Faute de preuves

L'ouvrage:
Wendy Ties est journaliste. Elle pense donner un coup de pouce à sa carrière tout en coinçant un pédophile. Grâce à elle, Dan Mercer est arrêté. Les preuves sont accablantes.
Mais les choses se compliquent. Outre que Dan clame son innocence, Wendy a l'intuition que quelque chose cloche.

Critique:
Après avoir été déçue par «Dans les bois» et «Sans un mot», j'avais un peu peur de retenter un Harlan Coben, pensant qu'il s'essoufflait. J'ai été agréablement surprise par «Faute de preuves».

On retrouve certains thèmes chers à l'auteur. Par exemple, un groupe qui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, et qui le paie des années plus tard. Des personnes qui ont agi sous le coup de la panique (un peu comme chez Linwood Barclay). Au départ, cela m'a un peu agacée parce qu'on voit assez rapidement certains liens, surtout si on connaît cette ficelle. Mais Harlan Coben a réussi à la renouveler. J'ai trouvé qu'il avait bien résolu ses énigmes. Tout est cohérent, et la psychologie des personnages est importante.
J'avais deviné certaines choses, mais l'auteur l'a peut-être voulu ainsi. En effet, je pense qu'il s'est servi de ce qu'on connaissait de ses façons de faire afin de tromper son lecteur. Cela fait qu'on est un peu déstabilisé quand il révèle certaines pièces du puzzle.

J'ai aimé que l'auteur n'utilise pas une ficelle tellement éculée que même son protagoniste la méprise. Quand Wendy explique qu'il y avait un cadavre dans la caravane et qu'il a disparu, elle a peur, un instant, qu'on ne la croie pas. L'auteur dédaigne cette ficelle, tout en montrant bien qu'il pense, comme son lecteur, qu'elle est indigne d'un bon roman policier contemporain, tant elle a été utilisée.

L'enquête de Wendy est un peu longue, car dès le départ, le lecteur a la conviction que Dan est innocent. Mais c'est un peu rattrapé par certains personnages originaux qu'elle rencontre, comme Doug et Fly, mais aussi Win (qu'elle connaissait).

Harlan Coben montre parfaitement comme la rumeur est vénéneuse. C'est surtout illustré par celle qui court à propos de Wendy sur le net. Il n'y a aucune preuve, mais les puritains hypocrites se dépêchent de l'épingler, et de la fuir. D'autres auteurs ont montré cela, mais il me semble qu'on ne le fait jamais assez. D'autre part, Harlan Coben le fait pertinemment. Cela montre, une fois de plus, l'absence d'esprit critique des gens, leur âme moutonnière, leur hâte à croire ragots et cancans, et même, à se précipiter dessus telles des charognes.

J'ai également apprécié les personnages de ce roman. Ils ne sont pas manichéens, sont bien campés... j'ai une préférence pour Charlie et Papou parce qu'ils m'ont fait rire. ;-)
Je comprends pourquoi Wendy ne veut pas pardonner à Ariana. D'après ce que je comprends, Ariana ne regrette pas vraiment. Elle ne pense pas qu'elle a dévasté une famille, elle pense d'abord à elle. Elle veut pouvoir continuer à être égoïste, et pourquoi pas, à commettre d'autres méfaits. On me dira que Wendy est injuste, car elle souhaite être pardonnée pour continuer à vivre. Soit, mais elle pense vraiment à la personne qu'elle a détruite.

À un moment, deux théories s'opposent. Certains parents préfèrent laisser leurs enfants boire de l'alcool chez eux, ainsi, ils ne vont pas dans des bars, et ne reviennent pas chez eux ivres, évitant ainsi certains dangers. D'autres personnages disent qu'il ne faut pas employer ce mauvais argument, et tenter plutôt de raisonner et de responsabiliser les adolescents. Il va de soi que j'approuve ceux qui veulent responsabiliser. C'est trop facile, de dire que de toute façon, les adolescents boiraient, et que donc, autant essayer de maîtriser certaines choses.
Je trouve assez pertinente la façon dont l'auteur finit par montrer l'inanité et la bêtise de ceux qui croient contrôler les choses en les permettant chez eux. Tout est une question d'éducation. C'est d'abord aux parents d'assumer la responsabilité d'avoir un enfant, et de devoir l'éduquer le mieux possible.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
J'ai trouvé quelques incohérences. D'abord, lorsque la police retrouve le portable d'Haley, Walker pense que cela ne peut être celui de Dan, puisqu'ils l'auraient détecté grâce aux ondes qu'il émet. Cela veut dire qu'on a cherché à localiser Dan grâce à son portable. Dans ce cas, pourquoi n'a-t-on pas tenté de localiser Haley, dès sa disparition, grâce aux ondes émises par son portable?
Par ailleurs, il est étrange que Genna ait gardé le portable d'Haley tout ce temps, et ne l'ait pas enterré avec elle. C'est une pièce à conviction compromettante, et le moins dangereux aurait été de s'en débarrasser le plus vite possible. L'auteur avait besoin de cela pour l'agencement de ses énigmes, mais je trouve ça un peu fragile.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Lavigne et Isabelle Miller, avec la participation exceptionnelle de José Heuzé, pour les éditions VDB.

Comme d'habitude, j'ai apprécié la performance des comédiens. Ici, c'est surtout Hervé Lavigne qui a eu les «rôles difficiles». Il a dû raper, et modifier sa voix pour certains personnages. Heureusement, il fait partie de ces comédiens qui modifient leurs voix sans cabotiner, et sans que cela donne d'horribles résultats. J'ai bien ri de la voix qu'il faisait à Lawrence Cheston.
J'ai trouvé judicieux que José Heuzé interprète Win. Outre que je suis toujours contente de l'entendre, et qu'il a bien joué le rôle, Win est un ami de Myron Bolitar. Or, en français, la série des Myron Bolitar est enregistrée, entre autre, par José Heuzé. Cela signifie donc que c'est lui qui joue Win dans les Myron Bolitar. Le fait que Win, dans un roman hors de la série, ait été interprété par celui qui le joue dans la série, montre un souci d'uniformité, et quelque part, le respect du lecteur et de l'interprète.