jeudi, 6 mai 2021

Les secrets de ma mère, de Jessie Burton.

L'ouvrage:
2017. Rose a trente-quatre ans. Elle a été élevée par son père, Matt, et ignore pourquoi sa mère (Élise) ne fait pas partie du paysage. C'est alors que Matt lui révèle que l'écrivain Constance Holden (Connie) était la compagne d'Élise avant que celle-ci ne le fréquente. Selon lui, Connie sait peut-être pourquoi Élise a disparu, alors que Rose n'avait même pas un an.

Critique:
Ce roman m'a plu. Bien sûr, me connaissant, on se doutera que j'ai été dérangée par la structure: les chapitres alternent passé et présent, mais je reconnais que les choses n'auraient pas pu être contées linéairement. Je pense que l'autrice aurait quand même pu faire moins d'alternances.

Élise et Connie ne sont pas vraiment attachantes. Je les ai trouvées égoïstes et inconséquentes. La plupart du temps, elles agissent sans se préoccuper du mal qu'elles peuvent faire. Élise est peut-être un peu à plaindre, parce qu'elle semble perdue au moment où les choses déraillent entre Connie et elle. Cela n'excuse pas ses actes, mais la rend plus sympathique que Connie qui semble n'avoir pas d'états d'âme.
Par la suite (en 2017-2018), Connie est moins désagréable au lecteur, mais je ne suis pas parvenue à réellement l'apprécier.

Je n'ai pas jeté la pierre à Matt, même si certains de ses actes sont répréhensibles. Pour moi, il avait des circonstances atténuantes.

Quant à Rose, je l'ai appréciée. Elle a le courage d'agir, de regarder les choses en face, et de se débarrasser de ce qui encombre sa vie. Je ne lui reproche pas Laura Brown (je l'exprime ainsi pour ne pas trop en dévoiler) car il n'est pas sûr qu'elle aurait pu obtenir quelque chose si elle n'y avait pas eu recours. J'aurais peut-être «démasqué» Laura Brown plus tôt, à la place de Rose, mais je ne peux en être certaine.

Le livre est épais, mais ne traîne pas. Je n'ai trouvé aucun temps mort. Bien sûr, j'aurais aimé que certaines choses soient plus explicites à la fin, mais cela n'aurait peut-être pas été crédible. Jessie Burton a choisi la vraisemblance, je ne peux la blâmer.

Je souhaite lire «Miniaturiste» depuis longtemps. Malheureusement pour moi, il n'existe, à ma connaissance, qu'une version audio, et je n'aime pas le jeu de la lectrice qui s'en est chargée. Le fait que j'ai apprécié «Les secrets de ma mère» renforce mon envie de lire «Miniaturiste».

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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38 lectures

lundi, 3 mai 2021

A million reasons why, de Jessica Strawser.

L'ouvrage:
Caroline est mariée, a trois enfants. Un jour, elle reçoit un e-mail d'une inconnue nommée Sela. La jeune femme affirme être sa demi-soeur.

Critique:
Ce roman m'a plu. Les chapitres alternent les points de vue de Caroline et de Sela. Les deux jeunes femmes sont attachantes, et à mesure qu'on avance dans le roman, on se rend compte que chacune a, pour différentes raisons, un lourd fardeau à porter. Caroline va voir s'ouvrir les cicatrices des conséquences d'événements arrivés douze ans auparavant. Quant à Sela, c'est encore plus délicat. Les dés semblent pipés dès que le lecteur sait à quoi s'en tenir. Lorsque Walt met ces mots sur les actes de Sela, je suis même allée plus loin que lui, pensant que les «plans» de Sela auraient pu être encore plus machiavéliques. Bien sûr, je ne le croyais pas, la connaissant, mais les autres personnages auraient pu aller aussi loin que moi dans leur raisonnement.

Dès le début, je n'ai pas apprécié Hanna. Je sais que je suis injuste, car elle est la première victime de toute l'histoire, et qu'en plus, je ne sais pas du tout comment j'aurais réagi à sa place. Je la blâme pour tout ce qu'elle a fait (notamment et surtout à Caroline) mais je ne suis pas du tout sûre qu'à sa place, j'aurais été propre.

Certains éléments paraîtront peut-être un peu gros. Pour moi, il y en a surtout deux. Il n'est pas absolument crédible que Sela fasse si bien la différence entre deux «réalités» (je le dis ainsi pour ne pas trop en dévoiler). On m'objectera que je ne suis pas à sa place, et que ce genre de choses est possible. Certes, on l'expérimente tous plus ou moins, mais pas au point de Sela... Le deuxième élément qui me paraît discutable est ce que finit par faire Hanna. Cela s'explique, mais pour moi, cela ne va pas à son caractère. Là aussi, on pourra me rétorquer que des personnes s'étant battues, voire compromises, pour obtenir quelque chose, peuvent, par la suite, se remettre en question.

Pour moi, le roman ne contient pas de temps morts. L'autrice décrit bien ses personnages et leur psychologie, les événements s'enchaînent avec fluidité.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell et Natalie Naudus pour les éditions Macmillan.

Le jeu de Cassandra Campbell est toujours aussi bon.
Quant à Natalie Naudus, je ne la connaissais pas. J'ai apprécié son jeu, mais quelque chose m'a agacée. À la fin de certains mots, elle ajoute des «e». Cela m'a d'autant plus étonnée qu'il me semblait que seuls les francophones faisaient cela. J'ai trouvé cela assez énervant. Ce n'est pas une comédienne vers laquelle j'irai volontiers.

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81 lectures

jeudi, 29 avril 2021

Solitude, de Niko Tackian.

L'ouvrage:
Il a un sac en plastique sur la tête. Il va étouffer. Mais on n'attend pas que cela arrive, on lui tire une balle dans la tête. Plus tard, au moment où le médecin légiste va l'autopsier, il se rend compte que le «cadavre» est vivant.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Avalanche hôtel», avoir été déçue par «La nuit n'est jamais complète», et avoir trouvé «Celle qui pleurait sous l'eau» insipide (je ne me suis pas donné la peine de le chroniquer, ne l'ayant pas eu en service presse) j'étais réticente à donner une autre chance à Niko Tackian. J'ai fini par parier que «Solitude» serait le deuxième de lui qui me plairait. Heureusement pour moi, j'ai gagné. Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «Avalanche hôtel». D'abord, la montagne et le froid sont omniprésents. La montagne est presque un personnage du roman. Dans «Solitude», on rencontre des amoureux de la montagne, qui s'y sentent bien, savent la déchiffrer. Certains, comme Reda, font figure de sages. De plus, le froid étant mon grand ami, j'ai beaucoup aimé cette ambiance.

Ensuite, comme dans «Avalanche hôtel», l'intrigue ne contient pas de temps morts. Il y a du suspense, et tout est crédible.
J'ai su (et d'autres la devineront aussi) une chose importante avant Nina et Charlie (les policiers) mais Nina la flaire, et son entêtement à la débusquer a fait que je n'ai pas été gênée de la savoir avant elle. De toute façon, j'aurais pu me tromper.

Comme dans «Avalanche hôtel», en peu de pages, Niko Tackian fait passer ses personnages par de forts sentiments et de fortes émotions. C'est bien amené, bien exploité. Les aspects sordides de la résolution de l'énigme font vraiment froid dans le dos... Moi qui viens de lire un autre roman où un de ces aspects se retrouve, moi qui ne me suis jamais méfiée de ce genre de choses auparavant, qui ai toujours trouvé ça très bien, je risque d'avoir une arrière-pensée à chaque fois que j'entendrai parler de cela... ;-)

J'ai quand même un reproche: j'ai été déçue qu'à la fin, une question reste. Surtout qu'elle aurait pu ne pas se poser. L'auteur aurait pu résoudre cela de façon très simple. Il est même incohérent que cette question soit.

Malgré mon pinaillage final, je recommande ce roman.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Hatt.

Je connais peu ce comédien. Je me souviens avoir apprécié son jeu dans un roman, et moins dans un autre. Ici, je l'ai trouvé naturel, et donc, approprié. Le comédien met le ton adéquat, sans exagération ni excès de sobriété. En outre, il ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles féminins, ce qui, pour moi, est toujours positif.

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166 lectures

lundi, 26 avril 2021

Neverworld wake, de Marisha Pessl.

L'ouvrage:
Voilà un an que Beatrice Hartley, lycéenne, n'a pas vu sa bande d'amis. Après qu'un cataclysme les a tous secoués, la jeune fille s'en est éloignée. C'est alors que Whitley, l'une d'entre eux, lui dit qu'ils vont passer un week-end à Wincroft, la maison de son beau-père. Se joindrait-elle à eux afin qu'ils renouent? Beatrice décide d'assister à ce week-end, ne serait-ce que pour mettre certaines choses à plat. Alors que le week-end vient à peine de commencer, la bande a un accident de voiture. Les adolescents parviennent à rentrer à Wincroft, mais leurs ennuis ne font que commencer.

Critique:
Ce roman m'a plu. L'autrice place ses personnages dans une situation extrême, et on voit comment ils y font face. Chacun a différentes phases d'adaptation, certains affrontent les choses en tentant de les oublier, en gaspillant du temps et de l'énergie... La narratrice tente d'agir le moins mal possible. C'est le genre de situations où, bien sûr, le lecteur (du moins moi) se demande ce qu'il ferait à la place des personnages...

Après cette phase pendant laquelle Beatrice observe ses camarades, ne pouvant rien faire d'autre, autre chose se met en place. Les adolescents, sous l'impulsion de l'une d'eux, veulent élucider le mystère de ce que j'ai appelé «le cataclysme qui les a secoués». Là encore, l'autrice emmène ses personnages au bout d'eux-mêmes, les plaçant dans de très délicates situations, les obligeant à se montrer exactement tels qu'ils sont. Et ils ne sont pas tous détestables. En effet, on imagine toujours que dans des situations extrêmes, n'importe qui se montrerait haïssable. Ici, ce n'est pas le cas, et c'est crédible.

Pour moi, il n'y a eu aucun temps mort. À un moment, j'ai pensé que la manière d'agir de l'un des personnages changerait quelque peu la donne, et que ce qui a été dit aux adolescents par «le gardien» serait modifié au tout dernier moment. Aux futurs lecteurs de voir si j'ai eu raison...

À la fin, l'autrice pose une question sur les événements écoulés. Si elle ne l'avait pas posée, je l'aurais taxée d'invraisemblance. La réponse qu'elle y apporte n'est pas un oui ou un non absolu. À cause d'un détail, je crois en une réponse. Certes, mais alors, cela veut dire qu'on ne sait pas ce qui est réellement arrivé à l'un des personnages. Certains préféreront sûrement croire la même chose que la narratrice. Certes, mais le détail est quand même important...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

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174 lectures

jeudi, 22 avril 2021

Des enfants trop parfaits, de Peter James.

L'ouvrage:
John et Naomi Kleason ont perdu leur fils, car celui-ci est né avec une maladie transmise par leurs gènes. Ils veulent un autre enfant, mais souhaitent qu'il ne soit pas porteur des gènes qui pourraient le rendre malade. Ils ont fini par s'adresser au docteur Detore. Celui-ci leur promet qu'il peut influer sur les gènes de leur futur enfant. Les Kleason font affaire avec lui. Seulement, tout ne se passe pas comme prévu.

Critique:
J'ai renoncé à lire la série de Peter James dont le tome 1 est «Comme une tombe», car je n'ai pas aimé ce roman. Je voulais d'ailleurs ne pas lire d'autres Peter James, mais le résumé de «Des enfants trop parfaits» m'a tentée. Je suis contente d'avoir donné une autre chance à l'auteur, car ce roman m'a plu. D'abord, il ne traîne pas. Certes, les chapitres contant les préparatifs et les pensées du disciple m'agaçaient, car je souhaitais retrouver rapidement les personnages principaux, mais ces chapitres montrent bien à quel point et pourquoi on peut être endoctriné. Je sais que le fanatisme peut aller loin, mais en l'exposant, Peter James nous rappelle comment il est possible.

Le début prépare le lecteur à certaines choses, donc ce qui arrive ensuite ne surprend pas trop. Cependant, il est intéressant de voir comment se comportent Luke e Phoebe (je ne dirai pas qui ils sont pour ne pas trop en dévoiler à ceux qui n'ont pas lu le livre), et ce qu'en disent les spécialistes qui les rencontrent.

Dans ce roman, Peter James soulève plusieurs questions. On peut comprendre que John et Naomi souhaitent proscrire les gènes qui rendraient leur futur enfant malade, mais ce n'est pas la seule chose que le docteur Detore leur propose. Comme le souligne Naomi, où est la frontière avec l'eugénisme?
Plus tard, deux points de vue s'affrontent: certains personnages souhaitent agir afin que le monde tourne mieux, d'autres veulent récupérer leur vie tranquille. La première idée met mal à l'aise parce que ceux qui l'expriment ont de bons arguments et de bonnes idées, seulement ils ont l'air de fanatiques. Leur façon d'agir équivaut presque à celle des disciples. Bien sûr, eux n'ont pas été fanatisés de la même manière que les disciples. Ils ne remettent d'ailleurs jamais cela en question: ils auraient pourtant dû. Cependant, c'est là toute la perversité de la chose: cela a été fait de manière à ce qu'ils ne le remettent pas en question.

Je n'avais pas deviné ce qu'on apprend à la toute fin. Pourtant, c'est préparé tout au long du roman. L'auteur a donc finement joué. Je pense quand même que d'autres lecteurs le trouveront.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ludmila Ruoso pour les éditions Lizzie.

J'avais une autre raison de donner une chance à ce livre. J'avais promis à une éditrice de livres audio que je lirais en entier un livre enregistré par Ludmila Ruoso. En effet, l'éditrice et moi n'étions pas d'accord quant à cette comédienne. Après avoir écouté un extrait d'un livre enregistré par elle, j'avais trouvé qu'elle cabotinait. L'éditrice m'a certifié que Ludmila Ruoso était une très bonne comédienne, jouait très bien. Voilà pourquoi j'ai promis d'essayer un livre en entier. J'ai eu raison, car je n'ai rien trouvé à redire au jeu de la comédienne. Je n'ai trouvé aucune exagération. Donc soit elle joue mieux depuis que j'ai écouté l'extrait de l'autre livre, soit ce n'était pas le bon moment le jour où je l'ai écouté.

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138 lectures

lundi, 19 avril 2021

Too good to be true, de Carola Lovering.

L'ouvrage:
Skye Starling a vingt-neuf ans. Voilà six mois qu'elle sort avec Burke Michaels, qui a dix-sept ans de plus qu'elle. Ce jour-là, en lui apportant son petit-déjeuner au lit, Burke la demande en mariage.

Critique:
Ce roman ma plu. Certaines choses sont un peu convenues, mais elles passent.

L'autrice alterne les chapitres racontant le présent de Skye, le passé d'un autre personnage, et le journal que Burke adresse à un certain docteur K. Quelque chose devient rapidement évident, puis un rebondissement complique les choses. Je ne m'y attendais pas du tout, et mon ressenti m'a rappelé ce que j'avais éprouvé lors d'un rebondissement du roman «Une femme entre nous». Les deux livres n'ont rien à voir, c'est seulement ma surprise qui a été égale. En y réfléchissant, je me dis que ce rebondissement n'est pas si spectaculaire, mais je pense que Carola Lovering a su l'amener afin que, sur le moment, il soit impressionnant.

L'histoire d'amour est un peu convenue. Certes, tout est expliqué, et l'autrice parvient à ce que cela tienne, mais objectivement, c'est gros. Heureusement, à la fin, l'autrice n'en fait pas trop. Tout n'est pas absolument rose pour ceux qui s'aiment, ils n'ont aucune certitude, ils vont laisser faire le temps.

Dans le paragraphe qui suit, je ne donne pas les prénoms des protagonistes pour ne pas trop en dévoiler.
Je n'ai pas aimé ce que fait l'un des personnages (que j'appellerai A) dans le présent, mais je suis d'accord quant au fait qu'il en veuille beaucoup à un autre (que j'appellerai B) à cause d'un événement passé. J'aurais préféré qu'A prît sa revanche au moment des faits, et agît en plein jour (si j'ose dire). Quant à B, je ne l'aime pas. B paraît aimable, et sa faute paraît être pleine de circonstances atténuantes, mais pour moi, il n'en est rien. Je ne peux malheureusement pas développer mon point de vue, sous peine de trop en dévoiler. Je suis sûrement sévère avec B, mais mon agacement a été renforcé par l'admiration inconditionnelle que lui vouait Skye. Cette admiration est logique, soit.

Je préfère les récits linéaires, mais ici, j'admets que cela aurait été bien moins percutant. L'intrigue ne traîne pas, la psychologie des personnages est bien exposée et analysée. Skye est sûrement le personnage le plus attachant. La cruauté dont elle est victime à cause de son TOC est choquante, mais malheureusement pas étonnante.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt, Amy McFadden, et Stephen Dexter pour les éditions McMillan.

Les deux comédiennes font partie de ceux dont j'apprécie le jeu. Elles n'ont pas démérité, jouant les sentiments et les émotions des personnages sans cabotinage ni trop de sobriété. Quant à Stephen Dexter, je ne le connaissais pas du tout. J'ai trouvé que sa lecture était murmurée, cela m'a agacée. Son intonation était bonne, mais il chuchotait presque. Je ne lirai pas volontiers un livre entier enregistré par lui.

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139 lectures

jeudi, 15 avril 2021

Loup et les hommes, d'Emmanuelle Pirote.

L'ouvrage:
Dix-septième siècle. Lors d'une soirée chez une amie, Armand de Canilac croise une femme portant une bague. Cette bague ne peut être que celle de Loup, le frère d'Armand. Or, voilà vingt ans que Loup a été condamné aux galères. Si cette femme porte sa bague, pense Armand, c'est qu'elle l'a croisé. Il décide de l'interroger, car il souhaite retrouver Loup, afin de lui présenter ses excuses, car celui-ci a été arrêté après une dénonciation d'Armand.

Critique:
Ce roman fait partie de ceux dont j'ai commencé par penser qu'il ne me plairait pas, et que j'ai fini par tenter parce qu'il a été enregistré par une lectrice bénévole dont j'apprécie la lecture. Cette fois encore, je n'ai pas été déçue.

Au départ, j'avais peur que le lecteur découvre très rapidement que Loup était le très gentil garçon que son méchant frère avait fait arrêter. C'est cet aspect qui me rebutait. En fait, on découvre plutôt que tout est nuancé. Il n'y a pas un frère plus «méchant» que l'autre, même si j'ai eu du mal à apprécier Loup. Chacun a vécu des choses, fait des choix en fonction de son caractère et de ses inclinations... De plus, ce qui arrive entre ces deux personnages est loin d'être la seule intrigue du roman. Emmanuelle Pirotte tisse sa trame autour d'eux et d'autres, et leur fait vivre des péripéties qui les mettent à l'épreuve.
Parmi les autres personnages, j'ai beaucoup apprécié Valère, le valet d'Armand. Il est droit, sage, c'est une force tranquille.

Il n'y a pas de temps morts. L'autrice mélange le présent et les souvenirs des personnages, tout en alternant les points de vue. Tout cela est très bien fait.

Afin de retrouver la jeune femme, Armand se rend en Nouvelle France. C'est l'occasion pour la romancière d'évoquer des paysages, mais aussi les conséquences de la colonisation. Là encore, elle fait cela très bien, car elle s'attache à aborder plusieurs aspects des choses. S'il y a guerre avec es colons, certaines tribus d'indiens sont en guerre avec d'autres. Et puis les histoires personnelles de certains se mêlent à l'Histoire, et rien n'est figé. Tout comme des tribus acceptent d'intégrer certains blancs, Loup et Armand vont devoir tenter de se comprendre et de s'accepter l'un l'autre. Quant à Brune, elle fait un pari risqué...

Si, à la fin, tout est dit, je ne dirais pas non à une suite. C'est surtout que j'ai l'impression que la Nouvelle France manque à Armand, à la fin. Certes, si c'était réellement le cas, et s'il y avait une suite, cela poserait problème... En outre, j'aimerais bien voir ce que deviennent d'autres personnages. Malgré cela, je sais que l'autrice n'aurait pas matière à une suite. Je le regrette, mais je me console un peu en me disant que dans une éventuelle suite, elle ferait peut-être des choix qui me déplairaient.

Éditeur: le Cherche-Midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 12 avril 2021

Losing the atmosphere, de Vivian Conan.

L'ouvrage:
Vivian Conan raconte ici le combat de toute une vie. Dès l'enfance, elle se rend compte que quelque chose ne va pas chez elle, et tente de comprendre quoi...

Critique:
Ce témoignage m'a beaucoup plu. J'imagine qu'écrire cela, tout poser sur le papier, a aidé Vivian à mieux comprendre, à mieux guérir. Certes, mais cela a également dû être très difficile pour elle.
J'ai apprécié qu'elle reste la plus factuelle possible. Elle se raconte, explique ce qu'elle ressentait avec sincérité. Elle raconte d'abord son enfance, sa famille, ses relations avec chaque membre. Puis elle explique quand et comment elle a remarqué que quelque chose était différent chez elle. Elle commence assez tôt à voir un psychiatre. Au fil des spécialistes qu'elle rencontre, elle apprend à se connaître, à se découvrir, à palier certains manques dus à sa maladie...

Vivian ne blâme pas les psychiatres qui n'ont pas su la comprendre, et donc qui n'ont pas su l'aider. De plus, elle ne les range pas tous dans le même panier. Elle prend le temps d'expliquer lesquels ont tenté de l'aider, comment ils l'ont fait. Ce n'étaient pas forcément de mauvais médecins. C'est surtout qu'on savait très peu de choses sur le sujet, à l'époque. On en sait davantage aujourd'hui, mais des zones d'ombre subsistent. (Je ne dirai pas ce dont souffre Vivian ici, car elle le dit très tard dans le livre. Avec raison, elle raconte les choses telles qu'elle les a vécues.) Vivian a eu la chance de pouvoir comprendre (à plus de cinquante ans) ce qu'elle avait, puis de trouver le spécialiste qui en savait assez, et qui avait l'esprit assez ouvert pour l'aider au mieux. En effet, je m'y connais très peu quant à ce que sont des relations entre des psychiatres et leurs patients, mais Vivian faisait certaines choses qui, peut-être, dépassaient certaines limites. Oui, mais ne pas la laisser faire, et ne pas lui répondre, revenait à refuser de l'aider à guérir.

Si Vivian a pu, à certains moments, se montrer détestable envers ses proches, la faute ne lui revient pas toujours. En outre, elle reste très lucide quant à ses actes, et surtout quant à son besoin d'être soignée. Ensuite, lorsqu'elle parvient à mettre un terme sur sa maladie, et à en comprendre certains aspects, elle ne se cherche jamais d'excuses.

L'ouvrage se termine par une postface du médecin qui a compris et aidé Vivian. Il y explique avec davantage de détails certains aspects du mal de sa patiente. Cette postface est claire, sans jargon. Elle donne une image de ce médecin identique à celle que montre le récit de Vivian.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Greenpoint Press.

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