Jeu de société

L'ouvrage:
Victor Wilcox (Vic) est directeur général de l'entreprise Pringle. En un an, il a réussi à redresser l'usine qui battait de l'aile.
Il est marié à Marjory, ils ont trois enfants.

Robyn Penrose est professeur d'université. Elle est féministe convaincue, elle écrit un livre là-dessus.

Ces deux personnages, que tout sépare, vont se rencontrer dans le cadre d'un stage que Robyn devra effectuer chez Pringle pour son université. L'idée est de faire communiquer le monde universitaire et celui de l'industrie.

Critique:
Voilà encore un livre réussi! David Lodge organise une espèce de choc de civilisation avec cette rencontre entre Vic et Robyn. Les deux personnages représentent à merveille le monde dans lequel ils évoluent. Leurs affrontements sont savoureux: pertinents, intelligents, réalistes. Ces deux points de vue opposés sons très intéressants, et leur confrontation est passionnante.
Quant aux deux personnages, ils évoluent de manière positive. Chacun est soudain forcé de côtoyer un monde dont il ignore tout. Il commence par s'étonner, voire être horrifié de découvrir des façons de faire si éloignées des siennes. Mais chacun s'adapte, chacun apprend de l'autre, surtout Vic.

En effet, Vic est le personnage qui évolue le plus. Au début, il est englué dans un carcan constitué de famille, travail, idées tranchées... Il se sert à bon escient de tous les changements que Robyn apporte dans sa vie, ils le font avancer, réfléchir. Pour moi, il est le personnage le plus intéressant du livre.
Attention! Si vous n'avez pas lu le livre, passez au paragraphe suivant.
Il est logique qu'il tombe amoureux de celle qui lui montre une autre façon de voir, d'autres façons de faire. Ce livre est un peu un parcours initiatique pour Vic, ses sentiments pour celle qui lui donne un autre regard sont logiques. En outre, Vic n'a jamais trompé sa femme, il ne l'aime plus (ou du moins, ils ne communiquent plus vraiment), cela le dispose d'autant plus à tomber amoureux de Robyn.

Robyn me paraît moins sympathique. Elle est pourtant idéaliste sans être mièvre, se bat pour ce qu'elle croit juste, prône l'esprit critique, fait bien son travail... mais elle me semble parfois un peu condescendante. Elle manque de souplesse. Elle demande qu'on ait les idées larges, mais ne les a pas toujours. Et j'ai l'impression qu'elle n'évolue pas vraiment. Elle n'est pas franchement désagréable, mais je lui préfère de loin Vic.

Les autres personnages sont intéressants.
Marjory est discrète, et se révèle, en fait, frustrée. On ne la laisse pas être pleinement elle-même, et elle s'étiole. Elle tente de se raccrocher à son état de femme au foyer, et de mère, mais elle est au bord du gouffre. Elle évoluera de manière inattendue, grâce à un événement extérieur.
J'aime beaucoup le père de Vic. Il est très drôle! L'humour est omniprésent chez David Lodge, et ce roman ne fait pas exception, mais certains personnages font plus rire que d'autres. Le père de Vic fait rire par ses remarques.
Philip Swallow (nous le retrouvons dans un rôle secondaire ici), est devenu assez ridicule. Il a l'air encore plus faible et perdu que dans «Changement de décor». Il ne fait rien pour atténuer un peu cela, par exemple, en portant des appareils auditifs. Presque à chaque fois qu'on le voit, il a l'air de débarquer! Le summum est atteint lors de la scène du téléphone où la situation est grave, et où le pauvre Swallow trouve encore le moyen de faire rire de lui.

On retrouve un peu Morris Zapp également. Le contraste entre Philip et lui est accentué: Morris est un boute-en-train, faisant des remarques à propos, et sachant se tenir. Les deux hommes ont évolué, et cette fois, la sympathie du lecteur ira plutôt à Morris.

Encore une fois, un livre excellent, pertinent, incontournable!

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Cette version n'est plus disponible à la BSR.

Acheter « Jeu de société » sur Amazon