jeudi, 6 août 2020

Le garçon sur le pas de la porte, d'Anne Tyler.

L'ouvrage:
Micah Mortimer vit de petits boulots: réparations, dépannages informatique... Il a une vie bien rangée, aime bien sa routine... Un jour, devant chez lui, il trouve Brink, un adolescent qui lui apprend qu'il est le fils de Lorna, qui était la petite amie de Micah au lycée.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié qu'Anne Tyler prenne le temps de décrire la vie routinière de Micah, de nous présenter le personnage. J'ai bien ri, car les pannes informatique auxquelles il est confronté sont très courantes dans «la vraie vie», et ceux qui en sont victimes réagissent exactement comme le décrit la romancière. Elle est quand même allée plus loin que ce que je connaissais en racontant la panne de Rosalie: Micah devait trouver le mot de passe de l'ordinateur qui, à première vue, n'était trouvable nulle part. ;-)

L'épisode de la vie de Micah raconté ici pourrait paraître anodin. Le fils de son ex petite amie débarque, prétendant que Micah est son père. Oui, bon, et alors?... Cependant, cela donne l'occasion à l'autrice de faire en sorte que son personnage remette certaines choses en question. On ne passe pas tout le roman à se demander si Brink est bien le fils de Micah, car celui-ci donne très vite la réponse à cette question. À mesure des discussions (avec sa famille, Lorna, Brink, et Cass) Micah, se penche sur ses actions passées, sur la manière dont il a perçu ceci ou cela. Pour moi, c'est surtout ce que lui dit Lorna qui doit le faire réfléchir. Quant à Cass, je la trouve assez injuste. J'ai l'impression, comme le héros, que ce qu'elle allègue n'est qu'un prétexte. C'est cette remise en question d'une personne appréciant beaucoup l'ordre et la routine, d'une personne qui a certaines idées depuis assez longtemps, qu'Anne Tyler nous propose. J'ai trouvé cela sympathique, car je me suis facilement identifiée au personnage, et je me demandais par quel bout je prendrais les choses à sa place.

En parallèle, l'autrice aborde (peu, mais pertinemment) certains thèmes d'actualité: les rencontres par internet, le fait de vouloir s'engager très vite...

On voit peu la famille de Micah, mais cela semble être une joyeuse bande. Cette impression est renforcée par les souvenirs évoqués par Lorna.

Un roman sympathique, qui aborde certains thèmes avec finesse.

Éditeur: Phébus.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Partage

24 lectures

lundi, 3 août 2020

Sparkers, d'Eleanor Glewwe.

Note: Les noms des deux peuples d'Ashara ne figurent pas dans le résumé du roman. Je les ai donc écrits à l'instinct, en me basant sur la prononciation de la lectrice: un Halon, des Haloni; un Kassir, des Kassiri.

L'ouvrage:
La ville d'Ashara est gouvernée par les Kassiri, un peuple de magiciens. L'autre peuple habitant la cité est celui des Haloni. C'est de ce dernier que fait partie Marah, adolescente excellant au violon. Les Haloni sont assujettis, car ils n'ont que leur intuition, alors que les Kassiri ont la magie.
Depuis quelque temps, Marah travaille un examen qui lui ouvrirait une grande école de musique. Un jour, elle croise la route d'une fillette kassir qui se prend d'amitié pour elle.
Peu après, un virus s'abat sur Ashara. Il rend noirs les yeux de ceux qu'il touche, et finit par les tuer. Marah craint pour la vie de ceux qu'elle aime. C'est alors qu'un concours de circonstances lui laisse entrevoir la possibilité de débarrasser la ville du fléau.

Critique:
J'ai hésité avant d'acheter ce roman parce que le résumé explique que Marah rencontre un garçon, et que c'est avec lui qu'elle va trouver comment préparer un remède contre le virus. J'ai eu peur d'une histoire d'amour niaise. Ce qui m'a décidée, c'est une chronique sur Audible.fr, dans laquelle il était dit que ce roman était à lire pour avoir une bonne idée de ce qu'est la discrimination. J'irais plus loin en parlant de racisme. En effet, non seulement la société d'Ashara repose sur l'idée que les Kassiri sont tout en haut de l'échelle sociale, mais les Kassiri peuvent mépriser les Haloni. Au début, lorsque Sarah (la fillette kassir) adresse la parole à Marah, et se montre amicale envers elle, l'adolescente est étonnée, et a même peur des représailles qu'elle encourt. D'autres choses étayent cette idée de discrimination, voire de racisme, mais je ne dirai pas lesquelles, car j'en dévoilerais trop.
Quant à ce que je croyais être une histoire d'amour niaise, j'ai été soulagée qu'Eleanor Glewwe ne fraie pas du tout avec cela.

Pour moi, l'intrigue ne traîne pas. L'autrice insère quelques rebondissements dont un que je n'avais pas du tout vu venir. Vers la fin du roman, j'ai reproché quelque chose à Marah, à l'instar d'Azarias, car il était évident qu'elle se fourvoyait. Mais la pauvre ne l'a compris qu'après avoir commis l'erreur. Du reste, son geste était compréhensible.

Les deux personnages principaux et leur famille sont attachants. Marah m'a d'abord été sympathique parce qu'elle ne ressemble pas à certaines héroïnes soit trop parfaites soit trop intrépides pour être crédibles. Certes, elle souhaite faire de bonnes choses, et elle brave des dangers, mais pour moi, elle ne le fait pas avec grandiloquence.
La mère de la jeune fille me fait un peu l'effet d'une force tranquille. Elle parvient à ne pas s'effondrer alors que l'avenir n'est pas serein.
Les parents d'Azarias m'ont plu parce qu'ils font partie des Kassiri respectueux de tous, et donc des Haloni. Ils cernent rapidement l'importance des événements, ne s'en laissent pas conter...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Penguin Random House Audio.

Phoebe Strole fait partie des comédiens dont j'apprécie beaucoup le jeu. Ici, elle ne m'a pas déçue.

Partage

36 lectures

jeudi, 30 juillet 2020

Chez nous, de Louise Candlish.

L'ouvrage:
Vendredi 13 janvier 2017. Ce jour-là, Fiona (dite Fi) Lawson rentre chez elle pour trouver... un couple en train d'emménager, les Vaughan. Ils lui assurent que la maison leur a été vendue. Fi et son mari (Bram) en étant propriétaires, la jeune femme s'affole. Bram reste injoignable. Le monde de Fi s'écroule.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai un peu regretté que la structure soit ce qu'elle est, mais cela fait durer le suspense, donc je comprends que l'autrice ait agencé son roman ainsi. Cela commence par le présent (le 13 janvier 2017), puis nous sont contés les événements qui ont mené à cela. Ces chapitres sont entrecoupés d'autres racontant la suite de la journée du 13 janvier 2017. La romancière décrit et explore bien la psychologie de ses personnages, donc j'ai réussi à faire abstraction de la structure.

Dans ce genre de romans, il y a des rebondissements. Parfois, l'auteur en fait trop, et les rebondissements, en s'accumulant, tuent l'effet qu'ils devraient avoir. Ici, ce n'est pas le cas. Il y a une réponse que j'aurais dû deviner, parce que quand je suis arrivée au moment où Louise Candlish la donne, je me suis dit: «Mais oui! Tel personnage avait dit telle chose! C'était un indice!» Je suis contente, car l'indice a été assez finement placé pour que je ne le décortique pas. ;-)

À la toute fin, j'ai souri parce que j'ai failli ne pas comprendre une chose. Lorsque le livre s'est terminé, j'ai pensé: «Bon, au moins, les choses s'achèvent comme le souhaite tel personnage.» Et puis, trente secondes après, j'ai pensé: «Ah, mais en fait, non, parce que...» J'ai également apprécié cela: portée par la certitude de l'un des personnages et l'assurance d'un autre, j'ai commencé par ne pas voir ce que sous-entendait la toute fin. J'imagine que c'est voulu. En tout cas, j'espère, car sinon, ça veut dire que mon mari a raison, et que je suis une andouille. ;-) J'aimerais bien savoir si lui saurait tout de suite à quoi s'en tenir.

Ce qu'implique cette fin m'amène à un reproche: j'aurais souhaité quelques chapitres supplémentaires afin que le lecteur sache exactement à quoi s'en tenir sur le sort des personnages. Certes, on le devine, car c'est préparé, mais j'aurais voulu voir comment la romancière aurait agencé tout cela. De plus, j'aurais voulu savoir ce qu'il advient d'un personnage sur lequel j'aurais aimé avoir davantage de renseignements... Bien sûr, l'autrice a préféré écrire une fin brutale, et laisser le lecteur imaginer le reste, mais j'aurais préféré lire ce reste.

Les personnages principaux, Bram et Fi, m'ont été sympathiques. Bien sûr, il y a eu des moments où j'ai traité l'un ou l'autre de crétin pour diverses raisons, mais il m'ont davantage inspiré de la compassion. Je me disais qu'à la place de l'un d'eux, j'agirais autrement. Certes, mais qu'aurais-je réellement fait si j'avais été à sa place...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie.
Jean-Pierre Leblan lit les passages narrés par Bram, Sylvie Jacob lit ceux contés par Fi, et Vincent Ropion lit les chapitres dans lesquels les points de vue de Fi et Bram sont rapportés par un narrateur omniscient.

Je connaissais Vincent Ropion pour ses doublages. C'est une voix de mon enfance et de mon adolescence. Son interprétation est sans failles, comme je m'y attendais. Il met toujours le ton approprié. Que Fi soit déboussolée, que Merle soit réconfortante ou directive, qu'un personnage dont je tairai le nom s'exprime avec colère ou mépris, Vincent Ropion rend parfaitement les états d'âme de chacun. En outre, il ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles féminins. J'espère qu'il enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

Je ne connaissais pas les deux autres comédiens. Je connaissais le nom Sylvie Jacob (car je l'ai vu dans des distributions de versions françaises de séries étrangères), mais je n'ai pas dû beaucoup entendre sa voix. Sa lecture m'a également plu. C'est la même chose concernant Jean-Pierre Leblan. Chacun a bien rendu les émotions des personnages sans cabotiner.
Je regrette que les trois comédiens aient fait des blancs entre le numéro du chapitre, la date, l'annonce du nom de la personne ou le lieu où elle était... Sylvie Jacob, qui énonce des durées, fait même des blancs entre l'annonce des heures et des minutes, puis des minutes et des secondes. Je le dis pour ce livre parce que cela faisait davantage de blancs que d'habitude, mais d'une manière générale, je déteste les silences dans un livre.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: plusieurs chapitres sont coupés en deux pistes.

Partage

48 lectures

lundi, 27 juillet 2020

This won't end well, de Camille Pagán.

L'ouvrage:
États-Unis, Michigan. Juillet. Annie Mercer vient de perdre son travail de chimiste. Elle décide de gagner un peu d'argent en faisant le ménage chez certains de ses voisins. À part cela, John, son fiancé, part soudainement pour Paris, et lui demande de ne pas chercher à le contacter: il a besoin de faire le point. Pour ne rien arranger, Annie se dispute avec Lisa, son amie de toujours. Elle prend alors la résolution de ne laisser personne entrer dans sa vie.

Critique:
Ce roman m'a plu. Je ne l'ai pas autant aimé que «I'm fine and neither are you», mais presque. Le personnage principal est attachant. Les choses sont de son point de vue, elle nous raconte son présent et explique certaines de ses réactions par des événements de son passé. On apprend à la connaître. J'imagine qu'à sa place, j'aurais les mêmes réactions. N'étant pas impliquée dans l'histoire, il m'était facile de penser qu'à sa place, je n'accorderais pas une chance à John, après qu'il a bien voulu s'expliquer.. Bien sûr, je comprenais qu'il ait eu besoin de se retrouver seul avec lui-même, mais j'espère qu'à sa place, j'aurais agi autrement envers Annie.

À travers John, Annie, Lisa, et Harper, Camille Pagán conseille à son lecteur d'être lui-même. Dans le roman, cela ne va pas sans heurts, mais chacun finit par s'expliquer, comprendre l'autre, et être compris. Par exemple, à l'instar d'Annie, je ne suis pas vraiment fan de la nouvelle passion de Lisa, et j'ai trouvé agaçant qu'elle souhaite l'imposer, mais tout comme l'héroïne, j'ai fini par comprendre sa façon d'agir. C'est pareil concernant Harper. Je ne pense pas que j'aurais géré la situation comme elle, mais le principal est qu'elle s'en sorte, et soit la plus heureuse possible.

Un élément de l'intrigue m'a plu, mais j'aurais préféré qu'il soit davantage préparé. Il l'est, donnant lieu à des scènes comiques dans lesquelles Annie se fait apprentie détective, mais j'aurais voulu qu'il le soit encore plus.
À la toute fin, il y a un élément que j'ai trouvé peu crédible concernant John. Cependant, on me dira que, peut-être, cet élément a davantage été préparé que ce que laisse entrevoir Annie dans l'épilogue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Brilliance audio.

J'apprécie toujours autant cette comédienne. Son jeu est toujours aussi bon, à mes oreilles. Je pense quand même qu'elle aurait pu demander à quelqu'un qui parle français de lui apprendre à prononcer Geneviève... Ou bien, elle aurait dû le prononcer avec l'accent anglophone. Mais là, sa prononciation est vraiment terrible... ;-)

Partage

54 lectures

jeudi, 23 juillet 2020

Stay gold, de Tobly McSmith.

L'ouvrage:
Texas. Pony va faire sa rentrée en Terminale au lycée de Hillcrest High. Il a changé de lycée, car il a besoin d'être accepté en tant que garçon. On l'a toujours connu en tant que fille, et après qu'il a eu le courage de dire à son entourage que, dans sa tête, il était un garçon, et souhaitait en devenir un physiquement, il avait besoin de regards neufs. Le jour de la rentrée, ses yeux croisent ceux de Georgia, une majorette. Il espère tout de suite être le genre de garçon avec qui elle sortirait. Quant à elle, elle a juré de ne pas avoir de petit ami pendant cette année scolaire, car elle a connu une rupture difficile. Cependant, lorsqu'elle croise le regard de Pony, cela l'électrise.

Critique:
Mon résumé peut faire penser que ce roman est une histoire d'amour extrêmement mièvre. Ce n'est pas le cas, même si certains aspects du livre sont un peu à la guimauve. Ce roman est d'abord un appel à accepter l'autre pour ce qu'il est. Cela peut paraître galvaudé, parce que c'est un thème qu'on retrouve souvent. Pour moi, ce n'est pas galvaudé, parce que malheureusement, on a beau trouver des livres et des films prônant la tolérance, je n'ai pas l'impression qu'elle soit très développée dans notre société au quotidien. À travers le personnage de Théo (mais aussi celui de Ted), Tobly McSmith dépeint les dégâts causés par l'intolérance. Pour moi,, il n'y a pas de larmoiements ou de sirupeux. Je me suis étonnée de ce que fait le père de Pony vers la fin, parce qu'à mon avis, cela ne cadrait pas avec le personnage, et là, c'était de la guimauve pas crédible. Cependant, en creusant un peu, j'ai reconnu que ce que disait la mère de Pony était vrai: le père s'inquiète réellement pour ses enfants. Il le leur montre de la pire manière qui soit, mais à un moment, lorsqu'il se fâche après Rocky (la soeur de Pony), on comprend qu'il a peur pour elle.

Le roman exhorte également le lecteur à être lui-même. Georgia est un bon exemple de cela. Je pense que beaucoup d'adolescents s'identifieront à elle. La jeune fille fait des choses pour être acceptée. Elle n'ose pas en faire certaines parce qu'elle a peur d'être rejetée. Les événements qu'elle vit et sa rencontre avec Pony la forcent à se demander ce qu'elle veut vraiment. D'ailleurs, ses amies majorettes sont un peu comme elle, et certaines (je ne garantirais pas que Mia soit du nombre) ont un peu le même cheminement.

J'ai apprécié que Jack ne soit pas une caricature de l'adolescent dont les parents sont très riches. Il est sympathique, principalement parce qu'il ne tente pas de faire des vacheries à qui que ce soit. J'ai également été surprise par Jerry et Kengy, les amis de Pony. Je les trouvais superficiels, mais on a le droit de s'amuser et de dire des âneries, cela ne veut pas dire qu'on ne réfléchit pas.

Je ne sais pas trop quoi penser de la mère de Georgia. Je comprends qu'elle ait écouté son coeur, mais je pense que si, avant, elle s'était expliquée, beaucoup de dommages auraient été évités... Au final, je ne l'apprécie pas trop, je lui préfère de loin le père de l'héroïne. Je dois dire que j'aime bien ses blagues sur le prénom de Pony. ;-) Bien sûr, ce n'est pas la seule raison pour laquelle j'apprécie ce personnage.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Theo Germaine et Phoebe Strole pour les éditions Harper Audio.

Comme d'habitude, j'ai retrouvé Phoebe Strole avec plaisir. Son interprétation ne m'a pas déçue.
Quant à Theo Germaine, je crois que c'est le premier livre qu'il a enregistré. Son jeu m'a plu.

Partage

58 lectures

lundi, 20 juillet 2020

Métro 2035, de Dmitry Glukhovsky.

Note: Ce roman est la suite de «Métro 2034».

L'ouvrage:
2035. Les moscovites vivent toujours dans les stations du métro. Un jour, à la surface, Artyom a entendu un signal radio. Il espère donc qu'il existe d'autres survivants, et peut-être même, des endroits de la Terre qui ne seraient pas soumis aux radiations. De ce fait, il se rend tous les jours à la surface, et envoie des signaux radio, espérant une réponse. À VDNKH, on le prend pour un fou.
Un jour, Homère entre en contact avec lui, et lui dit qu'il est vrai qu'il y a des survivants ailleurs.

Critique:
Ce troisième tome de la série m'a beaucoup plu. J'ai retrouvé Artyom et Homère avec plaisir. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à la place d'Artyom: personne ne veut l'écouter, et il s'évertue à ne pas abandonner ses semblables. Il paraît ne jamais se lasser de se répéter, voyant pourtant qu'il est décrié, voire davantage...
J'ai compris Homère qui, sans être une mauvaise personne, finit par expliquer à Artyom ce que veulent les gens. Homère n'est pas du tout à blâmer, à l'inverse d'autres personnages qui disent aimer les autres et les assujettissent, mais il finit par se résigner à faire ce qu'il peut pour que tout le monde ait une vie à peu près correcte... Oui, mais elle n'est pas si bonne que ça, cette vie...

Quant à l'intrigue, elle est bien menée. Il y a des rebondissements: ils arrivent à propos, et l'auteur n'exagère pas. Il ne s'amuse pas à faire d'inimaginables coups de théâtre qui gâcheraient tout. Ses «révélations» sont plutôt crédibles quand on sait comment peuvent se comporter ceux qui tiennent le pouvoir... De plus, même si la vie souterraine n'est pas bonne, certains ne veulent surtout pas la quitter. Comme le dit le père adoptif d'Artyom, ils ont leurs repères, ils ne peuvent pas s'en séparer pour un «peut-être».

Pendant son périple, Artyom découvre forcément la manière de vivre des stations dans lesquelles il passe. Là encore, je pense que l'auteur n'exagère pas. Il est logique que tel élément fasse que les choses tournent de telle manière. Je n'ai pas été surprise qu'Artyom rencontre l'extrême pauvreté (illustrée, entre autres, par le premier possesseur de la poule). D'une manière générale, l'auteur décrit très bien les comportements de cette société et de ceux qui la dirigent. Il soulève donc d'intéressantes questions...

L'évolution des relations entre Artyom et Anna m'a un peu interpellée. Au départ, j'ai à peu près compris pourquoi Artyom ne veut plus vivre avec Anna, mais ensuite, j'ai trouvé son évolution un peu étrange. Elle m'a plu parce que je préfère quand ça se termine bien, et parce qu'Anna m'a été sympathique, mais je ne l'ai pas vraiment comprise.

Le roman a une véritable fin, mais cette fin ne ferme pas la porte à une suite. Je ne sais pas trop ce qui arriverait, parce qu'Artyom, s'il veut aider les autres, n'est pas stupide. De plus, je pense que l'auteur a très bien (donc suffisamment) exploré la psychologie des uns et des autres (que ce soit en groupe ou de manière individuelle). Cependant, je pense qu'il ne serait pas impossible qu'il y ait une suite.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Dans ce tome 3, Julien Chatelet a dû jouer une galerie de personnages et de sentiments. Il n'avait pas la partie facile, et s'en est très bien tiré: jamais trop sobre, jamais affecté, son ton est toujours adéquat.

Partage

66 lectures

jeudi, 16 juillet 2020

Métro 2034, de Dmitry Glukhovsky.

Métro 2034

Note: Ce roman est la suite de «Métro 2033».

L'ouvrage:
2034. La station Sevastopolskaya attend une caravane de réapprovisionnement. Le groupe de reconnaissance envoyé à sa rencontre ne revient pas. Hunter, arrivé depuis peu, décide de tenter d'élucider ce mystère. Il emmène Homère (vieil homme surnommé ainsi car il est avide d'histoires à entendre et à raconter) avec lui.

Critique:
Je me demandais comment il pouvait y avoir une suite à la fin de «Métro 2033». Cette suite m'a plu, même si j'ai regretté qu'on voie très peu Artyom. Je me suis vite attachée à Homère et à Sacha. Quant à Hunter, il m'a rapidement agacée. Pourtant, il ne fait que subir les conséquences du genre de traumatisme vécu par Artyom, puisqu'il a subi à peu près le même.

Tout comme dans «Métro 2033», nous assistons à un périple semé de péripéties. Certains personnages vont, en quelque sorte, à la rencontre d'eux-mêmes, car ils sont confrontés à des situations dans lesquelles ils doivent décider quel genre de personnes ils seront. Léonide, par exemple, m'a autant déplu qu'à Homère. Cependant, il a su prendre certaines décisions importantes, et a montré qu'il n'était pas seulement un garçon un peu superficiel. Dans ce monde post-apocalyptique, Homère et lui apportent un parfum de Moyen-Âge: le vieil homme raconte des histoires, Le musicien joue de la flûte. Ce qui arrive dans ce roman n'est pas sans évoquer les événements du tome précédent, d'abord parce qu'Hunter a été traumatisé par ceux-ci, mais aussi parce qu'une erreur similaire est commise. Tout comme dans le tome 1, c'est très réaliste, malheureusement pour les personnages. Ces échos du tome 1 ne sont pas du tout synonymes d'ennui. L'auteur ne se répète pas. De plus, il n'y a pas de temps morts.

Sacha est sympathique. J'ai seulement trouvé un peu lourd qu'elle pense qu'Hunter a besoin d'elle, qu'elle s'accroche à lui... Elle n'a pas forcément tort, mais sa façon de le brandir m'a agacée. Ce n'est pas très grave, car c'est la seule chose qui m'a gênée à son sujet. Du reste, j'ai apprécié sa persévérance à vouloir sauver la station.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Le comédien n'a pas démérité. Il n'a pas fait d'horribles effets de voix pour Sacha (qui est une fille) ou Homère (qui est un vieillard). Cela aurait dénaturé son jeu. Il a donc pris les voix adéquates pour chacun, et a joué leurs sentiments sans affectation.

Acheter « Métro 2034 » sur Amazon
Acheter « Métro 2034 » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

73 lectures

lundi, 13 juillet 2020

L'archipel des larmes, de Camilla Grebe.

L'archipel des larmes

L'ouvrage:
Stockholm, février 1944. Elsey est auxiliaire de police. Un soir, ses collègues et elle sont appelés à se rendre dans un appartement où une dispute a été signalée. Ils trouvent le cadavre d'une femme clouée au sol. Le meurtrier est surnommé l'assassin des bas-fonds. En 1974, le même modus operendi est utilisé. Est-ce le même tueur ou bien un imitateur?

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai apprécié que Camilla Grebe évoque le contexte historique, car outre qu'il s'insérait dans son intrigue, cela m'a appris des choses. J'ignorais qu'en Suède, les femmes avaient pu entrer dans la police à la même place que les hommes dans les années 60-70. La réaction de certains hommes (comme le supérieur de Britt-Marie) est prévisible, mais rappeler ce contexte fait que le lecteur peut se rendre compte du chemin parcouru, même si le sexisme existe toujours, malheureusement.

En peu de pages, l'auteur parvient à rendre Elsey très attachante. Quant à Britt-Marie, je l'ai également très vite appréciée et comprise.
Il est un peu dommage pour moi de découvrir Malin et Hanne dans ce roman. Je sais qu'il aurait fallu que je lise la série dans l'ordre, mais je l'ai lu dans l'ordre dans lequel Audiolib l'a publiée. J'ai donc commencé par «L'ombre de la baleine» et n'ai pas encore lu «Un cri sous la glace» et «Le journal de ma disparition». Dans les romans que j'ai lus, on apprend, sur Hanne et Malin, des choses qu'il vaut mieux découvrir en lisant les deux premiers. Tant pis pour moi, mais au moins, je préviens les lecteurs qui ne sauraient pas que c'est une série, et qu'il vaut mieux la lire dans l'ordre.

L'intrigue est très bien agencée. Bien sûr, j'ai râlé très fort lorsque le narrateur nous explique (à la fin de la partie concernant Britt-Marie) qu'il ne peut pas nous en dire davantage sur elle pour le moment, mais je me doutais bien qu'il y avait une raison à cela. Il y en avait bien une, et elle était tout à fait valable. Il était impossible que le narrateur nous en dise davantage à ce moment-là, cela aurait tout gâché.
Je n'ai trouvé aucun temps mort, les personnages sont travaillés et bien analysés, et les rebondissements arrivent à propos.

Quant au coupable... J'ai soupçonné tout le monde (ce que souhaitait l'auteur) tout en espérant qu'un personnage n'était pas le meurtrier. Je trouvais des raisons à sa non culpabilité, et je m'aperçois que ce n'était pas seulement parce que je l'aimais bien. Si ce personnage avait été coupable, cela n'aurait pas cadré avec ce qu'on voit de lui. L'autrice a, encore une fois, très bien joué, car rien n'est incohérent.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Audrey Sourdive.

Comme d'habitude (même si je n'ai pas lu tous les livres qu'elle a enregistrés) Audrey Sourdive a été parfaite. Elle parvient, sans efforts apparents, à prendre la voix et l'intonation qu'il faut pour les rôles masculins. Elle joue le dépit, la colère, et bien d'autres émotions. Et tout ça sans affectation! En outre, elle prononce correctement les mots «moeurs» et «dégingandé», ce qui lui fait des points en plus dans mon esprit maniaque. ;-) :-)

Pour la petite anecdote, lorsque j'ai entendu mon premier livre enregistré par elle, je me suis fait la réflexion qu'elle avait le même type de voix que Martine Irzenski (que je connais surtout pour avoir doublé Meg Ryan entre autres dans «Quand Harry rencontre Sally», et qui, à ma connaissance, n'a pas enregistré de livres). Et pendant toute ma lecture de ce premier livre, je pensais beaucoup à la voix de Martine Irzenski. Je me rends compte qu'en lisant «L'archipel des larmes», je n'ai pas une seule fois évoqué cette voix. Je commence donc à bien distinguer les deux.

Acheter « L'archipel des larmes » sur Amazon
Acheter « L'archipel des larmes » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

Partage

213 lectures

- page 1 de 435