sa place, j'aurais interdit aux deux «partis» de s'approcher de Faith.

Comme beaucoup de romans de cet auteur, celui-ci est bien construit. Il y a quand même, à mon sens, quelques longueurs, notamment lorsque les ecclésiastes manigancent pour parler à Faith, et se demandent les uns aux autres si elle affabule ou non.

L'auteur n'est pas tombée dans le cliché qui consiste à montrer des médecins bornés et suffisants. Le docteur Blumberg et le docteur Keller sont sympathiques au lecteur.

J'aime bien Mariah, d'abord parce qu'elle diffère des mères habituellement dépeintes par Jodi Picoult. Si elle aime sa fille, elle n'est pas «parfaite», au sens où le seraient Emma et Charlotte. Il arrive souvent qu'elle n'écoute pas Faith, ne parvienne pas à tenir compte de ses désirs ou besoins. Il arrive qu'elle perde pieds dans certaines situations. Cela ne fait pas d'elle une mère comme Sarah, à mes yeux. Non. Parce que Mariah essaie vraiment de bien faire. Elle tente de se reconstruire, et de faire face à la réalité, à savoir: son mari ne l'aime pas, et n'essaie pas de la comprendre. C'est un égoïste qui a voulu la façonner. Comme elle a résisté (malgré son amour inconditionnel, elle a su garder sa personnalité, quitte à se perdre), il n'a rien trouvé de plus intelligent que de la tromper, de la faire enfermer, et plus tard, de la quitter.
Mariah paraît parfois un peu gourde. Elle n'est pas sûre d'elle. J'ai éprouvé plus de compassion que de colère ou de mépris (ce qu'éprouve souvent son mari à son égard), sûrement parce que je retrouve en moi ce côté précautionneux et pas sûr de soi.

Certains me trouveront sûrement injuste envers Colin. C'est bizarre, mais je n'ai pas réussi à croire ce personnage. Il dit qu'il a une relation père-fille avec Faith, surtout qu'il devait être là quand Mariah ne pouvait assumer son rôle, mais je ne retrouve pas vraiment de complicité entre sa fille et lui. Il est évident que Faith l'aime, mais il a été moins clair pour moi que Colin aime sa fille sans limites. Il a l'air de calculer tout ce qu'il fait. Bien sûr, il reconnaît qu'il a fait des erreurs, mais ne dit jamais lesquelles. On dirait qu'il reconnaît cela sans y croire. Il le concède parce qu'il ne veut pas avoir l'air de se vanter. Mais il ne se remet jamais vraiment en question, ne se penche pas sur la façon dont il traitait Mariah.
De plus, il dit qu'il aime Jessica, mais on le voit plutôt effrayé de sa grossesse, et semblant enfermé dans un mariage qu'il ne désire pas vraiment. On dirait que dès qu'il obtient la femme qu'il veut, elle n'a plus d'importance pour lui.
Il est également dommage que Jessica ait l'air d'une petite dinde. Les rares fois où on la voit, elle est le cliché de «sois belle et tais-toi»: elle sort de la douche, elle se réjouit d'avoir un enfant, et elle propose à manger à Kenzy. J'ai trouvé étrange que Jodi Picoult ne se soit pas donné la peine de la creuser, comme elle fait, généralement.

Le personnage de Yann Fletcher est intéressant. L'auteur a su montrer un cheminement de pensée cohérent, humain, révélant un homme complexe, ne campant pas sur des positions bornées... Il est attachant. En outre, ses faiblesses n'arrivent pas comme des cheveux sur la soupe. Tout est bien amené.
Il est quand même étrange qu'aucun journaliste n'ait su déterrer le secret de Yann, et plus tard, la raison qui le fait agir comme il le fait, au procès.

Millie Epstein, la mère de Mariah, semble une espèce de roc dans la tempête. Elle a un certain bagout, fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider Mariah et Faith. Elle a toujours lutté aux côtés de sa fille. J'adore la façon dont elle crache sur Colin. Je ne suis d'ailleurs pas loin de partager son opinion.

J'ai trouvé une incohérence. le personnage de Kenzy Vanderhoven est bien campé. Elle tente de faire son travail consciencieusement, n'essaie pas de ranger les gens dans des cases, ne veut pas déduire trop de choses trop vite... C'est d'ailleurs ce qui la fait hésiter à un moment. C'est tout à son honneur. Et puis, elle prend sa décision après une affirmation non-prouvée de l'avocat de Colin. Elle devait pourtant savoir que cet avocat raconterait les choses de manière à ce que cela avantage son client.

À ce sujet, je suis toujours fascinée lorsqu'un auteur prend plusieurs faits, et (souvent lors d'un procès), les explique de deux manières différentes. Ici, c'est très bien fait. Le lecteur sait à quoi s'en tenir parce qu'il a vu les personnages évoluer avant le procès, mais c'est assez déstabilisant pour quelqu'un qui n'a que les interprétations des avocats.
Je suis un peu perplexe quand je vois que les témoins «jouent» un rôle... En effet, les témoignages sont répétés avant le passage à la barre. C'est normal, il faut se préparer avant de témoigner à un procès, mais là, on dirait que ça a été des répétitions intenses, comme pour une pièce de théâtre. Ce côté artificiel me dérange un peu... mais je sais que c'est comme ça que ça se passe.
J'ai aimé l'ouverture d'esprit du juge, qui a su «s'adapter» à l'affaire. La plus grande preuve est sa décision d'inviter un personnage à déjeuner.

Remarques annexes:
J'aime bien les clins d'oeil symboliques: la mère de Faith a trente-trois ans, elle s'appelle Mariah, et Dieu sent l'orange, comme le shampoing de Mariah. ;-)
Il va de soi que le titre est particulièrement bon, car il peut vouloir dire plusieurs choses, toutes en relation avec ce qui se passe dans le roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson (dans le rôle de Mariah) et Eliza Foss pour les éditions Recorded Books.

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