Interface

L'ouvrage:
L'interface, c'est vraiment très pratique. On vous l'implante dans le cerveau, lorsque vous êtes jeune, et un tas de possibilités s'ouvrent à vous. Vous pouvez communiquer avec une personne sans parler, juste par interfaces interposées. De plus, vous avez accès à toutes les publicités inhérentes à l'endroit où vous vous trouvez. Vous pouvez ainsi commander tout ce que vous voulez quand vous le voulez, encore et toujours par l'intermédiaire de votre interface.

Titus et ses amis décident, ce soir-là, de se rendre sur la Lune. Ils vont en boîte, et rencontrent une adolescente comme eux, Violet, venue sur la Lune pour la première fois. Ils sympathisent.
Soudain, un inconnu s'approche, et les touche tous en répétant la même phrase. Il pirate leurs interfaces, ce qui fait qu'ils se mettent tous à répéter cette phrase, comme une litanie. Les autorités sont obligées de les déconnecter.

Critique:
Au début, quand on lit l'histoire de ces adolescents qui vont sur la Lune, on se trouve dans une ambiance détendue. On s'amuse bien avec eux. On se dit même qu'on aimerait bien avoir une interface. Et puis, tout cela se fissure. Deux choses d'apparence insignifiante m'ont fait revenir sur mon extase à propos de l'interface. D'abord, Loga est la seule à ne pas être déconnectée, car elle n'a pas été touchée par l'homme qui a piraté les interfaces. Pendant qu'elle rend visite à ses amis privés de contact avec le reste du monde, elle communique avec d'autres amis, restés sur Terre, par interface. Elle a une attitude très égoïste et insouciante.
D'autre part, alors que les adolescents ne sont pas encore déconnectés, l'un d'eux se met à commander n'importe quoi, et affirme qu'il ne sait même pas lui-même pourquoi il commande cela, et qu'il ne s'en servira pas. L'interface permettant d'accéder à n'importe quoi n'importe quand, on commande comme ça, sans trop savoir pourquoi, on ne se rend plus compte de la valeur des choses.

Ce qui arrive par la suite est une terrible illustration de l'égoïsme, et de la superficialité des gens possédant une interface. Le père de Violet explique pourquoi il ne voulait pas que sa fille en ait une. Il a finalement cédé à la pression de la société. Il a tenté d'agir au mieux, afin d'éviter que sa fille soit une paria.

Ce livre est donc une critique assez percutante et acerbe de la société de consommation. Les gens deviennent dépendants de leur interface, ne pensent plus vraiment, ne réfléchissent plus, et la personne qu'on a voulu préserver se fait broyer par le système. Bien sûr, on me rétorquera que Violet aurait dû avoir une interface plus tôt, et rien ne lui serait arrivé. Pourtant, les quelques années où elle n'a pas eu d'interface ont fait d'elle quelqu'un qui réfléchit, qui s'intéresse à tout, qui cherche à comprendre, à apprendre. La petite révolte de son père la rejette, l'expulse du système. La façon dont l'auteur nous montre l'injustice, la primitivité de cette société est bouleversante. On est choqué, anéanti. Mais n'est-ce pas ce que l'auteur voulait? Il nous prévient, nous avertit: on ne doit pas devenir comme ces gens qui ne réfléchissent plus.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Wergifosse pour la Ligue Braille.

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