Gataca

Note: Si vous n'avez pas lu «Le syndrome E», ne lisez pas mon résumé. Passez directement à la partie «critique».

L'ouvrage:
Sur sa demande, Franck Sharko a été rétrogradé. Ce jour-là, il doit enquêter sur le meurtre d'une étudiante retrouvée morte dans la cage d'une femelle chimpanzé du centre de primatologie de Meudon. Tout semble accuser le singe. Pourtant, la responsable du centre, Clémentine, assure qu'elle est incapable d'un tel acte.

Lucie Henebelle tente de reconstruire sa vie après la mort de sa fille, Clara. Elle a démissionné de la police, et fait un travail qui ne l'épanouit pas, mais grâce auquel elle n'a pas le temps de réfléchir. C'est alors qu'elle apprend que le meurtrier de sa fille s'est suicidé. Elle ne l'accepte pas, car cela la prive des réponses aux questions qui tournent dans sa tête. Le coup de grâce lui est porté quand on lui dit qu'un psychiatre voulait déclarer l'homme irresponsable de ses actes au moment du meurtre de l'enfant. Lucie ne compte pas en rester là.

Critique:
Si j'ai reproché quelques petites choses au tome 1 de ce diptyque, je ne trouve rien à redire à «Gataca». Il est plus gros que «Le syndrome E», et pourtant, je n'y ai trouvé aucune longueur.
Le lecteur se doute que les deux histoires sont liées, et que Franck et Lucie se reverront, ne serait-ce que pour les besoins de l'enquête. C'est pourquoi l'auteur n'attend pas trop longtemps avant de dévoiler cet aspect de l'intrigue. Le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer à attendre que cela arrive.
Comme dans certains romans de Serge Brussolo, la résolution d'un point précipite nos héros dans un autre mystère, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que ce qu'ils cherchent a atteint d'énormes proportions.

J'aime beaucoup la façon dont Franck Thilliez expose certaines théories, mêlant étroitement réalité et fiction. En outre, il ne tombe jamais dans le jargon pompeux et incompréhensible. Tout ce qu'il dit sur l'ADN, sur la latéralité, les conflits transgénérationnels en cas de non-dits, l'évolution de la nature et de l'homme selon certains paramètres soit incongrus car créés par l'homme soit «naturels», etc, tout est expliqué de manière passionnante. D'autre part, il insère tout cela intelligemment dans son roman. On voit qu'il s'est documenté, mais il n'a pas plaqué ou articulé ses personnages et leurs répliques en fonction des théories qu'il voulait exprimer. Je mets cela en avant parce que dans certains autres romans, la façon dont les choses étaient amenées était très artificielle.
J'ai appris, entre autres, que même l'ADN gardait des saletés... ;-) Tout cela donne envie d'en apprendre davantage. Dans une note finale, l'auteur donne quelques pistes afin que le lecteur puisse se documenter, et se forger une opinion.
Il est dérangeant et effrayant de penser que l'ADN dirige notre caractère... enfin, ça, c'est la théorie d'un personnage du livre.

Outre le pivot de l'intrigue, l'auteur sait précipiter personnages et lecteurs dans un tourbillon. Franck et Lucie connaîtront des embûches, dont les plus impressionnantes sont sûrement la tentative de meurtre dont est victime Lucie, et l'étau qui se resserre sur Sharko lorsqu'on veut l'accuser d'un meurtre. Sa joute avec Magnien est d'ailleurs savoureuse. C'est une des occasions qu'à l'auteur de créer une grande tension. Mais au centre de cette tension, j'ai éclaté de rire en entendant la théorie rocambolesque de Magnien. Un ramassis d'inepties bricolé à partir d'éléments de psychologie de bas étage. Éléments qui seraient intéressants s'ils étaient creusés, et mieux exploités que ce que fait Magnien.

J'ai été contente de retrouver Franck et Lucie. Ces deux personnages sont attachants. Vous me direz qu'ils rappellent trop les policiers d'autres romans: traumatisés par la vie, et qui tentent de rendre justice à chaque enquête. Peut-être, mais ils sont plus forts, plus complexes, plus consistants. Je serai ravie de les retrouver, comme le promet l'auteur, dans la note finale. Note dans laquelle il ne se prive pas de faire saliver le lecteur en évoquant son prochain roman qui devrait sortir fin 2011, et dont le synopsis, brièvement exposé, est très alléchant, même si on n'y rencontrera pas Franck et Lucie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Raimbault. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il est sorti en audio le 8 juin.

J'ai été contente de retrouver Michel Raimbault. J'apprécie de plus en plus sa façon de lire, et même les voix différentes qu'il prend pour certains personnages... surtout celle de Sharko. Je l'imagine tout à fait avec cette voix. ;-)

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