Pour l'amour d'un enfant

L'ouvrage:
Betty raconte ce qui s'est passé après qu'elle a réussi à fuir l'Iran avec sa fille, Mahtob. Elle commence par évoquer leur «réadaptation», puis l'enchaînement des événements qui fait qu'elle écrira très vite «Jamais sans ma fille».
Ensuite, elle évoque d'autres cas d'enlèvements d'enfants par l'un des deux parents, histoires dans lesquelles elle joua parfois un rôle de soutien. En effet, après avoir découvert qu'elle n'était pas la seule à avoir vécu cela, après que son histoire a été connue, elle a créé l'association Un monde pour les enfants, afin d'aider au mieux les enfants victimes d'enlèvements par l'un de leurs parents.

Critique:
Ayant été extrêmement touchée par «Jamais sans ma fille», je veux lire «Pour l'amour d'un enfant» depuis longtemps. Il ne m'est accessible en audio que depuis peu, voilà pourquoi je ne l'ai pas lu plus tôt.

J'ai d'abord été contente de savoir comment Betty et Mahtob avaient vécu l'après Iran. Quand j'ai lu «Jamais sans ma fille», j'étais adolescente, et au départ, j'ai naïvement cru que tous leurs problèmes étaient réglés dès leur retour aux États-Unis. Plus tarrd, j'ai bien pensé que cela ne devait pas être aussi simple, mais je ne m'imaginais pas que cela pouvait être si délicat. J'ai été un peu surprise et déçue de la façon dont la famille de Betty communique. Je n'ai pas à juger leur façon d'être, mais comme elle est radicalement opposée à la mienne, elle m'a fait tiquer. Surtout que je pense que ne pas parler du traumatisme n'est pas une bonne chose. Ce n'est pas en le taisant qu'on l'effacera, qu'on l'oubliera. Cependant, je comprends qu'il est des choses qu'il est extrêmement difficile d'évoquer, qu'on préfère enfouir pour pouvoir avancer... Ensuite, se posent des problèmes matériels auxquels je n'avais jamais pensé, et qui, pourtant étaient évidents.

J'ai été étonnée que Betty ait pu choisir avec qui elle écrirait son livre. J'ai trouvé cela très bien. J'ai aimé voir les «coulisses» de certaines choses: l'écriture du livre, la préparation du film, la façon dont Betty et Mahtob ont ressenti tout cela.

Apparemment, «Jamais sans ma fille» connut davantage de succès (ou bien le connut-il plus rapidement) en France qu'aux États-Unis. Cela me donne un sentiment mitigé. D'abord, je suis fière que mes compatriotes soient empathiques, éprouvent de la compassion pour Betty et Mahtob. Mais une part de moi se demande si les sentiments des français sont totalement purs. N'y a-t-il pas eu une part de voyeurisme dans cet engouement? Le principal est qu'on en parle, et que cela fasse bouger certaines choses. En effet, Betty a par exemple réussi à obtenir qu'une loi soit votée.

Bien sûr, Moody accorda une interview à un journal allemand, et affirma que Betty et Mahtob n'avaient jamais été prisonnières en Iran. Il était évident qu'il n'allait pas dire qu'il séquestrait sa femme et sa fille, et évident également qu'il tenterait de discréditer Betty. Dans les commentaires de ma chronique de «Mariée de force», quelqu'un a expliqué que Betty avait été prise en défaut lors de l'émission «Sacrée soirée» où son mari lui aurait dit: «Tu savais qu'on restait en Iran puisque tu as emballé les affaires d'hiver alors que nous sommes partis en été.» Il paraît, toujours selon la commentatrice, que Betty a rougi et n'a pas su répondre. Ces commentaires ont été postés à l'époque où les témoignages de femmes maltraitées et abusées fleurissaient, et je commençais à me demander si tout cela était vrai. Je doutais, et du coup, je ne savais plus trop quoi croire quant à «Jamais sans ma fille». Néanmoins, si par hasard cette histoire n'était pas vraie, il ne faut pas nécessairement le voir comme une trahison. Elle aura servie à faire évoluer certaines choses, elle aura bouleversé beaucoup de gens, certains se seront peut-être ouverts et auront peut-être réalisé que ce genre de choses peut arriver. En outre, si Betty a vraiment hésité au moment de l'émission (je ne l'ai pas vue, donc je ne peux pas affirmer qu'elle s'est coupée), il peut y avoir plusieurs raisons à cela. Et puis, qui dit qu'elle avait réellement emporté des affaires d'hiver? C'est la parole de Moody contre la sienne.

Au départ, je ne pensais pas lire la seconde partie du livre, étant surtout intéressée par le devenir de Betty et Mahtob, et ayant peur de rester indifférente aux autres histoires. J'ai quand même essayé, et même si je n'ai pas été autant émue que par l'histoire de Betty, toutes ces personnes, leur vécu, leur force, leur amour pour leurs enfants... tout cela m'a touchée.
Si la deuxième partie choisit d'évoquer en détails trois histoires, certaines autres sont racontées de manière plus brève au long du livre.
Je n'en dirai pas plus, car il est très dur de parler de ce genre de livres sans trop en révéler.

Cela m'a donné envie de relire «Jamais sans ma fille». Malheureusement pour moi, il semblerait que la version audio qu'ont sorti les éditions VDB (en 1996, si mes recoupements sont bons), soit épuisée. L'une des bibliothèques sonores auxquelles je suis abonnée l'a, mais il est lu par un homme, et pour ce livre, cela me bloque. ;-)

Éditeur: Fixot.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Francine Beaudry pour l'INCA

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