Gloria

L'ouvrage:
Michel a travaillé dans un centre d'accueil. Mais des soupçons de pédophilie ont pesé sur lui. Il a été renvoyé. Il exerce son métier d'orthophoniste à son compte.
C'est alors que Gloria, une jeune femme rencontrée au centre, lui téléphone: elle souhaite le voir. Lorsqu'elle était au centre, il l'a aidée. Il sait qu'il ne devrait pas la revoir, car elle fait partie de ce passé, mais il se rend quand même chez elle.

Critique:
Pascale Kramer a l'art d'écrire des romans très courts, mais très denses. En peu de pages, elle campe décor et personnages, expose faits, ressentis, réactions... Elle est très habile pour montrer comme de petits événements, de petits gestes peuvent tout changer. Elle a l'art de sous-entendre certaines choses. Tout cela en un style direct, vif, fluide, apparemment simple.
Et elle a aussi une manière très persuasive de montrer à son lecteur que les gens sont idiots et égoïstes.

Michel a été jugé par ses amis, son entourage. Il a abandonné la seule personne qui croyait en lui sans réserve. Cette attitude est étrange, et montre comme l'être humain est retors.
D'autre part, comment réagirions-nous si quelqu'un de notre entourage était soupçonné de pédophilie. On sait bien que souvent, on ne connaît pas parfaitement ceux qu'on croit connaître. La situation est très délicate.
Pascale Kramer s'y entend pour décrire des situations ambiguës, la plus probante étant la scène où Michel se rend chez Mariama et tombe sur les trois fillettes.

L'auteur montre également des parents qui oeuvrent contre leur fille pour son bien et pour celui de son enfant. Là encore, la situation est oppressante, car ils sont face à un terrible dilemme. Ils ont choisi une voie extrêmement difficile, mais ne pourraient pas agir autrement.
Gloria n'est pas aimable, et pas seulement à cause de ce que Michel remarque quant à sa façon d'être avec Naïs. J'ai eu du mal à comprendre comment il se faisait que Marie ne voie pas l'instable égoïste qui ne se cache pas vraiment en elle. Marie n'a pas l'air très évolué, soit, mais côtoyant Gloria tous les jours, elle devrait voir ce qui crève les yeux. Cela permet à l'auteur de montrer une situation où deux points de vue divergent.
Je comprends que Viviane se soit laissée avoir par Gloria: elle ne l'a vue qu'une fois. Ça devait être un bon jour, et en plus, Viviane ne croyait pas Michel, et était trop prise par sa propre vie... qu'elle ne tente même pas de maîtriser. Je n'ai pas apprécié Viviane qui se permet de donner des conseils, et ne peut même pas se prendre en main.

J'attendais un événement qui aurait démontré certaines choses. L'auteur a eu la finesse de ne pas le créer. Il est vrai que cet événement aurait, en quelque sorte, arrêté la spirale. Or, Pascale Kramer a préféré être plus subtile. Pas de coup de théâtre, certes, mais les choses n'en sont que plus oppressantes.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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