jeudi, 11 août 2022

Les ailes collées, de Sophie De Baere.

L'ouvrage:
Mai 2003. Paul et Anna se marient. À cette occasion, la jeune femme a voulu faire une surprise à son époux. Elle a retrouvé ses amis d'enfance et d'adolescence, et les a invités. Parmi eux, Joseph. Paul et Joseph ne se sont pas vus depuis vingt ans...

Critique:
Ce roman se déroule en 1983-1984 (il y a un retour en arrière après le prologue) puis en 2003-2004, mais les événements et les sentiments qu'il relate sont intemporels. Par exemple, l'autrice décrit avec justesse la façon dont le personnage principal est harcelé par ses camarades de classe. Malheureusement, elle n'exagère pas. Il est impossible de penser: «Ouf, ce n'est qu'un roman!» On sait bien que ce qui est raconté ici arrive. Sophie De Baere montre également les aspects néfastes de l'effet de groupe. Certains n'auraient pas harcelé Paul si le chef de la bande et ses proches acolytes ne s'en étaient donné à coeur joie.
La romancière expose également la réaction du personnel scolaire. Les professeurs disent ne rien avoir vu. C'est également ce qui arrive souvent. On est prompt à penser qu'il est facile de ne rien voir quand on ne le veut pas. J'espère que le fait de fermer les yeux exprès n'est pas si courant que cela, que si les enseignants ne voient pas, c'est que les harceleurs se sont réellement montrés rusés. Dans «Les ailes collées», on peut quand même reprocher aux adultes de n'avoir pas été vigilants après que le harcèlement a été dénoncé par la victime.

Sophie De Baere nous raconte également l'état de la famille dans laquelle le cataclysme a lieu. Le plus gros souci est l'absence de communication. Le père de Paul ne lui a dit que la partie immergée de l'iceberg, ce qui a causé davantage de mal. Lorsque Cécile va au fond des choses, et explique à son frère ce qu'il y a à savoir, son seul tort (à mon avis) est d'en vouloir à ce dernier. Comment Paul aurait-il pu imaginer qu'il fallait creuser? Les événements de 1983-1984 sont racontés de son point de vue, et à sa place, j'aurais réagi de la même façon, et aurais pensé la même chose de mon père. Ce n'est pas vingt ans après que Cécile aurait dû parler. Si elle a compris ce que ressentait Charles, c'est parce qu'elle a été témoin de davantage de choses que Paul.

Outre une exposition sans complaisance des ravages de l'intolérance, l'écrivain nous montre un amour hors du commun entre deux personnes. J'aurais beaucoup de choses à en dire, mais je dévoilerais trop d'éléments... Je peux seulement dire que cet amour touchera forcément le lecteur.

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Gabay.

Bernard Gabay fait partie des comédiens dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, il n'a pas déçu mes attentes. Je sais qu'un mauvais comédien aurait fait beaucoup de dégâts, notamment en tombant dans le larmoiement. Bernard Gabay a joué les sentiments des personnages et les nuances de la narration sans excès.

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23 lectures

lundi, 8 août 2022

La passeuse de mots, livre 1, d'Alric et Jennifer Twice.

La passeuse de mots, livre 1

L'ouvrage:
Arya Rosenwald vit heureuse à Hélianthe, la capitale du royaume d'Hélios. La jeune fille est passionnée de lecture. D'autre part, elle est l'apprentie de sa mère, pâtissière renommée. Grâce à un traité établi selon le souhait du roi, le royaume est en paix. Cependant, ce traité n'est pas au goût de tous, car il stipule, entre autres, que la magie ne peut être utilisée. Le roi et la majorité de ses sujets pensent que ceux qui désapprouvent réellement cette règle sont trop peu nombreux pour avoir un quelconque poids. Mais tout n'est pas si simple. Alors que la rébellion fait rage, Arya perd tous ses repères. Elle cherche à retrouver sa famille, quand Cassandre lui apparaît, et lui explique qu'elle est une passeuse de mots...

Critique:
Ce tome 1 m'a beaucoup plu, et j'ai hâte de lire la suite.

J'avais des raisons particulières de m'attacher à Arya, elle me ressemble sur deux points précis: son amour fou de la lecture et sa gourmandise. À part cela, j'ai apprécié sa grande curiosité (qui la dessert parfois) sa spontanéité, sa gentillesse, etc. Elle n'est pas parfaite, sinon, elle serait exaspérante. Ses défauts sont, eux aussi, de ceux que certains lecteurs retrouveront chez eux.

Dans ce tome 1, Arya doit voyager afin de trouver les mots qui seront siens. Elle ne chemine pas seule. J'ai apprécié ses compagnons et leurs particularités, mais comme je suis du genre pénible, je pense que celui que j'ai le moins apprécié est le préféré des auteurs, celui dont ils aimeraient qu'il fasse l'unanimité: Killian. Certes, il a de la repartie, son amour du vol et de l'argent est comique, il dissimule une immense douleur, et il semble tenir à Arya. Cependant, il m'agace à se croire supérieur à tous. On me dira que cela fait partie de sa couverture, mais je n'en suis pas convaincue. Bien sûr, je n'aurais pas voulu qu'il soit parfait, et je l'apprécie quand même, mais je lui préfère Saren et Alric.
Au sujet d'Alric, une question brûlante me taraude ( ;-) ): les auteurs l'ont-ils prénommé comme l'un d'eux parce que c'est le chouchou de son homonyme? Mise à part cette question, ce personnage m'est très sympathique. Son vécu aurait pu le rendre détestable, mais il n'en est rien. Il a su garder des valeurs, et se préserver assez pour pouvoir rendre l'amitié et la confiance qu'on lui donne.
Quant à Saren, il me fait rire et m'attendrit. Je comprends son instinct protecteur. De plus, lui aussi semble avoir souffert. J'imagine qu'on en apprendra davantage sur Killian et lui dans les volumes suivants.

Ce roman ressemble un peu à un conte. Notre héroïne sort de sa condition pour embrasser un destin dont elle n'imaginait même pas l'existence, ses compagnons et elle affrontent des épreuves... De plus, la magie est présente sous diverses formes.

L'univers dépeint est riche. Au cours de leur périple, nos héros croisent des Dhurgals (sortes de vampires), et les auteurs décrivent leurs moeurs. Ensuite, nous rencontrons des pirates. Là, les écrivains ne pouvaient pas leur inventer des coutumes, mais leur histoire est captivante. Le livre dure plus de vingt-trois heures, et il n'y a aucun temps mort. Entre péripéties et humour, le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer.
La toute fin (les dernières phrases) est énigmatique. Pourquoi le personnage dit-il cela, alors que la quête n'est pas terminée? Cela a-t-il un rapport avec l'endroit où se trouve le prochain mot? Si oui, il aurait dit «nous», et non «je»... Raison de plus pour souhaiter rapidement lire la suite.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Adeline Chetail.

Adeline Chetail fait partie des comédiens qui, à mes oreilles, ne failliront jamais. En écrivant cela, je lui mets la pression (si elle me lit un jour) mais de toute façon, pour «La passeuse de mots», elle n'a pas déçu mes attentes. Elle joue parfaitement la colère, l'émotion, le désarroi, la gouaille... Elle modifie sa voix pour les rôles masculins, mais sans excès. Moi qui me désole qu'elle ait enregistré davantage de livres qui ne m'ont pas tentée que le contraire, j'espère qu'elle prépare l'enregistrement du tome 2 de cette série! Non, ceci n'est pas un autre coup de pression. ;-)

À partir du moment où Arya s'est approprié un mot, lorsqu'elle l'utilise ou y panse, j'imagine qu'il doit être écrit en italique ou, de toute façon, d'une manière différente du reste du texte. Je pense cela, car l'éditeur audio a choisi de montrer une différence avec le reste par un minuscule effet d'écho. Je trouve cela judicieux. Malheureusement, cela force la comédienne à faire une micro pause avant et après le mot, mais là encore, elle s'en tire très bien.

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38 lectures

jeudi, 4 août 2022

Intérieur nuit, de Marisha Pessl.

Intérieur nuit

L'ouvrage:
Scott McGrath est journaliste. Il a laissé beaucoup de plumes dans son enquête sur le réalisateur Stanislas Cordova. À présent, Ashley, la fille de Cordova, s'est suicidée. Cela relance la curiosité de Scott quant à cette famille.

Critique:
Ce roman m'a plu, mais j'ai certaines choses à lui reprocher.

J'ai très vite compris pourquoi Scott ne pouvait se résoudre à abandonner son enquête. Bien sûr, n'importe qui serait attiré par Cordova: ses films sont sordides, il se montre le moins possible... Donc j'ai apprécié que Scott reprenne ses investigations, car moi aussi, je voulais savoir. L'autrice s'arrange pour que le lecteur soit dans la même position que le journaliste. Cela met en avant le côté voyeur que chacun de nous possède.

Ensuite, j'ai apprécié la manière dont tournaient les choses, surtout lorsque les recherches de Scott ont placé, sur son chemin, des personnes qui souhaitaient découvrir ce qui était réellement arrivé à Ashley. Cela a fait que le journaliste n'était plus seul. J'ai aimé apprendre à connaître ces deux nouveaux personnages.

Il m'a également plu de découvrir la vie privée de Scott. Malheureusement, il n'est pas très adroit quant à son rôle de père. Cela le rend à la fois touchant et exaspérant.

Peu à peu, l'autrice dévoile certaines choses sur la famille Cordova. Nos héros parviennent à réunir des témoignages concernant Ashley, son père, etc. La romancière nimbe le tout d'un parfum de mystère. Ensuite, elle dévoile l'une de ses pièces. C'est à ce sujet que j'ai trouvé une incohérence. Pour expliquer un fait, l'une des personnes qui témoigne auprès de Scott dit qu'Ashley était la première âme humaine à traverser le pont. Or, elle faisait cela pour aller rejoindre son père. Cela voulait dire que celui-ci et ses amis avaient traversé le pont quelque temps auparavant. Donc, Ashley n'était pas la première âme humaine à le faire. Il est étrange que Marisha Pessl ait créé une telle incohérence.
L'autre incohérence est ce qui arrive à Scott lorsqu'il se retrouve prisonnier des boîtes. Cela n'est pas crédible. Certes, il était sûrement dans une sorte de délire, mais cela aurait dû être davantage expliqué.

Ensuite, Scott obtient certaines explications. Bon. Cependant, il comprend qu'on lui cache quelque chose, et devine comment avoir les réponses à ses questions. Le livre se termine au moment où il va avoir cette dernière conversation. Je trouve cela malhonnête de la part de l'autrice.
J'ai l'impression qu'elle a voulu créer une situation finale comme celle de «Neverworld wake», mais qu'elle s'y est moins bien prise. Dans «Neverworld wake», on hésite entre deux explications, mais elles sont toutes les deux cohérentes et exposées. Ici, il manque un morceau... C'est dommage, car à part cela, ce livre m'a beaucoup plu.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Destrée pour l'association Valentin Haüy.

Je ne connaissais pas cette lectrice. Son interprétation m'a plu. J'ai quand même regretté qu'elle fasse un «r» anglophone pour prononcer «McGrath».

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60 lectures

mardi, 2 août 2022

*Camille Lamache.

Bonjour, Aujourd'hui, c'est Camille Lamache, comédienne, qui répond à mes questions. Avec bonne humeur, elle évoque différents rouages et coulisses de l'enregistrement de livres.


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63 lectures

lundi, 1 août 2022

La femme en vert, d'Arnaldur Indridason.

La femme en vert

L'ouvrage:
Lors de la fête d'anniversaire d'un garçonnet, un étudiant en médecine s'avise qu'une petite fille s'amuse avec... un os humain. Des fouilles sont organisées à l'endroit où l'enfant dit que l'os a été trouvé.

Critique:
Cette nouvelle enquête (nouvelle pour moi) d'Erlendur et son équipe m'a plu. Outre cette affaire d'ossements, le commissaire est confronté à quelque chose de terrible concernant sa fille. Cela fait que l'auteur parle à nouveau de leurs relations très compliquées. Entre les souvenirs d'Erlendur et la situation dans laquelle sa fille est plongée, le lecteur prend la mesure de l'ampleur du chaos que sont ces rapports. Eva Lind tient à son père, mais le ressentiment qu'elle éprouve à cause de l'absence de ce dernier lors de son enfance, ressentiment attisé par Halldora, fait qu'il lui arrive d'exploser de colère, et d'abreuver Erlendur de tas de reproches.

Quant à l'enquête, elle m'a rappelé celle décrite dans «Le mur des silences», la quatrième enquête de Konrad: l'écrivain est parti sur le même thème dans les deux romans. «La femme en vert» a été écrit avant «Le mur des silences», mais je ne les ai pas lus dans l'ordre de publication. Dans les deux romans, le lecteur spécule rapidement quant à l'identité du cadavre dont les ossements sont retrouvés. Dans les deux romans, l'auteur parvient à ménager le suspense jusqu'à la fin. On craint que ce soit tel personnage, on espère que ce soit tel autre; tel événement permet d'envisager ceci, mais tel autre donne à croire que c'est plutôt cela...
Dans cette affaire, il est question de violences conjugales. Sachant qu'il est très compliqué pour les victimes de cela de partir, j'ai quand même toujours espoir, lorsque je lis ce genre de situations dans les romans (je n'ai encore jamais rencontré une victime de violences conjugales dans la vraie vie) que la personne (souvent une femme) maltraitée fuira. Dans ce roman, les choses sont peut-être pires que ce que je lis souvent, car la victime a tenté la fuite... on ne peut même pas se dire que si elle fuyait, elle se sauverait.

Au long du roman, j'ai été agacée par Sigurdur Oli. Il est perturbé par un aspect de sa vie privée. Cela le préoccupe, certes. Cependant, il prend l'enquête à la légère: il n'aime pas le travail qui lui est assigné, et se permet de râler; lorsqu'Elinborg et lui interrogent un homme malade avec qui il faut faire preuve de patience, il laisse tout faire à sa collègue, ayant l'air de se penser au-dessus de cela. Soit, Sigurdur Oli a toujours été un peu imbu de lui-même, mais là, j'avais l'impression que sa suffisance s'était amplifiée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Marc Delhausse.

Comme d'habitude, le jeu du comédien est sans failles: naturel, exempt d'excès. Entre les émotions des personnages du passé et du présent, il avait fort à faire. Par exemple, lorsqu'Eva Lind, furieuse, déverse un torrent d'accusations et d'insultes sur son père, le comédien a montré cette colère sans difficultés apparentes et sans exagération. Ce n'est qu'un exemple, son jeu est bon du début à la fin.

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64 lectures

jeudi, 28 juillet 2022

David Bowie n'est pas mort, de Sonia David.

David Bowie n'est pas mort

L'ouvrage:
À l'occasion de la mort de sa mère, puis de son père, puis de... David Bowie, Hélène évoque et dissèque les relations des membres de sa famille.

Critique:
Quelles que soient les relations que nous avons avec notre famille, nous nous identifierons forcément à la narratrice, ne serait-ce que pour dire qu'on a une famille totalement différente. Quant à moi, mes parents ne sont pas comme les siens, et je n'ai pas de soeurs (à l'inverse d'elle), mais j'ai retrouvé des échos modifiés de choses que j'ai vécues. C'est en lisant ce roman que j'ai dû me rendre compte de quelque chose que je pressentais sans vraiment vouloir le reconnaître: dans chaque histoire de famille, on retrouvera un morceau de l'histoire de la sienne.

Hélène évoque ses sentiments et ses émotions, mais également ceux de ses soeurs. Il lui est plus aisé de parler d'Anne et d'Émilie au moment de la mort de leur mère, et de Juliette au moment de celle du père. Certes, Juliette ne pouvait pas avoir grand-chose à faire avec la mère d'Hélène, n'étant pas sa fille. Mais Anne et Émilie auraient dû être davantage présentes lors de celle du père. C'est alors qu'Hélène explique des décisions qu'elle ne parvient pas à comprendre. Comme les choses sont de son point de vue, le lecteur (du moins moi) comprendra mieux Hélène qu'Anne et Émilie. Après que la narratrice est parvenue à analyser le comportement d'Anne, j'ai quand même eu du mal à comprendre cette dernière. Pour moi, elle compliquait tout.

J'ai trouvé triste que certains membres ne puissent avoir de relations apaisées que lors de la maladie de l'un d'eux. Certes, cela voulait dire que la garde était baissée, et que les autres pouvaient montrer leur amour, et c'est toujours ça de pris. Mieux vaut cela que des rapports inexistants ou toujours tendus. Oui, mais c'est dérangeant...

Hélène ne parle pas uniquement de rapports difficiles. Certains membres s'aimaient profondément, et se le prouvaient le plus possible. En outre, la narratrice tente de rester la plus fidèle possible aux caractères des personnes dont elle fait le portrait. Elle parle de son ressenti, mais aussi de faits. De plus, elle n'oublie pas de parsemer son récit de petites notes d'humour.

Le titre du roman montre qu'Hélène (et peut-être, à travers elle, Sonia David) veut croire qu'il y aura toujours un moyen de trouver moralement un membre de sa famille avec lequel, malgré ce qu'on pense, des relations en profondeur sont toujours possibles.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sébastian pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Micky Sébastian fait partie des comédiens que j'ai grand plaisir à retrouver. Outre qu'elle est une voix de mon enfance et de mon adolescence, tous les livres enregistrés par elle montrent son talent: son ton est toujours adéquat, et sa diction est toujours soignée. Il n'était pas forcément facile de donner vie à ce roman, car il y avait peu de dialogues. Cela n'a pas semblé être une difficulté pour la comédienne dont le jeu m'a autant plu que dans les autres romans enregistrés par elle que j'ai lus.

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132 lectures

lundi, 25 juillet 2022

La colline aux disparus, de Tana French.

La colline aux disparus

L'ouvrage:
Cal Hooper, policier à la retraite, a quitté Chicago et les États-Unis pour s'installer dans la campagne irlandaise. Il mène une vie paisible, à retaper la grande maison qu'il a achetée, à discuter avec son voisin... Un jour, il se sent épié. Il finit par attraper l'intrus: un enfant. Seulement, celui-ci s'enfuit. Cal décide d'attendre qu'il revienne, et de se montrer aimable et non menaçant. Cela paie, et le garçon finit par lui dire ce qu'il lui veut.

Critique:
J'ai lu un roman de Tana French, il y a plusieurs années, et comme il ne m'a pas plu, je n'ai plus rien lu d'elle. J'ai fait une exception pour celui-ci parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré, et que, souvent, lorsque je crains de ne pas aimer un livre qu'elle a choisi d'enregistrer, ledit finit par me plaire. Cela a été le cas de «La colline aux disparus».

L'autrice installe un décor et une énigme que certains trouveront remâchés. Certes, mais elle se débrouille pour qu'on ne voie pas tout venir. Je suis ravie qu'elle m'ait surprise avec une révélation dont la possibilité ne m'avait pas effleurée. Ensuite, il est vrai que certains éléments étaient faciles à trouver, mais cela ne m'a pas gênée, car j'ai aimé l'ambiance. Cal a commis des erreurs dans sa vie, il y réfléchit, se remet en question, et est réceptif lorsqu'Alicia lui signale qu'il pourrait bien en commettre une autre. Quant à Trey, j'ai compris et admiré sa pugnacité, son envie de croire en son frère, son besoin d'amour, mais aussi sa dureté, carapace nécessaire aux déboires vécus.

La romancière n'oublie pas de saupoudrer son roman de petites pincées d'humour. Par exemple, la frénésie avec laquelle Dorine veut caser Cal avec sa soeur est amusante, mais l'amusement est renforcé par la raison pour laquelle notre héros finit par avoir recours à cette personne. Les scènes entre ce dernier et la bande de copains de son voisin sont également drôles, même si certaines cachent quelque chose...

À la fin, Cal doit prendre une décision. Il a choisi ce que j'espérais qu'il choisirait.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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86 lectures

jeudi, 21 juillet 2022

Et les vivants autour, de Barbara Abel.

Et les vivants autour

L'ouvrage:
Voilà quatre ans que Jeanne est dans le coma. Lorsque le médecin qui la suit demande une réunion avec ses parents (Gilbert et Micheline), sa soeur (Charlotte), et son mari (Jérôme), ceux-ci pensent qu'il va leur dire qu'il faudrait sérieusement songer à débrancher les machines qui maintiennent Jeanne en vie. Chacun s'y prépare. Gilbert dit même à sa femme qu'il est peut-être temps de s'y résoudre. Cependant, les choses ne tournent pas du tout comme le pensait la famille.

Critique:
Ce roman m'a plu. L'autrice commence par poser la situation, et le lecteur voit les différents personnages à tour de rôle, seuls ou à plusieurs. Leurs interactions et leurs pensées révèlent peu à peu que rien n'est simple. Le premier rebondissement vient de ce qu'annonce le médecin. Après cela, une famille soudée, et dont les membres auraient été sains, aurait rapidement décidé de la meilleure chose à faire. Seulement, c'est là que les motivations de chacun compliquent les choses. Certains réagissent maladroitement, et même si leurs pensées sont parfois horribles, on peut les comprendre. Je sais qu'à la place de Charlotte, j'aurais ressenti l'une des choses qu'elle a éprouvées, puis à son instar, je me serais raisonnée. Ce genre de réactions est humain. Cependant, deux personnages ont une réaction disproportionnée. C'est après avoir fini le roman que j'ai compris pourquoi Barbara Abel en avait mis deux sur le devant de la scène, tout en montrant bien comment ils se comportaient l'un envers l'autre, et ce que les autres pensaient de leur manière d'être.

J'ai apprécié que tous aient des choses (même petites) à se reprocher, que la psychologie de chacun soit explorée.
En général, dans les romans, j'aime qu'au moins un personnage me plaise, car si les autres sont détestables, celui-ci est une sorte de repli pour le lecteur, en tout cas, pour moi. Dans ce roman, je pense qu'un tel protagoniste était essentiel. Heureusement, il y en a un qui remplit cet office. Bien sûr, il n'est pas parfait. Heureusement, car il ne serait pas crédible. Mais pour moi, il sait se rendre appréciable, tout au moins de moi (d'autres lecteurs ne l'approuveront peut-être pas).

Il m'a semblé être tenue en haleine pendant tout le roman. Je suivais tous les chapitres avec attention, tentant de deviner quel serait le prochain coup. Il y a une chose que j'avais comprise, mais l'autrice l'a pointée du doigt exprès. J'ai eu l'impression qu'elle concédait cette trouvaille à son lecteur, le mettant à dessein sur la voie, afin que celui-ci puisse se dire qu'il avait trouvé cet élément. ;-)

J'ai aimé que la romancière commence par faire croire que nous allons nous traîner jusqu'à apprendre le nom du coupable de ce qu'annonce le médecin lors de la réunion dont je parle dans mon résumé, et qu'au final, ce nom devienne secondaire à cause de tout le reste.

Ce que nous apprend l'épilogue est préparé au long du roman. Cependant, j'aurais aimé savoir la suite... On ne peut pas être sûr d'un élément, et quelques chapitres supplémentaires auraient fait la lumière dessus. Bien sûr, c'est fait exprès. J'insiste là-dessus parce que je n'aime pas ce genre de fins qui laisse certaines choses en suspens.

Je trouve le titre bien choisi. Il illustre très bien le roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache pour les éditions Lizzie.

Comme d'habitude, le jeu de la comédienne m'a plu. Son ton est toujours adéquat quand il s'agit des sentiments des personnages, et elle a évité des écueils. Par exemple, à un moment, Micheline est ivre. Camille Lamache est parvenue à jouer les sentiments qu'exprimait ce protagoniste, tout en montrant bien son état d'ébriété, tout cela sans excès. Certains comédiens en auraient trop fait, et auraient massacré cette scène.
D'autre part, dans le prologue, un personnage supplie qu'on le libère. La comédienne fait passer, dans sa voix, l'effort nécessaire à la personne pour parler, ainsi que son ton implorant.
Enfin, dans la deuxième moitié du chapitre 38, en une syllabe (le second «oui» de Charlotte) elle fait passer à la fois gêne et émotion.

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