Goldstein

L'ouvrage:
La police berlinoise est prévenue qu'Abraham Goldstein, soupçonné d'être un tueur, va arriver à Berlin. C'est Gereon Rath qui est chargé de le surveiller.

Un soir, le cambriolage d'un grand magasin tourne mal. L'un des malfrats est tué. Sa complice, Alex, veut le venger.

Critique:
Encore une fois, Volker Kutscher a su me captiver. Il ne se contente pas de mettre en place une énigme que nous suivons: il raconte la vie d'une ville, d'un commissariat, et montre avec finesse que rien n'est manichéen.
Le nazisme commence à gagner en puissance. L'auteur montre cela par des scènes, des faits... Le contexte historique est, tout comme dans les deux tomes précédents, très bien dépeint. Il a son importance, car il commence à modifier certaines choses, et nous savons qu'il laissera son empreinte dans le temps.
L'auteur rappelle également que l'époque est beaucoup moins tolérante que celle que nous connaissons actuellement puisqu'une femme qui souhaite être juriste ou policière n'est pas toujours vue d'un très bon oeil. Beaucoup espèrent la voir se marier, avoir des enfants, et ne plus s'occuper d'autre chose.

Quant aux énigmes, j'ai apprécié que l'auteur s'écarte des sentiers battus. En effet, les histoires finiront par être liées, mais à mon avis, cela est fait de manière bien plus subtile que dans d'autres romans.
En outre, l'auteur s'arrange pour ne pas donner trop de fausses pistes tout en ménageant quelques surprises, et en créant des rebondissements bien placés. Certaines choses sont très vite connues du lecteur, mais cela ne gâche en rien la lecture, car l'énigme est loin d'être le seul élément qui compte. La vie et la psychologie des personnages sont tout aussi intéressantes.
J'ai apprécié que l'auteur n'utilise pas quelque chose qu'il a utilisé dans le tome 2, et qui finit par devenir un thème récurrent chez certains: à savoir la personne qui fut traumatisée par son passé et qu'on voit tout au long du roman, qui livre des bribes de son passé, mais dont on ne sait pas qui elle est.
D'autre part, il y a de l'humour, et pas uniquement lors de moments plus détendus. Par exemple, la première entrevue de Rath et de Goldstein est assez amusante, malgré la gravité de la situation. En outre, à un moment, Gereon hérite d'une «petite voiture» assez comique. Je me suis imaginé les scènes où apparaît cet engin au cinéma, je suis sûre qu'elles auraient un franc succès. ;-)
Les quelques exemples humoristiques que je donne sont loin d'être les seuls. Il y a beaucoup de petites scènes assez drôles de toutes sortes survenant à un moment où on ne les attend pas du tout, et s'insérant parfaitement dans le récit.

Les amours de Gereon, si elles sont houleuses, sont différentes de celles de certaines séries où le héros change de petite amie comme de chemise, ce qui m'agace prodigieusement.

Le roman est très épais, mais tout comme dans les tomes précédents, il n'y a "à mon sens) aucun temps mort. C'est un tour de force, étant donné que les romans policiers très longs traînent souvent. Ici, cela vient sûrement du fait que l'auteur ne focalise pas tout sur l'énigme.

Je trouve dommage qu'il y ait des erreurs de syntaxe. J'ai relevé, à titre d'exemple: «Ils éprouvaient l'un pour l'autre une aversion réciproque.» Il y en a d'autres. Je ne sais pas si cela tient à la traduction ou si ces maladresses se retrouvent dans le texte original... Je regrette également que le verbe «rigoler» soit employé au lieu du verbe «rire».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Sixtrid.
Comme d'habitude, je suis ravie de retrouver ce comédien qui joue sans surjouer, et dont la lecture est toujours fluide et naturelle. Il est de ces comédiens qui ont pris le parti de ne pas prendre une voix différente pour les rôles féminins ou pour d'autres personnages. Je trouve cela très bien. Son interprétation est toujours aussi juste. C'est un grand comédien.

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