Fleur de cimetière

L'ouvrage:
Voilà quatre ans que Caitlin Stuart, douze ans, a disparu. Sur l'initiative d'Abby (sa mère), et contre l'avis de Tom (son père), est organisée une cérémonie de funérailles. C'est alors que Tom obtient une information qui pourrait bien tout remettre en question.

Critique:
L'auteur s'attache à décrire la psychologie des personnages sans trop en faire. D'abord, il montre comment Tom et Abby vivent avec ce qui les frappe. Chacun fait comme il peut, et on ne peut pas juger leurs réactions. C'est pourquoi je comprends qu'Abby se réfugie dans l'église. Je comprends qu'elle veuille, au bout d'un moment, tourner la page, et y arrive mieux avec l'aide du pasteur et de sa pensée positive. Seulement, je n'ai pas apprécié qu'elle veuille que Tom réagisse comme elle. Elle va jusqu'à le forcer à accomplir un acte terrible (acte qui fait que malgré tout, je n'aime pas Abby), sous prétexte que cela lui fera du bien, à lui! Mais comment peut-elle s'arroger le droit de décider de ce qui sera bien pour lui? Qu'elle n'aime pas le voir souffrir, soit, mais qu'elle veuille l'entraîner dans ce qu'elle pense être bien pour lui (surtout que cela passe par un acte barbare), c'est ce que je désapprouve. Elle ne supporterait pas que Tom lui dise comment elle doit réagir, mais ne se gêne pas pour tenter de régenter ses réactions.
D'autre part, Abby est très hypocrite. Elle s'offense lorsque Tom insinue qu'elle pourrait avoir une aventure avec le pasteur, mais on les retrouve souvent (surtout une fois), dans des situations équivoques.

Tom est sûrement le personnage que j'ai le mieux compris. Je ne sais pas comment je réagirais si une telle chose m'arrivait, mais je sais déjà que je ne me réfugierais pas dans l'église. Cela fait que j'ai tout de suite mieux compris Tom. Ensuite, il m'a semblé qu'il faisait toujours de son mieux. Plus tard, dans le roman, il doit prendre une terrible décision. Il finit, à mon avis, par faire ce qu'il y a de mieux. Il sait que cela débloquera la situation. Il espère des réactions, et il sait qu'il ne peut passer que par cet acte, c'est pourquoi il l'accomplit. De toute manière, même si Tom ne sait pas trop comment tout va se terminer, je savais, moi, qu'au dernier moment, il ferait encore ce qu'il y a de mieux. Il a une grande force de caractère.
D'autre part, il prend le temps de raconter son enfance. Outre que cela le rend plus épais (il a un passé), cela explique comment il s'est construit, pourquoi il ne tient pas à revoir certaines personnes, pourquoi les relations entre son frère et lui ne sont pas toujours faciles...

J'ai tout de suite apprécié Buster, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce qu'il semble à la fois bourru et attendrissant, peut-être aussi parce qu'il est rejeté par Abby-la-teigne. Buster et Tom sont loin d'être parfaits. À l'inverse d'Abby, ils ne sont pas englués dans leurs certitudes, ils s'adaptent, acceptent de changer d'optique...

L'auteur a fait un pari risqué: raconter l'après d'une disparition. De ce fait, le lecteur est toujours dans l'expectative. Il ne peut pas vraiment prévoir ce qui va se passer.
David Bell bouscule encore les codes: la personne disparue n'est pas retrouvée juste à la fin. Ainsi, il raconte comment se passe la réadaptation, et elle n'est facile pour personne. En effet, je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec «L'affaire Lexie» de Karen Robards où il semble que tout va aller très bien à partir du moment où on a retrouvé Lexie. L'histoire contée par David Bell est bien plus réaliste, même si elle mettra le lecteur mal à l'aise. En effet, la psychologie de Caitlin est assez déroutante, et pourtant, très réaliste. Là encore, le romancier a agi intelligemment. Il a commencé par montrer une scène lors de laquelle Caitlin avait six ans. Cela fait que le lecteur comprend mieux pourquoi elle a fait certaines choses par la suite. Je sais que si cela m'était arrivé, je n'aurais pas réagi comme elle, à douze ans, mais justement parce que je n'avais pas du tout le même caractère. Caitlin était une enfant qui cherchait son indépendance, qui aimait ses parents, mais ne voulait pas leur rendre compte de tout, voulait pouvoir agir comme elle l'entendait. Elle n'avait pas réalisé qu'elle ne maîtrisait pas tout.
J'aurais quand même aimé que sa psychologie soit davantage développée, que certaines de ses réactions ne soient pas uniquement expliquées par l'impression d'avoir été trahie et le syndrome de Stockholm. En effet, je suis très sceptique quant à ce syndrome.

J'ai, néanmoins, quelques petits reproches à faire.
D'abord, l'auteur retarde certaines choses. Par exemple, Tom voit plusieurs fois une mystérieuse jeune fille. Celle-ci s'enfuit dès qu'il s'approche. Cela fait qu'il ne saura pas ce qu'elle vient faire là avant un moment. C'est un procédé de retardement un peu gros.
Il y a d'autres petites ficelles de ce genre. C'est un peu agaçant, mais pas si grave.
Comme dans d'autres romans, la police est un peu le dindon de la farce: elle ne cherche pas forcément comme il le faudrait, a des préjugés, bouscule les témoins, ne sait pas s'y prendre avec la victime... On va dire qu'elle se rattrape à la fin.

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Je trouve peu crédible que Caitlin parte vivre avec Abby, à la fin. Certes, c'est Abby qui prend la décision, mais connaissant Caitlin, et sachant que Tom a réussi à l'atteindre bien mieux qu'Abby, j'aurais cru qu'elle voudrait rester avec celui qui tente le mieux de la comprendre, même si c'est lui qui, au début, l'a braquée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été lue par une voix de synthèse.
Je souhaite lire ce roman depuis sa sortie, et comme je ne sais s'il existera un jour en audio, je l'ai lu à la synthèse vocale. Ce n'est pas particulièrement agréable, mais au moins, j'ai pu lire cet excellent thriller!

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