Jours sans faim

L'ouvrage:
Laure est anorexique. Un jour, alors qu'il est presque trop tard, un médecin la convainc de se faire hospitaliser.

Critique:
L'histoire de Laure est en partie celle de l'auteur. C'est le premier roman qu'elle écrivit. Elle l'évoque d'ailleurs dans «Rien ne s'oppose à la nuit».

Le style est dépouillé, percutant. Les choses sont dites simplement, sans fioritures, avec des mots qui vont droit au coeur.
La jeune fille est en vase clos, elle fait quelques incursions dans son passé pour expliquer son état. Lorsqu'une personne est anorexique, il est bien sûr important qu'elle remange, mais cela n'arrivera pas (ou bien, la maladie prendra une autre forme) si elle n'exprime pas ce qui a causé cela. Laure trouve assez de force en elle pour expliquer, et accepter que certains membres de sa famille (son père en est l'exemple le plus flagrant), ne se remettront jamais en question. Bien sûr, d'autres la soutiendront. Certains sauront voir l'évolution, même si elle est infime, au début.
Le personnage s'analyse très bien, expliquant que son anorexie devient une drogue, qu'une griserie, une sensation de toute-puissance naît de cet état «second». Il est très difficile de se mettre à la place d'une personne anorexique. On connaît les façons d'être, mais on n'arrive pas à ressentir, à comprendre le pourquoi. Pour une personne qui n'a pas ressenti cela, il est impossible d'y voir une quelconque cohérence. Delphine de Vigan, grâce à son roman, m'a aidée à comprendre certaines choses.
À un moment, Laure met en regard sa situation (elle remonte doucement la pente), et celle d'une autre qui s'y refuse. Laure est une espèce de passerelle entre les deux «mondes». Ce qu'elle en dit aide encore mieux à comprendre le mal-être de celle qui se sent incomprise, et ne renonce pas, quitte à en mourir. Laure, elle, apprend à accepter, à se détacher de ceux qui ne veulent pas la comprendre.

J'ai trouvé la fin un peu abrupte. J'ai compris ce qu'avait voulu faire l'auteur: raconter un épisode bien défini de l'existence de son héroïne. Pendant tout le livre, le lecteur avance alors que Laure décortique sa souffrance. La fin est ainsi, car il sera d'autant plus difficile au lecteur de sortir du roman que l'auteur le laisse alors que Laure sort à peine de sa maladie. Ne sachant rien concernant l'après, le lecteur sera d'autant plus bouleversé. Laure est une espèce d'apparition: elle raconte sa maladie, et s'évapore, sans que rien de concret quant à la reconstruction de sa vie soit évoqué. On se doute de ce qui se passera, mais j'ai été quelque peu frustrée que ce ne soit pas dit, même si je sais que l'auteur a agi ainsi à dessein.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Roche pour l'association Valentin Haüy.

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