If I die tonight

L'ouvrage:
Petit village d'Havenkill.
Une nuit, Aimee En, hagarde et choquée, entre en trombe dans le commissariat de police. Elle hurle qu'un adolescent a volé sa voiture, et a renversé un autre garçon qui tentait de le dissuader de commettre ce méfait.

Critique:
Si ce livre est traduit un jour, je ne sais pas si la quatrième de couverture sera refaite ou traduite, mais en tout cas, celle du livre en anglais en dit trop. Je vous déconseille donc de la lire.

Ce roman m'a beaucoup plu. Si l'énigme et l'enquête sont intéressantes, pour moi, elles ne sont pas primordiales. Voilà pourquoi je n'ai pas du tout été gênée d'avoir deviné certaines choses. Par exemple, j'ai très vite senti ce que révèle Helen vers la fin. Ayant compris cela, je pouvais savoir d'autres éléments. Cependant, j'étais loin d'avoir tout trouvé. Ce que la vérité laisse entrevoir quant à deux personnages est assez dérangeant, parce que cela semble malheureusement très réaliste, et j'ai l'impression qu'on rencontre des individus de cette espèce dans notre société... ce qui fait froid dans le dos.

Le plus important pour moi est la manière dont Alison Gaylin montre la bêtise humaine. L'adolescent renversé est tout de suite vu comme un héros, personne ne dit rien de mal à son propos, comme s'il était parfait. Or, personne ne l'est. Certains semblent se complaire, se vautrer dans la souffrance engendrée par ce qui lui est arrivé. Et puis, sans réelles preuves, on commence à soupçonner quelqu'un... et c'est la curée. Le plus effrayant est probablement le manque d'esprit critique des gens, l'amplification que facilite l'effet de groupe, et la cruauté dont peuvent faire preuve (avec délectation) ceux qui s'acharnent. Comme Robyn Harding dans «L'anniversaire», ou Lindsey Lee Johnson dans «L'endroit le plus dangereux du monde», Alison Gaylin montre comment certains utilisent les réseaux sociaux afin d'unir leur méchanceté et leur avidité de charognards. Il y a aussi ceux qui, par peur ou par égoïsme, cèdent à la pression sociale, et décident de ne plus rien avoir à faire avec la famille du suspect. Tous ces gens perdent très vite de vue que si celui qu'ils soupçonnent est coupable, ce n'est pas à eux de faire justice en le lynchant en place publique.

L'auteur aborde d'autres thèmes avec justesse. Par exemple, Jackie se rend compte que ses fils (dix-sept et treize ans) ont chacun un jardin secret, qu'il n'est pas toujours facile de communiquer avec eux, qu'ils se défient parfois d'elles, que l'un d'eux a fait quelque chose dont elle ne l'aurait jamais cru capable... Jackie et ses fils sont également des personnages très réalistes.

À travers l'histoire de Pearl, on découvre une autre sorte de rejet. La jeune femme a été éloignée par sa famille, et semble parfois se retenir de vivre. Sinon, c'est un personnage très fort et attachant. Je ne sais pas si j'aurais pu me relever moralement si j'avais vécu ce qu'elle a dû supporter...

Je n'ai pas réussi à apprécier Aimee. Pourtant, elle n'est pas méchante, juste un peu paumée. Il faut dire que je l'ai trouvée assez plate de caractère...

J'ai tout de même un reproche à adresser à ce roman. Le prologue se passe vers la fin. L'auteur utilise donc cette ficelle qui consiste à faire saliver le lecteur. Comme je l'ai déjà dit, cette façon de faire ne me fait pas du tout saliver, elle m'agace beaucoup. D'abord, d'un point de vue logique: une histoire ne se déroule pas avec un bout de la fin au début. Ensuite, j'ai trouvé très dommage que l'auteur donne presque autant d'indices que la quatrième de couverture avec ce prologue. En effet, il ne faut pas s'appeler Einstein pour déduire certaines choses avant qu'elles n'arrivent à cause de ce début.

Remarques annexes:
À un moment, Helen dit à Jackie que la vie ne nous fait jamais endurer plus que ce qu'on peut supporter. Je pense comme Jackie à ce sujet...
Est-ce que c'est moi qui ai l'esprit tordu, ou est-ce que vous aussi, vous comprenez que le couple chez qui est allée Aimee cette fameuse nuit est adepte de l'amour à plusieurs?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Harper Audio.

Pour ceux qui me suivraient régulièrement, je n'ai pas besoin de dire que j'aime beaucoup les interprétations de Cassandra Campbell. Là encore, elle n'a pas démérité.
Par ailleurs, j'ai remarqué une chose étrange qui m'avait également paru curieuse dans «Somewhere out there». À un moment, elle dit une phrase avec une voix a l'air enrhumé. Puis sa voix normale revient. Un peu plus tard, on entend une autre phrase dans laquelle elle semble enrhumée, etc. Ici, ce sont quelques phrases par-ci par-là, dans «Somewhere out there», tout un passage alternait voix enrhumée et voix normale...

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