Je ne t'oublierai pas

L'ouvrage:
Genever (dite Gen) ne parvient pas à oublier la perte de sa fille, Beth, mort-née il y a huit ans. Depuis ce drame, elle n'a pas pu concevoir un autre enfant.
Un jour, une femme sonne chez elle, et lui affirme que Beth était bien vivante lorsqu'elle est née. Le médecin qui a accouché Gen aurait soudoyé le personnel présent pour que la jeune femme croie à la mort de l'enfant.

Critique:
Il n'était pas facile de créer une telle énigme et de garder cohérence et vraisemblance tout au long du roman. Sophie McKenzie y réussit, même si certaines choses m'ont fait tiquer.
Pour moi, l'une des forces du roman est que pendant longtemps, deux hypothèses sont possibles: soit Gen est dupée pour une raison encore obscure, soit Beth est réellement vivante. Bien sûr, certaines choses font pencher le lecteur d'un côté plutôt que te l'autre, mais le doute persiste, car des événements (ce qui arrive à Lucy, par exemple) pourraient avoir une autre explication que celle qu'imagine Gen.

Certains personnages sont vite antipathiques. Je pense surtout à Hen, la soi-disant meilleure amie de Gen. Je ne la suspectais pas forcément, mais une amie n'agit pas comme elle. C'est, à mon avis, une faiblesse. L'auteur nous met trop Hen sous le nez, nous invitant à la voir comme quelqu'un de borné et fermé. On finira par savoir pourquoi elle agit ainsi, mais cela ne m'a pas vraiment convaincue.

Au début, les choses traînent un peu (après la révélation), mais cela ne m'a pas ennuyée. La romancière présente ses personnages, expose bien la détresse morale de l'héroïne, ses hésitations, etc.
C'est plus tard dans le roman que les lenteurs sont exagérées. Par exemple, Gen somme Art de lui révéler un élément important, et leur dialogue semble tourner en rond. Les personnages en font trop dans le tragique. Il est vrai qu'ils sont au paroxysme de la tension, et que leur attitude se comprend, mais j'ai trouvé que ce n'était pas très bien amené. D'autre part, à ce moment, Art dit des choses qui m'ont fait craindre que la solution soit totalement invraisemblable. Heureusement, l'ensemble se tient. La solution de l'énigme montre des personnages peu reluisants, leur égoïsme leur faisant perdre tout sens commun. L'un d'entre eux tente de se racheter. Ce personnage est d'ailleurs intéressant, car on ne saura pas trop quoi en penser. Il comprend la portée de ses actes, il veut réparer... certes, mais c'est avant qu'il fallait y penser.

Parfois, certains éléments sont niais. Par exemple, l'amour inconditionnel que l'un des personnages éprouve pour celle qu'il a rencontré il y a quelques jours... Dans le même ordre d'idées, j'ai trouvé ridicule la scène où Lorkan brise la chaîne de sécurité de la porte d'une maison rien qu'en y entrant avec force. J'aurais bien vu ça dans une parodie.

La toute fin pourrait ne pas plaire à certains. Pourtant, elle est préparée et très logique. On est bien obligé d'admettre que cela ne pourrait se terminer autrement.

Malgré mes petits reproches, je recommande ce roman qu'on a du mal à lâcher.

Éditeur français: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marisa Calin pour les éditions Macmillan.

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