Jours toxiques

L'ouvrage:
Julia Lambert a invité ses parents à passer quelques semaines avec elle. C'est alors que son fils, Steven, lui fait part de ses soupçons concernant son frère cadet, Jack: celui-ci serait héroïnomane. Julia décide que toute la famille doit avoir une discussion avec Jack.

Critique:
Je veux lire ce roman depuis sa sortie française. À ce moment, j'avais lu une chronique disant que les idées étaient bonnes, mais que tout était trop dilué. Je comprends ce que voulait dire la personne, mais je ne partage pas son avis. En effet, Roxana Robinson prend le temps de planter le décor, et surtout d'analyser les personnages. Qu'on les voie seuls ou ensemble, l'auteur fait sans cesse partager leurs pensées au lecteur. C'est judicieux car cela varie les points de vue, et aide le lecteur à se faire une meilleure idée de chacun. Cela fait qu'on les comprend mieux, qu'on voit mieux pourquoi les choses ne vont pas entre eux. Cette famille a beaucoup de mal à communiquer, et chacun adopte une façon de faire dont il croit qu'elle l'y aidera, mais ensuite, ils se rendent compte que cela ne va pas.

Cette famille déjà éprouvée va connaître un séisme qui va d'abord la forcer à se réunir, mais aussi à s'unir. Certains membres sont assez lucides pour regarder la vérité en face et tenter de faire quelque chose (Wendell, Steven...). Quant à Julia, elle m'a souvent agacée: elle trouve tout un tas d'excuses pour nier le problème.

En général, si quelqu'un perd pieds au point de se droguer, c'est parce que beaucoup de choses se sont mal passées entre ses parents et lui. C'est le cas dans «Héro, mon amour», par exemple. Ici, les choses sont plus nuancées. Certes, des choses ont été mal faites, mais tout ne vient pas forcément de là. Il y a aussi le caractère de Jack, le fait que Steven s'est toujours senti responsable de lui, de sa protection. D'ailleurs, si Julia et Wendell cherchent à se remettre en question en admettant qu'ils ont manqué quelque chose dans l'éducation de Jack, ils ne vont pas trop loin, et ne disent pas clairement ce qu'ils auraient manqué. Julia, à mon avis, est la moins capable d'analyse. Elle s'englue dans son désespoir, son refus de voir les choses telles qu'elles sont, son obstination à se forger une image fausse de son fils. C'est au lecteur d'analyser les pensées de chacun, et de tout mettre bout à bout. C'est un livre sur lequel il faut réfléchir, qui donnera quelques pistes, mais où rien ne sera affirmé. Je trouve cela judicieux de la part de l'auteur, car elle montre que tout n'est pas forcément simple à décrypter.

La famille fait appel à Ralph Carpenter, un spécialiste qui doit aider Jack à s'en sortir. À tour de rôle, chacun critique ses méthodes, ses dires, etc. Julia s'exaspère qu'il semble avoir réponse à tout, et qu'il suive un schéma prédéfini, à la limite du stéréotype. D'habitude, je partage cette opinion, je n'aime pas les personnes trop sûres d'elles, qui ont des discours tout prêts, et qui semblent ne laisser aucune part à l'instinct, mais ici, les choses sont différentes. Carpenter est à la fois extérieur et impliqué. Il n'est pas empêtré dans la kyrielle de sentiments qu'on ressent pour un membre de sa famille. En outre, en tant qu'ancien drogué, il a été formé à l'école de la pratique. Et puis, ce qu'il dit tombe sous le sens.
Quant à la famille de Jack, pour moi, c'est Steven qui réagit le mieux face à tout ce qui arrive.

Un roman puissant, profond, grave, abouti... Un roman qui résonnera longtemps après qu'on l'aura refermé.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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