Illusions mortelles

L'ouvrage:
Octobre 2001.
Peter Simon doit aller passer une semaine dans le Sud de la France. Comme chaque année, il y retrouve son ami Christopher avec qui il fait de la voile. Sa femme, Laura, s'inquiète, car le soir de son arrivée, il ne l'a pas appelée. Christopher lui avoue ne pas savoir où se trouve Peter.

Critique:
La façon d'agencer les intrigues de Charlotte Link est souvent la même: une action se déroulant sur plusieurs jours (ici, environ deux semaine), des personnages dont les vies se croisent... Dans «Illusions mortelles», la romancière n'a pas fait se croiser le présent et le passé.
Par ailleurs, l'article de journal du début et le prologue décrivent (comme d'habitude) des événements isolés que le lecteur mettra un peu de temps à raccrocher au reste. J'en ai un peu assez de cette structure trop formatée.

Ce roman m'a plu parce que là encore, j'ai trouvé que l'auteur décrivait très bien la psychologie de ses personnages. Qu'on les apprécie ou pas, qu'on les trouve crétins ou sympathiques, ils ont l'air d'être réels parce que leurs sentiments et leurs motivations sont bien exposés. D'autre part, il est très facile de s'identifier à eux, car leurs préoccupations sont on ne peut plus humaines.
Tous ces personnages sont un peu marginaux à leur manière. Certains se laissent «enfermer» par leur conjoint, d'autres laissent passer la vie à attendre quelqu'un... Finalement, peu sont à plaindre. Henri, par exemple, se fait tant d'illusions qu'il en devient ridicule. Il ne parvient pas à accepter que sa femme ne l'aime plus depuis longtemps. Pire, il le sait, et pense, malgré tout, ne pas pouvoir vivre sans elle. Au final, Catherine (malgré le fait qu'elle passe un certain temps à se morfondre) est plus réaliste que lui, et évolue de manière plus positive.
Laura m'a un peu surprise à cause de la facilité avec laquelle Peter la fait tourner autour de son petit doigt. Pourtant, elle a l'air d'être sensée, et en plus, son amie lui répète sur tous les tons que Peter ne lui convient pas... Elle illustre le fait que par amour, on peut être stupide et se cacher la vérité.
Je n'évoquerai pas tous les personnages, mais chacun est complexe, chacun inspirera de forts sentiments au lecteur qui, accessoirement, se trouvera plus futé. ;-)

Quant à l'intrigue, j'ai d'abord aimé ne pas trop savoir où j'allais. Au début, l'auteur présente ses personnages, expose leurs préoccupations... Ensuite, elle parle meurtres (bien sûr, on a une petite idée de ces meurtres grâce au prologue). On sait très vite qu'elle souhaite que le lecteur cherche le coupable parmi les personnages présentés. Au moment où cela m'agaçait (d'abord parce que la ficelle est récurrente, mais aussi parce que j'avais deviné), elle a pris le parti de créer un rebondissement en dévoilant le nom de l'assassin au lecteur. C'était risquer qu'il s'ennuie et se traîne péniblement jusqu'à la fin. Cela n'a pas été mon cas, car Charlotte Link crée d'autres rebondissements. Et puis, il y a une partie de l'énigme que je n'avais pas devinée: celle qui concerne Pauline. En outre, la dimension psychologique étant toujours présente, j'avais envie de savoir comment les choses tourneraient. En effet, les romans de Charlotte Link ne sont pas seulement des énigmes.

Il y a une petite incohérence: quand on croit avoir un indice qui pourrait mener vers quelqu'un de dangereux, on n'affronte pas le danger, on remet l'affaire entre les mains de la police... Pourtant, l'un des personnages (qui n'a pas l'air si bête) affronte seul le danger.

Remarques annexes:
Après que l'un des crimes est découvert, Laura émet l'hypothèse qui sera la solution dans un autre roman de Charlotte Link. (Je ne dis pas lequel pour ne pas en dévoiler.)
Parfois, il y a des erreurs de prénoms. Je ne sais pas si ce sont des coquilles ou la lectrice qui s'est trompée et ne s'en est pas aperçue.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Brigitte Bordron pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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