Ferme les yeux

L'ouvrage:
2010.
Lauren Madhian, trente-deux ans, travaille dans l'immobilier. Elle vit avec Jerry qui aimerait qu'elle accepte ses demandes en mariage.
La jeune femme ne se remet pas du meurtre de sa mère, vingt-quatre ans plus tôt, d'autant que le coupable est son père. Alex, le frère de Lauren, tente de prouver l'innocence de leur père.

Critique:
Encore une fois, j'ai été emportée par l'écriture sensible et si juste d'Amanda Eyre Ward.

Le schéma de ce roman rappelle beaucoup celui de «À perte de vue»: une jeune femme fragile psychologiquement à cause d'un traumatisme, une autre femme qui semble n'avoir aucun rapport... Lauren rappelle beaucoup Caroline. Elle exprime son mal être un peu différemment (crises d'angoisse, refus de s'investir totalement dans sa relation, refus d'évoquer ce qui fait mal...), mais on retrouve un peu Caroline dans les errances de Lauren. Son refus d'évoquer franchement l'affaire la ronge. Tout ce qu'elle a enfoui en elle se bat pour sortir... notre héroïne lutte contre elle-même, pensant ainsi conserver son équilibre précaire. C'est un personnage très intéressant dont la psychologie est très bien analysée.

Je n'ai pas pu m'attacher à Victoria. Si j'ai fini par comprendre pourquoi elle est dans un état lamentable, pourquoi elle a raté sa vie, pourquoi elle n'a même pas la force de s'occuper de ses filles, je n'ai pas pu m'attacher à sa personnalité avant les faits décisifs. En effet, même dans son enfance, elle était sournoise, avait un goût inconsidéré pour le risque (Insouciance? Témérité? Bêtise? Besoin de se prouver quelque chose?) et ne semblait pas vraiment avoir un bon fond. L'auteur explique cela par son éducation. Je le comprends, mais je n'ai pas réussi à apprécier ce personnage avec cette seule excuse.
Sa psychologie est également très bien analysée. C'est un protagoniste criant de vérité. Je ne l'ai pas aimée, mais l'auteur a su en faire un personnage vivant, précis, épais, creusé.

C'est d'ailleurs le cas de tous les personnages de ce roman. Certains plairont plus ou moins au lecteur, mais on ne peut sûrement pas dire qu'ils ne sont pas crédibles ou qu'ils sont bâclés!
Izaan (le père d'Alex et Lauren), restera quelque peu mystérieux. À son sujet, j'aurais aimé que certaines choses soient davantage développées, mais cela ne fait pas de lui un protagoniste brossé à trop grands traits. Il est réaliste, bien que gardant de petites zones d'ombre. Zones que le lecteur peut s'amuser à combler, d'ailleurs. Paradoxalement, elles pourraient accentuer sa vraisemblance, car on ne sait jamais tout de quelqu'un, sauf si on le connaît très bien.

La structure du roman m'a paru pertinente. J'ai été un peu déroutée de rencontrer Sylvia après m'être plongée dans la vie de Lauren, mais Amanda Eyre Ward sait intéresser son lecteur dès qu'elle présente un personnage. De ce fait, ma gêne n'a pas duré.
Au niveau de l'intrigue, tout est cohérent. Cependant, il est un point dont j'ai dû discuter avec mon mari (qui m'a enregistré le livre) pour comprendre la solution. L'explication était évidente (elle est fortement suggérée dans le roman), mais pour moi, elle était impensable au point de ne m'être pas venue à l'idée! C'est quelque chose que je ne ferais absolument jamais, même dans un endroit calme, même dans un village dont je connaîtrais et apprécierais tous les habitants! (Je suppose que les personnes ayant lu le roman comprendront de quoi je parle.)
À propos d'Alex, je pressentais que cela se passerait ainsi, mais je me demandais comment la romancière résoudrait certaines choses. Son explication est vraisemblable, et je me demande pourquoi je n'y avais pas pensé toute seule. Parfois, les choses les plus banales ne viennent pas à l'esprit.
J'aurais aimé que la fin pose davantage les choses. Rien n'est bâclé, mais c'est un peu rapide... On aurait envie d'en savoir plus... J'avais également eu ce sentiment avec «À perte de vue», mais je m'étais fait la réflexion qu'en fait, tout était dit. C'est également le cas ici, mais j'aurais aimé quelque chose de plus développé. Je pense tout simplement que je n'avais pas envie de quitter les personnages.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé la digression immobilière où Lauren explique l'esprit retors de ceux qui cherchent une maison.
J'adore l'idée du blog de Jerry! ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel

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