Heartstopper

Note: J'ai lu ce livre en anglais, et je ne sais pas s'il a été traduit en français (il semblerait que non). En tout cas, ne trouvant pas le titre français, j'ai mis le titre original.

L'ouvrage:
Torrance, petit village de Floride.
Sandy Crosbie, enseignante, a bien du mal à s'adapter à sa nouvelle vie. En effet, la famille Crosbie (Ian, Sandy, et leurs deux enfants, Tim et Megan), habitait à New York. Ian a décidé de déménager, arguant qu'on lui offrait un poste. En fait, il avait rencontré une femme sur internet, et voulait la voir en chair et en os. Ce qu'il vit lui plut, car il quitta Sandy pour aller s'installer chez Carry Franklin.

Torrance étant un petit village, tout se sait. On sait qui a des aventures avec qui, qui est apprécié de qui, etc.
On est d'autant plus surpris lorsque les jeunes filles du village commencent à disparaître...

Critique:
Joy Fielding s'essaie au roman policier. Mon sentiment est mitigé quant au résultat.
Elle n'évite aucun écueil. Elle fonce même tête la première dedans. Elle nous présente un coupable contre lequel elle accumule les indices troublants, le plus parlant étant qu'il terrorise sa femme. Cette piste est tellement grosse que le lecteur n'y croit pas. Il attend qu'elle veuille bien changer de présumé coupable. Mais elle insiste: la personne véritablement coupable du crime cache des indices chez le présumé coupable, et sans chercher plus loin, le shérif l'arrête. Si ce n'est pas une ficelle plus qu'éculée, ça!!!

On devine également que cette pauvre Sandy est cruche de suivre Will, alors qu'elle le connaît depuis cinq minutes, qu'elle ne devrait pas s'arrêter pour porter secours à monsieur Lipsman... Elle le sait aussi, mais le fait quand même. Elle passe pour une andouille à ses yeux et à ceux du lecteur.
En outre, elle attend, comme une bécasse, que son mari veuille bien lui revenir, alors qu'on sait bien qu'il ne lui reviendra pas. Elle est assez agaçante à attendre comme ça, comme si elle n'avait aucune expérience de la vie. Je ne dis pas qu'une femme ne doit pas espérer (c'est d'ailleurs logique qu'elle espère), mais là, c'est à la limite de la stupidité.

Les adolescents ont tous une attitude caricaturale: ils rejettent Dalila parce qu'elle ne ressemble pas à celles qu'ils considèrent comme des beautés. Personne ne se démarque, ils ne cherchent pas plus loin: elle a quelques kilos en trop et n'est pas très bien habillée, alors, ils la rejettent tous.

Vous allez me dire que toutes ces situations peuvent se retrouver dans la vie. Soit. Seulement, une situation clichée par ci par là, cela se comprend, cela s'accepte. Mais ce livre est truffé de ce genre de situations! C'est exaspérant! De plus, il traîne beaucoup. Pendant ma lecture, je me suis demandée si ce n'était pas Mary Higgins Clark qui avait écrit sous le pseudonyme de Joy Fielding.

Tout cela est un peu rattrapé par la découverte de la personne coupable des crimes. Je savais bien que les coupables que Joy Fielding nous jetait en pâture n'étaient pas les bons, mais je n'avais pas trouvé qui c'était. Je ne me doutais de rien. Pourtant, lorsqu'on sait, certaines choses paraissent d'une logique imparable. En outre, des indices étaient dispersés tout au long du roman. Une fois qu'on a la solution, tout est évident. Il faudrait même relire le livre pour essayer de repérer les indices, voire les failles. Je suppose qu'il n'y a pas de failles, car l'auteur a travaillé son roman, mais l'éclairage de la fin donne envie de relire le livre et de collecter les indices.

Je m'interroge sur la traduction française de ce livre. En effet, l'auteur a fait en sorte que lorsque «the killer» écrit son journal, on ne puisse déterminer son sexe. En anglais, c'est assez facile, car les adjectifs et les participes passés sont épicènes. Malheureusement, en français, cette neutralité est impossible à garder. J'ai essayé de traduire quelques petites phrases, et dans quelques cas, on peut s'appuyer sur le contexte. Par exemple, au chapitre où «the killer» raconte sa presque noyade, il est écrit «I was gone». Vu le contexte, on pourrait traduire par «j'étais à l'eau«. Mais ceci n'est qu'un exemple, et je ne me suis pas amusée à reprendre tous les chapitres du «killer's journal».

Je ne parle pas souvent de la prestation des lecteurs, mais là...
J'ai l'impression que la lectrice à pipé les dés. Elle fait partie des lecteurs qui tiennent absolument à faire une voix à chaque personnage. Ici, c'était extrêmement agaçant. Lorsqu'elle fait un homme, on dirait qu'elle va vomir; lorsqu'elle fait une personne âgée, on a envie de l'achever; lorsqu'elle fait Dalila, on dirait une idiote. En outre, cette manie de faire des voix à tout le monde fait qu'elle prend deux voix absolument différentes pour «the killer» et le personnage du petit village dont on finit par découvrir que c'est «the killer». En plus, la voix qu'elle prend pour «the killer» nous fait penser que la personne est beaucoup plus âgée qu'elle ne l'est en réalité. Du coup, elle n'a pas joué le jeu. Il aurait été préférable qu'elle prît une voix expressive, certes, mais pas différente pour chaque personnage. Je me suis sentie flouée par cette lecture. Cet exemple fait que je suis d'autant plus d'accord avec Eric Herson-Macarel qui dit (dans son interview du 6 septembre) qu'il ne faut pas singer les voix des personnages.

Acheter « Heartstopper » en anglais sur Amazon